Pouvoirs
En Couv’. Maroc-USA: Le Royaume est prêt pour un nouveau rôle en Afrique
Allié majeur des USA en dehors de l’OTAN, le Royaume est en train d’acquérir un nouveau statut en Afrique pour les États-Unis.
Les FAR étant entrainées pour des interventions de tout genre, elles peuvent jouer un rôle stabilisateur dans la région.
Lundi 20 mai, s’est ouverte à Rabat la 13e session du Comité consultatif de défense Maroc–États-Unis. Le Général de Corps d’Armée, Inspecteur général des FAR et Commandant la Zone Sud, a reçu, ce même jour au siège de l’État-Major général des FAR, Celeste Wallander, Secrétaire américaine adjointe à la Défense pour les Affaires sécuritaires internationales. Cette dernière se trouvait en visite de travail au Maroc du 17 au 22 mai, à la tête d’une importante délégation militaire. Les deux parties ont abordé une série de sujets d’intérêt «se rapportant notamment aux défis sécuritaires et de défense en Afrique, au rôle important du Maroc en matière des opérations de maintien de la paix et d’assistance humanitaire, à la lutte contre les menaces transfrontalières et aussi à l’évolution des acquisitions de matériel», indique un communiqué de l’État-Major.
Au terme de cette réunion, le Maroc et les États-Unis ont signé «une feuille de route portant sur la coopération militaire qui comporte les orientations à suivre pour la mise en exécution des activités retenues dans le cadre la 13e session du Comité consultatif de défense (DCC) maroco-américain», poursuit la même source sans plus de précisions. L’institution militaire tient néanmoins à souligner qu’aussi bien au niveau marocain qu’américain, les deux responsables ont exprimé «leur satisfaction quant au bilan de la coopération militaire bilatérale, un bilan positif qui se traduit par des avancées notoires couvrant plusieurs domaines, notamment la conclusion d’accords et mémorandums d’entente, les équipements et l’acquisition de matériel, la formation et les entraînements ainsi que l’organisation d’exercices combinés interarmes et interarmées, à l’instar de l’African Lion qui est à sa 20e édition».
Cette 13e réunion a eu justement lieu au moment où la phase opérationnelle de l’African Lion venait de commencer. Une coïncidence ? On peut le dire étant donné que la dernière réunion a eu lieu en novembre. Sauf que dans le fond, la coopération militaire et sécuritaire entre les deux pays, régie par des accords, des mémorandums d’entente et des arrangements techniques bilatéraux, s’inscrit dans une vision plus vaste. Elle a pris, depuis quelques années déjà, une dimension africaine. Et aujourd’hui, au moment où le nouveau rôle que le Royaume est en train de jouer dans la stabilité et l’intégration régionale, aussi bien en Afrique de l’Ouest et au-delà sur tout le flanc atlantique ou dans la région du Sahel, la coopération entre les deux pays prend une nouvelle dimension. Et ce ne sont pas les signaux qui manquent.
Le Maroc, un allié majeur
Le Royaume, notent certains observateurs, fait désormais partie des rares pays au monde à disposer de technologie américaine dans le domaine militaire, surtout en matière de défense aérienne. L’image éloquente en est la prochaine acquisition par le Maroc des derniers drones de combat américains. Le Département d’État a, en effet, déjà autorisé la vente au Royaume de quatre unités de SeaGuardian MQ-9B. L’accord d’achat sera discuté dans les jours à venir avec les membres du Congrès américain. Cela au moment où le Royaume a commercé à réceptionner sa commande des hélicoptères d’attaque AH-64 Apache et a reçu le feu vert pour l’acquisition des lance-roquettes
Himars et des ogives baladeuses SOW. Toutes ces armes étant considérées comme des «game changers».
C’est que, relèvent les analystes, «en fournissant des équipements militaires de pointe, les États-Unis affirment leur soutien au Maroc en tant que partenaire stratégique fiable». Ce n’est pas un secret pour personne, aux yeux des États-Unis, le Maroc joue un rôle important dans la stabilité régionale en Afrique du Nord et au Sahel, et même au-delà. Autre exemple, depuis trois ans, les Forces Armées Royales marocaines «se positionnent désormais en tant que leader régional dans la lutte contre les menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires», affirme-t-on auprès du département de Défense US. Et ce, au terme d’un programme de six ans, avec l’Agence de défense pour la réduction des menaces (DTRA). Ce qui consolide le rôle du Maroc dans «la prévention de la prolifération des armes de destruction massive et le transfert illicite du matériel associé. Il permet également aux FAR de se déployer rapidement à l’intérieur du Maroc et à travers la région». En d’autres termes, en 2021, le Royaume était déjà préparé militairement pour faire face au danger que pourrait éventuellement engendrer la dégradation de la sécurité dans une région comme le Sahel qui connaît des changements géostratégiques majeurs. En moins de deux ans, les forces françaises ont été sommées de quitter la région alors que le processus de désengagement militaire des États-Unis du Niger vient d’être entamé. Le Royaume, déjà auteur d’une initiative de nature économique et de développement en proposant aux pays de la région un accès sur l’Atlantique, et pour bien d’autres raisons, est le plus indiqué pour contribuer directement à restaurer la paix et la stabilité lorsqu’elles sont menacées. Là encore, c’est un travail de longue durée. «Depuis 2015, le Maroc est un de nos principaux partenaires en Afrique, travaillant côte à côte avec le personnel militaire américain pour acquérir les compétences et les outils nécessaires à la protection contre un ensemble de menaces potentielles», avait affirmé, il y a trois ans, l’Attaché régional de la DTRA. Et les États-Unis peuvent justement compter sur le Royaume. Ses Forces Armées ayant déjà fait montre «de leurs capacités durant les exercices militaires – y compris l’African Lion, le plus grand exercice militaire annuel dans le continent – qui prouvent qu’elles sont entièrement interopérables avec les forces des États-Unis et de l’OTAN, spécialisées dans la lutte contre des menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires».
Le Maroc, il faut le souligner, prend part à plus de 100 engagements militaires avec les États-Unis, est-il précisé et, au fil des années, justement, le Comité consultatif «constitue une plateforme de dialogue stratégique où sont discutées les questions cruciales de la sécurité régionale et où sont tracées les grandes lignes du plan d’action futur avec l’Africom et la Garde nationale de l’État de l’Utah, ainsi que les projets de développement des capacités gérées par l’Agence de la coopération à la sécurité de défense (DSCA)».
Ce qui en fait un candidat crédible pour accueillir une partie des activités de l’Africom, éventualité encore une fois évoquée tout récemment en haut lieu aux États-Unis, mais aussi un appui pour la toute nouvelle Initiative atlantique américaine, notamment dans la partie africaine de cette alliance en devenir. Le fait est que les deux pays abordent déjà un nouveau palier dans leur coopération militaire. Au terme de cet entretien, entre le ministre délégué chargé de l’Administration de la Défense nationale, Abdeltif Loudyi, et la Secrétaire américaine adjointe à la Défense, Celeste Wallander, les deux parties ont exprimé leur volonté d’affermir davantage la coopération militaire bilatérale et d’explorer de nouvelles opportunités de collaboration. Entre autres domaines évoqués, l’utilisation du spatial pour les besoins de la défense nationale, la cyberdéfense et de l’industrie de défense. Un nouveau chapitre s’ouvre donc dans les relations entre les deux pays.
