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En couv’. Défense : Une industrie sur les rails

Depuis la manufacture nationale des munitions à la future industrie des drones, le Maroc a fait un pas de géant. Il repart pratiqument de rien, mais avec une ambition à l’image de la puissance qu’il est en train de devenir.

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Elbit Systems, société israélienne de technologie de défense, envisage d’ouvrir deux sites au Maroc. Les deux succursales, dont une sera installée à Casablanca, produiront des systèmes de défense, dont Elbit Systems est le plus grand fabricant israélien. À savoir des drones. Ces derniers qui seront fabriqués au Maroc auront deux fonctions principales. La première concerne la surveillance et la collecte de renseignements et de données à distance. La seconde est de nature offensive. Ce projet permettra d’intégrer rapidement le Royaume dans le club des pays fabricants de drones à usage militaire. Quelque temps après l’annonce de ce projet, Pratt & Whitney Canada, filiale du géant américain de l’aéronautique et de défense Raytheon Technologies (RTX), a annoncé, en marge du Salon du Bourget, la création d’une filiale au Maroc pour la fabrication de pièces pour divers modèles de moteurs d’avions. Ses moteurs équipent, entre autres, les F35 et toutes les générations antérieures.

Plus tôt, un partenariat stratégique a été conclu entre le Maroc et les sociétés belges Sabca et Sabena Aerospace, ainsi que Lockheed Martin des États-Unis, visant à construire un centre de maintenance pour les chasseurs F-16 Fighting Falcon et les cargos C-130 Hercules. Ce centre sera érigé sur une superficie de 15.000 m² à l’aéroport de Benslimane. Au début de l’année, c’était le groupe canadien Inkas, spécialisé dans la production de véhicules blindés à usage militaire et civil, qui avait annoncé son installation au Maroc. La nouvelle filiale marocaine du groupe fournira le Royaume et la région en véhicules blindés. D’autres projets sont sans doute en discussion, en toute discrétion. Les ambitions du Maroc pour la création d’une industrie de défense ne sont un secret pour personne. Pour ce faire, il a d’ailleurs commencé par mettre en place un nouveau cadre juridique avec l’adoption de la loi 10-20, relative aux matériels et équipements de défense et de sécurité, aux armes et aux munitions. Du reste, c’est le ministre délégué chargé de l’Administration de la défense nationale qui l’a annoncé officiellement, en novembre de l’année dernière, lors des débats du projet de Loi de finances de l’année en cours.

Le ministre a affirmé que le Royaume se lancera dans l’industrie militaire et la fabrication des armes, sachant que le cadre juridique a été mis en place depuis 2021. Le Royaume veut développer plusieurs types d’industries, dont celles des armes et des munitions, et de la maintenance des avions militaires. Il va commencer, a souligné le ministre, par la fabrication des drones ayant une capacité à mener des opérations de surveillance, de recueil des renseignements ainsi que des opérations offensives.

Un projet précurseur
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le Maroc n’est pas parti de zéro avec l’adoption de la loi 10-20. A une époque pas si lointaine, les FAR pouvaient encore compter sur la manufacture nationale des armes et munitions, fondée en 1962 à Fès, qui assurait une autosuffisance en armes légères et en munitions, comme les FN FAL et les Beretta AR-70 produites sous licence, ainsi que des munitions de calibre 9 mm à 12,7 mm MG. En 2010, une nouvelle tentative de lancement de la fabrication des munitions a eu lieu, un Appel à manifestation d’intérêt international a été lancé en direction des entreprises spécialisées dans le domaine des munitions, de la mobilité, de l’armement et de l’optronique. Le projet n’a finalement pas abouti.

Pour les blindés, les FAR ont entrepris dès les années 70 un programme de maintenance et soutien du matériel, notamment en coopération avec le géant américain General Dynamics. Ce qui a eu pour résultat des réductions de coûts, une hausse des taux de disposition opérationnelle et une acquisition de savoir-faire à intégrer dans des projets nationaux. Cette activité a connu la rénovation de matériel roulant, les véhicules d’avant blindés (VAB) et blindés français AML/AMX. Les VAB ont été partiellement modernisés et les obusiers AMX F3 155 mm ont été dotés de nouveaux moteurs et de datalink (liaison de données) conçue par les officiers des FAR afin d’améliorer le ciblage et la précision de tir.

Aujourd’hui, et quarante ans après, le contexte a complètement changé. Le Maroc dispose d’une base solide de l’industrie automobile et de l’aéronautique, notamment. Et tout comme le Royaume a pu saisir une opportunité, certainement unique, pour s’affirmer dans les deux domaines, il est à se demander pourquoi il n’en serait pas autant dans celui de l’industrie de défense. La Turquie, tout comme le Brésil entre autres nouveaux arrivants, est bien là pour montrer le chemin. Certains analystes estiment, en effet, que l’industrie de défense mondiale est entrée dans une longue phase de restructuration depuis la fin de la Guerre froide. Cette rupture stratégique, poursuit-on, est catalysée par une dynamique d’ouverture des marchés et l’exacerbation de la concurrence mondiale.

Concrètement, les grands donneurs d’ordres mondiaux sont de plus en plus enclins à accepter une nouvelle division de travail dans le domaine de l’industrie de défense mondiale. Et ce, en intégrant dans la chaîne de production une multitude de sous-traitants situés principalement dans les pays émergents. Un pays comme le Maroc dispose des atouts pour s’assurer une place confortable dans ce secteur très dynamique. Il se trouve justement que le Maroc fait déjà partie de cette dynamique. Ses partenariats stratégiques dans le domaine de la défense conclus avec les États-Unis, Israël ou encore tout récemment le Brésil, ses liens privilégiés avec des pays comme l’Inde, la Chine et même la Serbie, entre autres, font office de catalyseur pour l’émergence de cette industrie.