Pouvoirs
En Couv’. Comment les FAR se préparent à la guerre ?
Du 22 mai au 16 juin, les villes d’Agadir, Tan-Tan, Mehbès et Kénitra verront transiter 6.000 militaires à bord de blindés et de véhicules de combat, venant d’une vingtaine de pays pour participer à l’exercice militaire combiné «African Lion». Exercice qui rentre dans le cadre de la politique de formation militaire des FAR pour se préparer aux guerres du futur.
Avec le retour de la guerre en Europe entre deux puissances militaires lourdement armées et équipées, le monde est entré dans un nouveau cycle de crises et d’incertitudes. C’est inéluctable, le spectre de la guerre de haute intensité est de retour et la crainte majeure des chefs militaires se résume en une seule interrogation : sommes-nous préparés à relever le défi d’un conflit de haute intensité ? Au même titre que tous les états-majors des armées à travers le monde, celui des Forces Armées Royales s’emploie donc à préparer ses militaires à répondre aux exigences de la guerre de haute intensité afin qu’ils puissent être déployés, sans délai, sur la ligne de front pour contrer toute offensive ennemie.
L’exemple de l’invasion russe est particulièrement édifiant : dans la guerre de haute intensité actuelle, on doit être en mesure de faire face à une projection d’un volume considérable de forces terrestres, aériennes et maritimes, mais également à un déferlement de feux et de projectiles incessant. Et pour répondre à cette menace de grande envergure, les FAR ont choisi d’opter pour des exercices militaires combinés faisant intervenir des troupes de différents pays étrangers alliés, comme c’est le cas chaque année de l’exercice «African Lion» organisé conjointement par le Maroc et les États-Unis, dont la 19e édition débutera le 22 mai 2023 dans le Royaume.
La formation militaire à la base de la puissance des armées
Comment savoir si une armée est suffisamment préparée à la guerre ? Il est bien difficile de répondre à cette question et seule l’épreuve du feu, au sens premier du terme (à savoir le feu des armes ennemies sur le champ de bataille), peut nous donner une réponse exacte ! En effet, les vétérans qui ont connu les affres de la guerre peuvent l’affirmer sans contestation possible : aucun entrainement ou exercice militaire réalisé dans les conditions les plus exigeantes ne remplace la guerre. Et aucune préparation technico-tactique, physique ni psychologique ne vous conditionne totalement pour faire face au niveau d’adversité rencontré pendant la guerre. Néanmoins, la meilleure manière de préparer ses soldats à la guerre demeure la formation, l’entrainement et les exercices de simulation afin de développer chez les militaires toutes les capacités physiques et mentales ainsi que les compétences pour affronter puis soumettre l’adversaire. C’est d’ailleurs pour cela que le domaine de la formation et des entrainements militaires constitue un pilier stratégique pour toutes les armées à travers le monde.
Dans leur travail au quotidien, les forces armées ne font rien d’autre que de préparer la guerre. À travers le maintien en condition opérationnelle de leur matériel: en assurant l’entretien de leurs véhicules, leurs chars de combat, leurs aéronefs et leurs bâtiments de guerre, puis en veillant au fonctionnement optimal de leurs fusils, canons d’artillerie, bombes et lance-missiles. Mais surtout par le biais de la formation et des entraînements pour renforcer les capacités physiques et opérationnelles des militaires qui seront chargés de piloter ces chars et avions mais aussi tirer avec ces fusils et canons d’artillerie.
Des écoles militaires d’excellence
Comment donc les FAR préparent-elles leurs militaires à la guerre et quelle importance est accordée au domaine de la formation et des exercices militaires ? La formation est clairement au centre des préoccupations des FAR, puisque les écoles et centres de formation militaires relevant des différents corps des forces armées marocaines (aviation, marine et armée de terre) bénéficient d’une excellente renommée à travers le continent. Ainsi, chaque année, ces écoles et centres d’instruction voient passer un grand nombre de stagiaires de pays africains alliés qui bénéficient, à travers des accords de coopération militaires bilatéraux, de l’opportunité de suivre les cursus de formation réservés aux officiers et sous-officiers marocains, puis de décrocher les mêmes diplômes ou certifications à l’issue de leur parcours d’enseignement. Le Collège Royal de l’enseignement militaire supérieur de Kénitra (CREMS), qui regroupe l’élite des officiers marocains pour les formations supérieures de sécurité et de défense, réserve chaque année des places à des lauréats issus de pays ouest-africains tels que le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Mali et le Burkina Faso, auxquels s’ajoutent des officiers tunisiens, mauritaniens, égyptiens, saoudiens et qataris. On a même vu des officiers chinois ou pakistanais faire leur formation au Collège Royal de Kénitra.
Le N°408 de la Revue des FAR de février 2022 a donné un aperçu sur la qualité des cours et des conférences programmés au profit des officiers stagiaires du CREMS qui ont pu assister à un séminaire sur les enjeux de l’intelligence artificielle dans le domaine de la défense, animé par d’éminents enseignants et experts, tels que la Professeure Amal El Fallah Seghrouchni, directrice du Centre international d’intelligence artificielle du Maroc. Bien avant l’éclosion de la révolution ChatGPT en novembre 2022, la direction du CREMS s’efforce d’inclure dans le cursus du programme d’études des cours et conférences englobant des sujets traitant des dernières innovations technologiques, comme l’IA, et leur implication sur le secteur de la défense afin de répondre aux différents défis stratégiques et militaires auxquels seront confrontées les FAR dans les années à venir. Dans un modèle unique en son genre, la direction de ce Collège Royal est confiée à un Général, accompagné par un doyen et un staff de professeurs, relevant du ministère de l’Enseignement supérieur, ainsi que par des officiers supérieurs représentant l’élite de l’armée marocaine.
À côté du CREMS, qui représente le Saint Graal des écoles et centres de formation militaire, chaque armée ou spécialité des FAR a sa propre école et centres d’instruction. Ainsi, l’armée de terre forme ses officiers dans la prestigieuse Académie Royale militaire de Meknès, quand la Marine Royale et les Forces Royales Air ont également leur propre école à Casablanca et Marrakech. Un grand nombre d’anciens chefs d’État ou de ministres des armées en Afrique sont passés par les différentes écoles marocaines, dont le plus récent, le Capitaine Ibrahim Traoré, chef d’État du Burkina Faso depuis le 30 septembre 2022, qui a effectué une partie de sa formation au Centre d’instruction de l’artillerie à Fès.
Participation à des opérations internationales
Comme le Maroc est un acteur majeur dans la lutte contre le terrorisme international, les FAR avaient rejoint la coalition internationale contre Daech en 2014 qui regroupait une soixantaine de pays, dont une grande partie sont membres de l’OTAN ainsi que des pays arabes, comme l’Arabie saoudite, la Jordanie, le Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Qatar. Les forces armées marocaines avaient engagé six avions de combat F-16 pour participer aux frappes aériennes contre Daech et affaiblir les capacités militaires et logistiques de ce groupe terroriste. Le Maroc est également un membre actif de la communauté internationale dans les opérations de maintien de la paix, puisque des contingents des FAR participent actuellement aux missions humanitaires de l’ONU en Afrique centrale et en République démocratique du Congo, où des épisodes de combats contre des milices locales se produisent régulièrement et qui ont d’ailleurs causé la mort tragique d’un certain nombre de militaires marocains durant les années passées.
L’expérience engrangée par les militaires des FAR à travers la participation à ces opérations est d’un grand profit. Les militaires qui participent à ce type de combats réels gagnent beaucoup en expérience et peuvent, après leur affectation dans des centres d’instruction à leur retour au pays, servir de relais et former les jeunes stagiaires. Pour les officiers, l’expérience d’une mission au sein d’un état-major onusien leur permet de parfaire leurs connaissances sur les principes de la planification et la conduite d’opérations conjointes et multinationales. Autant de retours d’expérience bénéfiques qui vont permettre aux FAR de maintenir un niveau de préparation optimal des militaires afin d’être mieux armés et outillés pour répondre à toute menace extérieure…
Création d’un Centre Royal des études et Recherches de Défense
Les FAR vont avoir leur propre think tank destiné aux études et recherches stratégiques en matière de défense, annoncé par le Souverain dans l’ordre du jour destiné aux officiers, officiers de rang et militaires de rang des FAR à l’occasion de la commémoration du 67e anniversaire de l’institution militaire. Le Centre Royal des études et recherches de défense aura pour mission de «contribuer à la consécration de l’approche stratégique dans le traitement des problématiques et enjeux du système de défense et de sécurité, dans ses dimensions globales, et de créer un espace des compétences analytiques, civiles et militaires». Ce centre d’études et de recherches sera abrité au sein du CREMS, qui regroupe déjà une communauté fournie d’officiers des FAR qui viennent poursuivre leurs études militaires supérieures ainsi que des professeurs universitaires triés sur le volet. A l’image des instituts de recherches militaires existant dans d’autres pays, ce centre fonctionnera sous la forme d’un laboratoire d’idées dans lequel des chercheurs civils et militaires pourront échanger sur des questions d’ordre stratégique et doctrinal. Dans ce type de centre, une part importante est accordée aux études prospectives sur les orientations en matière de capacités militaires et sur l’étude de l’environnement stratégique des armées. La création de ce centre s’inscrit dans une dynamique de montée en puissance des FAR qui connait une phase de renforcement de ses capacités militaires à travers l’acquisition de nouveaux systèmes d’armes et le développement d’une industrie de la défense visant à atteindre une autonomie stratégique en armement et équipements militaires.
