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En couv’. CDT, Confédération en Déperdition pour ratage de Transition

Sur le landerneau syndical et au fil des ans, la centrale fondée par Noubir Amaoui semble en perte de vitesse. Jouant la carte de l’escalade, elle ambitionne de re-gagner du terrain et son aura.

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Pour tous ceux qui, à un moment de l’histoire, ont assisté au défilé du 1er Mai de la CDT, cette année 2023 a eu un caractère assez particulier.

Il y a eu comme une sorte de chape de plomb sur les manifestants. Déjà que côté nombre, on était loin des foules qui meublaient l’espace de la place 20 Août jouxtant le siège de la centrale à Derb Omar.

Il n’y avait, en fait, que l’histoire réduite à des photos, ornant une tribune sur laquelle sont ailgnées à peine quelques chaises, où on voyait le père fondateur Noubir Amaoui et quelques anciennes figures de l’USFP, dont Omar Benjelloun et autres. Avec ce plus, les photos de Jamal Abdennacer et Yasser Arafat. Même les chants sont restés les mêmes d’un autre temps : du Marcel Khalifa et Fayrouz qui ne font plus vibrer les foules. Celles de ce lundi, clairsemées, cherchaient plus à s’abriter d’un soleil de plomb. Les banderoles sont distribuées sur place et des écharpes sont vendues à 20 dirhams.

A croire que la fête du Travail, qui prenait des semaines de préparation, était improvisée. Pourtant, les appels de la direction de la CDT laissaient entendre qu’on allait assister à une «démonstration massive de la colère de la classe ouvrière». Et tous les ingrédients ont été déployés pour mobiliser les foules autour de slogans incendiaires.

Quand le syndicat joue toutes «ses» cartes
En effet, à la veille de la célébration de la fête mondiale des travailleurs, la CDT avait multiplié les sorties tout en leur assurant l’écho nécessaire sur les réseaux sociaux.

Avec un argumentaire qui sentait l’escalade. En gros, les camarades d’Abelkader Zaër ont estimé que le gouvernement aurait fait dans la fuite en avant, qu’il ne respectait pas les engagements pris dans le cadre du dialogue social, notamment en ce qui concerne la hausse des salaires, l’indifférence qu’il aurait manifesté à l’égard de la proposition relative à la révision à la baisse de l’impôt sur le revenu (IR). Pour «bétonner» sa position, le syndicat a indiqué que l’Exécutif a tout renvoyé pour l’année prochaine dans le cadre de la Loi de finances.
Or, c’est plutôt normal, puisqu’en aucun cas on ne pourrait procéder à de telles décisions sans qu’elles ne soient incluses dans le corps de la Loi de finances et en toute vraisemblance ce chantier devra figurer dans l’agenda du prochain round du dialogue social, à savoir la session de septembre. Celle-ci, selon les issues du dialogue social, inscrite dans le texte référence du 30 avril 2022, est claire. Toujours est-il que l’escalade orchestrée tentait, selon des observateurs, de rallier les mécontents de tous bords pour gonfler les rangs d’une CDT qui s’essouffle sur l’échiquier syndical et qui a de plus en plus de mal à garantir sa position d’interlocuteur incontournable, particulièrement dans les secteurs de la fonction publique où elle avait, pendant des années, son mot à dire. D’ailleurs, au fil du temps, quand bien même elle continuerait de figurer dans la liste des syndicats les plus représentatifs, la CDT est en perte de vitesse à la faveur de la «montée en puissance permanente» de l’UMT, celle-ci se positionnant de plus en plus à la tête du peloton, que ce soit au niveau des collectivités locales, le ministère de l’Économie et des finances, le département de la Santé, voire l’Enseignement et tant d’autres. Sachant qu’une telle «érosion» est aussi due à la montée des «Sans appartenance».
Et ce n’est certainement pas le rapprochement avec le «mouvement Al Adl Wal Ihsane» qui aurait donné de nouvelles ailes à la Confédération. On s’en rend compte aujourd’hui, ce «flirt» aura été nocif pour elle, surtout quand on prend en ligne de compte que la «Jamaâa» est réputée pour être «un allié conjoncturel volatil» qui se sert des différentes tribunes pour ses propres desseins. D’ailleurs, ses ouailles avaient fait fausse compagnie, en s’inscrivant dans la mouvance associative, à la centrale syndicale en prenant ses distances avec elle lorsqu’il s’est agi de «mobiliser autour de l’ire sociale contre les précédents gouvernements. Maintenant, même si les « militants du CNI» (devenu partie intégrante de la FGD), en perpétuelle confrontation intestine avec les affiliés d’Annahj Addimocrati estampillés CDT, se félicitent d’avoir pu maintenir la centrale sous leur coupe, il n’en demeure pas moins que «l’affaiblissement continu de son aura ne trompe pas».

Secousses et séquelles d’un récit mouvementé
Ce 1er Mai l’a encore démontré. Questionné, un vieux briscard, nostalgique des temps forts de la centrale, est amer: «Les temps ont changé avec les départs des ténors». Mais ce n’est pas l’unique raison, ajoute-t-il, «la politique a fini par achever ce qui pourrait résister à l’érosion du temps».
Et de politique justement, tous les observateurs s’accordent sur ce moment d’inflexion qu’a constitué, en 2001, la «fracture» dans les rangs de l’Union socialiste des forces populaires (USFP).
Tout en respectant la mémoire des morts, notre interlocuteur renvoie à l’expérience de l’alternance consensuelle, aux issues du fameux 6e congrès, plus communément connu sous la dénomination du «Congrès de l’Office de changes». Un congrès qui avait débouché sur la création du Congrès national Ittihadi (CNI), sous la houlette de Noubir Amaoui et d’Abdelmajid Bouzoubaâ. Deux leaders qui ont signé une première dans l’histoire politique du Maroc.
En fait, c’était la première fois qu’un syndicat donne naissance à un parti. La suite coule presque de source. L’USFP d’Abderrahman Youssoufi, réagissant au départ voulu «fracassant» de Amaoui et des siens, ne pouvait ne pas disposer de son propre bras syndical. Ce fut l’avènement de la Fédération démocratique du travail (FDT) dont l’acte de naissance officielle a été signé en 2003. Par ailleurs, et même au sein du CNI, une autre fracture allait voir le jour au moment du différend entre Bouzoubaâ et Amaoui. Le premier ayant décidé de quitter le navire du CNI pour mettre sur pied le Parti socialiste (PS) et, chemin faisant, adossé au secteur de la Santé, créa, en 2014, l’Organisation démocratique du travail (ODT) la main dans la main avec Ali Lotfi.
Et parce que les scissions semblent être une malédiction qui a frappé la CDT tout au long de son histoire, plusieurs membres influents avaient décidé, en 2014 , de quitter un navire où ils ne se sentaient pas bien. Parmi eux, on retrouvait l’une des «chevilles ouvrières de la mobilisation», comme l’appelaient ses «camarades», Mustapha Chtatbi, accompagné par Abdelali Gmira. Un duo qui était à la tête d’un courant auto-qualifié de «réformateur» qui fustigeait «l’emprise des retraités», en appelant, à l’époque, pour un congrès extraordinaire visant le renouvellement des instances dirigeantes de la centrale.
Rongé par la maladie, Noubir Amaoui, décédé en 2021, a été contraint, en 2018, de quitter un gouvernail qu’il avait occupé depuis 1978, en passant le flambeau à son «très proche camarade» Abdelkader Zaër. Un changement dans la continuité qui n’a pas été de nature à créer une quelconque secousse salvatrice au sein d’une centrale qui voit des générations partir en retraite sans pouvoir engager de nouvelles recrues.