Diplomatie
UA : Comment le Maroc construit sa puissance
Moins de dix ans après sa réintégration à l’UA, le Royaume devient un acteur clé de l’Union. Il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Le dernier Sommet l’a démontré, le pays ne cesse de prendre du poids. Analyse.
Le Maroc a été élu pour la troisième fois en neuf ans, pour un mandat de deux années, au Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA. L’élection en elle-même n’a rien de surprenant.
Depuis qu’il a réintégré l’organisation en janvier 2017, le Royaume a aboli définitivement la politique de la chaise vide et, depuis, a repris la place qui lui sied au sein de l’Union.
Ce qui est, par contre, intéressant à relever, c’est le nombre de voix qu’il a pu obtenir : 34 votes favorables. Soit bien plus de la majorité requise, presque les deux tiers, qui plus est, recueillis au premier tour.
Cela, tout en sachant que plusieurs pays, amis et soutiens de longue date du Royaume, sont encore interdits de droit de vote. Difficile de ne pas penser, à ce stade, à la perspective – désormais à portée de main – d’exclure la RASD de l’organisation panafricaine.
Cela d’autant plus que, soutenu par son mentor algérien, le Polisario s’est porté candidat pour le poste, avant d’être poussé à retirer sa candidature faute d’appuis au sein de l’UA.
Cette élection «est un succès diplomatique majeur qui reflète une confiance accrue des États africains envers le Maroc. Elle valide l’approche marocaine, axée sur la promotion du “nexus paix, sécurité et développement” et positionne le Royaume comme un acteur central dans la résolution des conflits continentaux», commentent certains analystes.
Le chef de gouvernement, Aziz Akhannouch, qui a représenté le Souverain à ce 39e Sommet de l’UA (14 et 15 février), a d’ailleurs mis l’accent sur le rôle central joué par le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine.
«L’élection du Maroc pour un nouveau mandat, le troisième au sein de cet organe de l’organisation panafricaine, reflète la confiance dont jouit le Royaume et sa contribution au renforcement de la paix et de la stabilité dans le continent africain».
Le Maroc a-t-il affirmé, «continuera à jouer un rôle actif au sein du CPS, au service des questions de sécurité, de paix et de développement en Afrique».
Le CPS, faut-il le rappeler, est l’un des organes importants de l’Union, chargé de gérer les questions liées aux crises, aux enjeux sécuritaires et à la stabilité du continent africain. Bref, cette élection est à la fois une confirmation du poids du Maroc au sein du continent et un signe de la perte de puissance continuelle des adversaires de son intégrité territoriale.
Acteur régional pivot
Cela d’autant que ces derniers ont subi un autre revers au cours de ce même sommet. Les efforts pour «faire inviter» le Polisario au Sommet Italie-Afrique, tenu au siège de l’Union africaine dans la capitale éthiopienne, ont buté sur un refus catégorique du partenaire européen.
Les invitations adressées par Rome ont concerné exclusivement les États africains reconnus par les Nations unies. Une concrétisation sur le terrain de la nouvelle position des 27 sur le dossier du Sahara et l’appui de l’UE au Plan d’autonomie dans le cadre de la résolution 2797 du Conseil de sécurité.
Évidemment, comme il fallait s’y attendre, l’Italie a inscrit ce sommet dans le cadre du Plan Mattei, stratégie présentée par Rome comme un nouveau pilier de sa politique africaine. Un plan dont le Royaume, pays partenaire, est même présenté comme l’un des acteurs pivots, notamment dans le domaine des énergies renouvelables, et plus particulièrement l’hydrogène vert.
De même pour cet autre plan d’envergure européenne auquel le Plan Mattei est adossé, Global Gateway de l’UE (infrastructures durables, numérique et transition énergétique), et dont le Maroc est aussi un partenaire clé.
Pour le reste, le Royaume a réaffirmé, au cours de ce sommet de l’UA son engagement pour l’action collective africaine, alignée sur l’Agenda 2063 de l’Union.
Il a notamment promu le thème de l’année 2026 sur l’accès durable à l’eau et à l’assainissement, domaine où il dispose désormais d’une expérience et d’un savoir-faire probants, que ce soit dans l’ingénierie hydraulique, le dessalement de l’eau de mer ou encore le recyclage des eaux usées.
C’est pour cela qu’il a proposé d’accueillir une conférence de haut niveau sur la coopération Sud-Sud en la matière. Des discussions sur la souveraineté sanitaire ont également été au menu de la participation du ministre de la Santé à Addis-Abeba. Amine Tehraoui, qui intervenait lors d’une réunion présidentielle de haut niveau sur l’opérationnalisation de l’Agence africaine du médicament (AMA), a réitéré «le plein soutien du Maroc à cette phase stratégique de montée en puissance de l’Agence».
Cela, en insistant sur la nécessité de la doter rapidement de moyens lui permettant de jouer pleinement son «rôle central dans le renforcement des systèmes de santé nationaux, la prévention et la gestion des crises sanitaires».
L’AMA, qui a pour prérogatives l’harmonisation des cadres réglementaires relatifs aux médicaments et aux dispositifs médicaux, le renforcement de la qualité et de la sécurité des produits médicaux et l’amélioration de l’approvisionnement en médicaments et dispositifs médicaux, est un outil crucial pour la coopération Sud-Sud dans le domaine.
Le Maroc, notons-le au passage, vient de démarrer une unité de production de vaccins de dimension continentale, avec pour objectif de répondre aux besoins de différents pays en la matière. Le Royaume, avec une industrie pharmaceutique à la pointe de la technologie, entend renforcer son accès au marché africain de la Santé.
Diplomatie d’action
Lors de la préparation du Sommet, le ministre des Affaires étrangères a eu des entretiens avec plusieurs de ses homologues de toutes les régions de l’Afrique.
Si dans leur ensemble ces rencontres, tenues les 11 et 12 février, illustrent l’approche proactive du Maroc, qui a multiplié les contacts pour consolider son retour à l’UA depuis 2017, certaines retiennent particulièrement l’attention. Elles renforcent la position du Royaume comme pivot diplomatique africain.
C’est dans ce cadre que l’on peut inscrire les pourparlers entre les deux chefs de la diplomatie marocain et éthiopien, deux pays qui viennent tout juste de conclure un accord de coopération militaire, et qui sont de nature à renforcer l’axe Rabat-Addis Abeba.
Les deux parties ont convenu d’une relance majeure de la coopération bilatérale et d’une coordination accrue au sein des instances de l’UA, dont le siège est en Éthiopie. Il est également question d’une prochaine réunion de la Commission ministérielle mixte, et par-delà d’une alliance renforcée entre ces piliers du continent.
Avec le Botswana et l’île Maurice, la rencontre fait partie de ce que les observateurs appellent la «diplomatie de conviction» envers des pays autrefois hostiles ou neutres.
L’objectif de ce genre de rencontre étant de neutraliser les discours adverses et d’ouvrir de nouveaux canaux de coopération économique. La rencontre avec le ministre des Affaires étrangères mauritanien est sans doute motivée par les impératifs de la coordination sécuritaire, notamment dans le contexte du Sahel, en perspective du déploiement de l’initiative Sahélo-Atlantique.
Cela en plus, entre autres thématiques d’intérêt commun, de l’alignement des positions sur la stabilité régionale et le projet de Gazoduc AAGP. D’autres rencontres font partie de l’action régulière de la diplomatie marocaine pour consolider le bloc des alliés historiques, dont le récent vote au sein du CPS est une nouvelle marque de solidité.
