Diplomatie
Maroc-Sahel : Un récit résolument tourné vers l’avenir
Entre le Royaume et les États du Sahel, il s’agit d’une longue histoire d’amitié et de partenariat. Le narratif de ces relations, sur fond de l’Initiative Atlantique, est en train de négocier un nouveau virage.
Une confirmation, s’il en fallait une de plus. La co-construction Sud-Sud est une doctrine marocaine. Particulièrement vers sa profondeur africaine, voire au-delà. L’audience royale accordée aux ministres des Affaires étrangères des trois pays de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) au Palais royal de Rabat en livre une nouvelle démonstration.
Lundi 28 avril, le Roi Mohammed VI reçoit, ensemble, les chefs de la diplomatie du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Une audience qui s’inscrit, on l’aura compris, dans le cadre «des relations fortes et anciennes du Royaume avec les trois pays frères de l’Alliance des États du Sahel, qui ont toujours été frappées du sceau de l’amitié sincère, du respect mutuel, de la solidarité agissante et de la coopération fructueuse».
Au cours de cette audience, les trois ministres des Affaires étrangères ont transmis au Souverain la gratitude de leurs Chefs d’État pour l’intérêt constant accordé à la région du Sahel, ainsi que pour les actions et initiatives royales en faveur du développement économique et social des pays de la région et de leurs populations.
La délégation des chefs de la diplomatie de l’AES, composée de Abdoulaye Diop, du Mali, Karamoko Jean Marie Traore, du Burkina Faso, et de Bakary Yaou Sangaré, du Niger, a tout particulièrement salué l’Initiative royale pour favoriser l’accès des pays du Sahel à l’océan Atlantique, en réaffirmant leur adhésion totale et leur engagement pour accélérer sa mise en œuvre.
D’ailleurs, dans un communiqué commun, daté du 29 avril, les ministres «ont réitéré la pleine adhésion de la Confédération AES à l’Initiative royale visant à faciliter l’accès de leurs pays à l’océan Atlantique. Ils ont souligné, par la même occasion, que cette Initiative est en cohérence avec la vision des Chefs d’État de la Confédération AES, engagés dans l’amélioration des conditions de développement économique de leurs pays, notamment l’accès au marché international».
Une Initiative, dira le ministre des Affaires étrangères, de la coopération et des Nigériens de l’extérieur, qui représente «une aubaine pour les trois pays». D’autant qu’il s’agit d’un enjeu économique majeur pour ces États enclavés qui, à la faveur de cette Initiative, auront accès aux marchés internationaux. Ce qui, à coup sûr, ne manquera pas d’impacter leurs économies, impulser leur développement au service de leurs populations.
Non-ingérence
Aussi, ont-ils tenu à saluer la «disponibilité renouvelée» du Souverain à «renforcer les relations du Royaume avec les États du Sahel, dans le cadre de la coopération Sud-Sud, dont le Maroc est l’un des pionniers», lit-on dans le même document.
Ce qui vient souligner les propos de Abdoulaye Diop lorsqu’il déclarait, à l’issue de l’audience royale, que «Sa Majesté le Roi a réitéré la disponibilité totale du Royaume du Maroc et son engagement à faire en sorte que les relations de coopération puissent se renforcer et se densifier (…) au service de la paix, de la sécurité et de la stabilité».
Aussi, les chefs de la diplomatie ont-ils «salué la disponibilité renouvelée du Souverain à renforcer les relations de son pays avec la Confédération des États du Sahel, dans le cadre de la coopération Sud-Sud dont le Maroc est l’un des pionniers», souligne le communiqué.
Par ailleurs, la délégation a mis en exergue «la haute appréciation du Collège des Chefs de l’État de la Confédération des États du Sahel (AES) pour l’approche objective et constructive du Royaume du Maroc vis-à-vis de la situation politique des pays de la Confédération AES et particulièrement la posture respectueuse du Maroc basée sur la non-ingérence dans les affaires intérieures de leurs pays».
C’est cela le Maroc qui fait de la non-ingérence un principe de base dans sa politique étrangère. Car, autant il est disposé à prêter main-forte à ses partenaires dans le continent, autant il s’interdit de s’ingérer dans les affaires intérieures des pays.
Mais, l’apport du Royaume ne s’arrête pas là. En effet, Rabat s’active, notamment au niveau de l’Union africaine, en faveur de ces pays et trois autres encore qui ont été suspendus par les instances de l’organisation panafricaine.
Assurant au mois de mars dernier la présidence du Conseil de paix et de sécurité de l’UA (CPS), Rabat avait annoncé son intention de déposer un projet de résolution visant leur réintégration. Une «initiative inédite», diront certains observateurs, «qui suscite bien des espoirs».
Identification
Elle a plus d’une appellation, mais ses objectifs sont clairement définis : L’Alliance des États du Sahel (AES) a été mise sur pied en vue de contrer les éventuelles menaces de rébellion armée ou d’agression extérieure contre les trois pays qui la composent, à savoir le Mali, le Burkina Faso et le Niger. A la base, cette organisation a été fondée, en septembre 2023, dans le format d’un pacte de défense mutuelle.
En juillet 2024, les trois pays décident de transformer l’organisation en confédération.
Or, depuis sa mise sur pied, et sur fond des menaces terroristes qui pèsent sur la région, la coordination se renforce de plus en plus au fil du temps. Toujours est-il que les objectifs de cette alliance vont au-delà des questions sécuritaires.
En effet, dès le premier sommet de 2024, les trois pays ont affirmé que cette alliance vise «une intégration plus poussée» entre ses composantes. On parle, notamment, de passeport et de monnaie communs.