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Diplomatie

Intégration régionale : Quelles sont les autres options ?

Comesa, IGAD, CEN-SAD…, des organisations régionales africaines dans lesquelles le Royaume évoluerait aisément. Une forme d’intégration Nord-Sud, dont le Mondial 2030 serait le déclic, est aussi possible avec l’Espagne et le Portugal.

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Au moment de réintégrer l’UA, déjà riche d’un millier de conventions et d’accords de partenariats signés avec la plupart des pays africains, le Maroc avait encore besoin d’un espace économique intégré. La cartographie de l’UA le situe dans la zone Afrique du Nord, l’une des huit régions selon la répartition déjà en vigueur.

Sauf que, pour des raisons évidentes, dont la mort clinique de l’UMA, le Royaume n’y trouvait pas son compte. C’est sans doute dans cette logique que l’on peut inscrire sa demande d’adhésion, restée sans réponse, à la Cédéao. La suite est connue, le Gazoduc, l’Initiative Atlantique et l’Initiative sahélo-atlantique qu’il a initiés comme alternatives.

Mais est-ce là les seules cartes que le Royaume peut faire jouer pour une intégration économique dans son environnement géopolitique ? On évoque rarement la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD), une organisation internationale regroupant 29 États africains, créée en 1998.

Mais, bien que le Maroc soit membre, l’adhésion large et diversifiée du CEN-SAD pourrait limiter son efficacité pour une intégration économique profonde axée sur les priorités spécifiques du Maroc. «La vaste portée géographique et les niveaux de développement économique variables au sein du CEN-SAD pourraient rendre difficile la poursuite d’initiatives d’intégration ciblées qui correspondent aux objectifs stratégiques du Maroc», relève-t-on.

L’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), qui se concentre sur la Corne de l’Afrique et l’Afrique de l’Est, semble présenter plus d’avantages. Elle est géographiquement éloignée, mais pas pour autant pertinente pour la stratégie d’intégration économique et de diversification des partenariats régionaux du Maroc.

D’ailleurs, au terme de ses entretiens, lundi 26 mai à Rabat, avec le Premier ministre et ministre kényan des Affaires étrangères, Nasser Bourita a regretté que «malgré les 60 années des relations diplomatiques entre les deux pays, le cadre légal de leur coopération reste très limité.

À peine une dizaine d’accords». Le même jour, les deux pays ont conclu cinq autres accords. Plus encore, «en 60 ans de relations diplomatiques, aucune commission mixte n’a été tenue. Ce sera chose faite d’ici la fin de l’année», a souligné le ministre. En parallèle, les relations entre le Maroc et l’Éthiopie évoluent vers un partenariat stratégique.

Avec le Djibouti, le Maroc entretient déjà des relations fortes et enracinées qui vont se développer davantage dans les années à venir. Dans une perspective plus large, le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa), qui est la plus grande Communauté économique régionale (CER) d’Afrique, avec 19 États membres (390 millions d’habitants), présente un intérêt certain. Son PIB combiné s’élevait à 1,13 billion de dollars en 2024. Il dispose d’une zone de libre-échange et d’une union douanière en cours de réalisation.

Effet Mondial 2030
Le Comesa représente un bloc économique important avec des efforts d’intégration en cours, ce qui en fait une option potentiellement attrayante pour le Maroc. Cela d’autant que la Tunisie y a adhéré tout récemment, en 2018, rejoignant ses voisins la Libye et l’Égypte, ce qui indique, d’après les analystes, un intérêt potentiel de cette CER pour toute la région du Maghreb.

L’adhésion de la Tunisie suggère d’ailleurs que le Comesa pourrait être réceptif aux pays d’Afrique du Nord et le Maroc pourrait explorer cette voie. L’accès à un aussi vaste marché et le potentiel de diversification commerciale pourraient être bénéfiques bien que géographiquement éloignés.

Il n’en reste pas moins que la diversification de ses partenaires régionaux au-delà du Maghreb et potentiellement de l’Afrique de l’Ouest pourrait renforcer la résilience économique du Maroc et ouvrir de nouveaux corridors commerciaux, comme c’est le cas avec le Sahel.

On le sait, le Maroc a signé un accord d’association, en 2000, avec l’Union européenne avec la création d’une zone de libre-échange. On sait aussi que deux pays de l’UE, de par leur proximité, entretiennent des relations particulières avec le Royaume. Nous l’avons vu, lors de la récente panne généralisée en Espagne, le rétablissement du courant dans le sud du pays a été possible grâce à la collaboration du Maroc.

Quelques années plus tôt, c’est grâce aux installations espagnoles que le Maroc a pu se fournir en gaz pour faire fonctionner à nouveau ses deux centrales de Beni Mather et Tahaddart. C’est un cas concret de ce genre de relations.

La candidature conjointe du Maroc avec l’Espagne et le Portugal pour l’organisation de la Coupe du Monde 2030 est non seulement une occasion inédite de collaboration entre les trois pays, mais aussi pourrait, en plus, stimuler l’intégration économique en nécessitant des investissements coordonnés dans les infrastructures et en renforçant les liens entre les trois pays.

Des projets comme le tunnel sous le détroit de Gibraltar, remis dernièrement au goût du jour, pourraient être réexaminés dans ce contexte de coopération renforcée. L’interconnexion des réseaux électriques entre le Maroc, l’Espagne et prochainement le Portugal sont de nature à renforcer la sécurité énergétique régionale, certes, mais aussi à favoriser le commerce de l’électricité renouvelable. Ce qui ferait de ces trois pays des acteurs mondiaux de l’énergie.