Diplomatie
Gazoduc Afrique-Atlantique : Début de concrétisation d’un projet d’intégration régionale
Les premiers appels d’offres de réalisation de ce mégaprojet seront lancés en 2025. Ils portent sur la première phase incluant le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal. Le débat sur un projet d’hydrogénoduc qui sera greffé dessus est lancé.
Ce qui n’était qu’un rêve en 2016, un rêve de deux États tout de même, le Maroc et le Nigéria, pour la stabilité et l’émancipation économique de toute la région ouest-africaine, est en passe de devenir une réalité. «Le fantasme politique», dixit nos voisins de l’Est, est en phase de concrétisation.
Les appels d’offres relatifs à la réalisation de la première phase du Gazoduc Nigéria-Maroc, devenu tout récemment Gazoduc Afrique-Atlantique, seront lancés dès le début de 2025.
Auparavant, en ce mois de décembre, et après l’adoption récemment de l’Accord intergouvernemental (AGI) et de l’Accord avec l’État hôte (AH), révisés par les ministres de l’Énergie et des hydrocarbures de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), élargis au Maroc et à la Mauritanie, «une cérémonie de signature des deux accords entre les seize membres du projet devrait se tenir lors du prochain sommet de la Cedeao, qui se tiendra à la mi-décembre, à Abuja», rapporte le site généralement bien informé Africa Intelligence.
Ces seize pays sont les onze membres de la Cedeao impliqués dans ce projet, en plus des trois pays de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso et Niger) auxquels s’ajoutent la Mauritanie et le Maroc. Cette signature ouvre la voie à la phase de concrétisation du projet. Les deux accords encadreront, en effet, les relations entre la future société chargée du projet et les gouvernements hôtes du gazoduc, ainsi que les relations entre les pays traversés par le gazoduc.
Pour ce qui est des premiers appels d’offres qui seront lancés en 2025, selon l’Onhym, ils porteront sur la première phase de ce mégaprojet énergétique. Cette phase concernera le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal.
Les trois pays devraient signer des accords supplémentaires pour le transport du gaz dès l’année prochaine. En parallèle, l’Onhym prévoit la création d’une entité dédiée à la gestion de la construction, de l’exploitation et de la maintenance de cette infrastructure.
L’énergie du futur
Comme il a été expliqué alors que le projet était encore à l’étude, le gazoduc, qui inclut 1.672 kilomètres de tracé au Maroc, sera relié au Gazoduc Maghreb-Europe ainsi qu’au réseau gazier européen, à travers l’Espagne.
En plus de contribuer à l’intégration économique des pays africains concernés, le projet répond à plusieurs objectifs stratégiques. Le premier étant bien évidemment de monétiser les vastes réserves de gaz naturel du Nigéria et de diversifier les voies d’exportation du gaz nigérian, tout en réduisant le torchage du gaz et par-delà en renforçant la décarbonation de l’économie de ce pays et du continent en général.
Il s’agit également de fournir une source d’énergie durable aux pays de la Cedeao, au Maroc et à l’Europe. Rappelons enfin que le futur pipeline, d’une capacité annuelle de 30 à 40 milliards de mètres cubes de gaz, permettra de fournir de l’énergie à près de 400 millions de personnes réparties dans 16 pays et d’exporter, chaque année, 18 milliards de m3 de gaz vers l’Europe.
Plus encore, et dans la perspective de développement des énergies non conventionnelles au Maroc, l’hydrogène vert en l’occurrence, l’Onhym avait évoqué la possibilité d’adaptation technique de la tranche du pipeline qui passe par le Royaume pour qu’il puisse être équipé pour transporter également de l’hydrogène vert. En tout cas, le débat sur la construction d’un pipeline d’hydrogène vert entre le Maroc et l’Europe avec l’appui de la France est en débat.
Cet hydrogénoduc devra permettre de transporter le gaz de Dakhla vers l’Union européenne en traversant toute la dorsale atlantique, en passant par le Gazoduc Maghreb-Europe (GME). L’UE étant elle-même en passe de construire un réseau de 40.000 km de pipeline d’hydrogène vert, dans le cadre de l’initiative European Hydrogen Backbone.
Lequel projet réunit 32 opérateurs d’infrastructures énergétiques et intègre officiellement une connexion du Maroc à ce réseau via le GME. Un autre projet non moins ambitieux, porté par l’Italie, consiste en la réalisation d’un gazoduc reliant ce pays au Maroc.
Au début de l’année, le gouvernement italien avait donné son approbation pour le lancement d’une étude de faisabilité de ce projet qui a pour finalité d’approvisionner l’Italie ainsi que certains pays de l’Europe centrale et de l’Est en hydrogène vert produit au Maroc.
Un projet en trois phases
Le Gazoduc Afrique-Atlantique sera composé de 12 stations de compression. Il sera déployé en trois phases. La première consiste en l’extension du gazoduc WAGP qui relie le Nigéria, le Bénin, le Togo et le Ghana à la Côte d’Ivoire, et le connecter au Sénégal, à la Mauritanie, puis au Maroc et à l’Europe.
Notons que le champ gazier commun entre le Sénégal et la Mauritanie, Grande Tortue Ahmeyim (GTA), est entré en production effective avant la fin de l’année. Le Sénégal attend son premier mètre cube dans les quelques jours à venir. La première exportation de Gaz naturel liquéfié (GNL) du projet se fera en début 2025.
La phase de construction du gazoduc objet des appels d’offres à lancer en cette même année concerne justement ce gisement estimé à 900 milliards de mètres cubes que le Sénégal partage avec la Mauritanie.
Bref, dans la deuxième phase de la construction du projet, il sera question de connecter l’est du Nigéria au Gazoduc Nigéria-Maroc. En troisième lieu, il s’agira de connecter ensemble la première et la deuxième phases.
