Pouvoirs
Diplomatie parlementaire, ce soft power devenu hard !
Le Parlement marocain fait de plus en plus parler de lui sur la scène régionale et internationale. Son action s’inscrit parfaitement dans la dynamique globale de la diplomatie chérifienne. Mais, elle doit encore être confortée. Éclairages.
L’idée reçue selon laquelle les parlementaires marocains ne remplissent pas leur mission sur le rayon diplomatique est à remettre en cause. La preuve par les faits. Ces derniers mois, on aurait assisté au déclenchement d’une nouvelle dynamique qui devrait se consolider.
Deux récentes actualités pour l’illustration. Courant juillet, le président de la Chambre des députés était en déplacement à la House of Commons à Londres. Une visite de travail au cours de laquelle Rachid Talbi Alami a eu des entretiens avec plusieurs hauts responsables britanniques, dont le président de la Chambre des communes, Lindsay Hoyle, ainsi que le secrétaire général de l’Association parlementaire du Commonwealth, Stephen Twigg. Avec au menu, la consolidation des relations entre les institutions législatives des deux pays, et aussi les moyens de renforcement des relations bilatérales dans les différents domaines. Le but étant également de renforcer la coordination au niveau des organisations parlementaires régionales et internationales. Or, quand on considère le grand élan que connaissent les liens entre Rabat et Londres, que ce soit sur le plan économique ou encore politique, l’on comprend que l’action parlementaire constitue un important levier pour raffermir davantage la relation bilatérale dans son ensemble.
Quelques semaines avant, Enaam Mayara s’était envolé au Panama. Outre la participation à l’inauguration de l’extension de l’espace de la Bibliothèque Roi Mohammed VI au siège du Parlement d’Amérique latine et des Caraïbes, le président de la Chambre des conseillers a pris part aux travaux de l’Assemblée générale annuelle du Parlement d’Amérique latine et des Caraïbes, au cours de laquelle il a prononcé une allocution au nom du Maroc. Signe particulier, cette visite coïncidait avec la tenue du sommet du Forum parlementaire des pays d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes, avec la participation des présidents des Unions régionales et interrégionales aux niveaux africain et latino-américain.
Spectre plus élargi…
En prenant en compte les récentes percées du Royaume au niveau de l’Amérique latine et l’importance qu’il accorde au développement de ses relations avec les pays de cette zone, l’on touche du doigt l’intérêt stratégique d’un tel déplacement aux dimensions multilatérales. Dans un cas comme dans l’autre, on est devant ce que la diplomatie parlementaire peut faire dans le sens de «l’élargissement des horizons» pour un Maroc qui bouge sur tous les fronts pour renforcer ses positionnements, consolider ses acquis en défendant, à tous les étages, ses «intérêts vitaux», comme le précise cet observateur de l’action diplomatique.
Deux autres exemples et non des moindres, la tenue à Marrakech, courant juillet, de la Conférence parlementaire sur «Le dialogue interconfessionnel» qui a réuni des représentants d’institutions législatives venant des quatre coins du globe. Un événement de la plus haute importance, marqué par un message royal, qui a été l’occasion de montrer l’expérience marocaine en matière de tolérance et de vivre-ensemble.
Ce même mois de juillet, dans l’enceinte du Parlement marocain, se tenait le «Forum africain des Commissions des affaires étrangères et de défense». Sanctionné par la «Déclaration de Rabat», cet événement a recommandé la création d’un forum africain dont le secrétariat général permanent devrait être confié à la Chambre des représentants du Royaume. Ce qui est loin d’être une simple reconnaissance ou un choix de complaisance, mais la consécration du rôle pionnier du Maroc dans le continent.
Plus encore, la tenue de ce forum et ses recommandations versent toutes les deux dans le renflouement du capital marocain, de la même manière qu’elles s’inscrivent en droite ligne de la coopération Sud-Sud entre Rabat et sa profondeur africaine, prônée et actée par le Roi Mohammed VI. Il n’en demeure pas moins que ce genre d’actions doivent s’inscrire dans la durée, nous indique ce spécialiste des questions parlementaires. Pour Abderrazak El Hannouchi, l’un des problèmes de la diplomatie parlementaire marocaine serait «le manque de continuité dans l’action, notamment d’une législature à l’autre». Il en découle qu’on «n’arrive pas à capitaliser les acquis qu’on engrange dans certaines zones géographiques».
Pour lui, il est primordial d’investir dans la durée, tout en diversifiant les partenariats, que ce soit avec les institutions législatives ou encore avec les réseaux parlementaires régionaux et internationaux. Sachant, relève Karim Zaouaq, que l’importance de cette diplomatie est de plus en plus perceptible, particulièrement depuis le début des années 2000, dans les relations internationales. De la même manière qu’elle constitue une «force d’appoint à la diplomatie régalienne». Mais, estiment certains observateurs, force est de constater que notre diplomatie parlementaire a, parfois, du mal à se mettre au rythme de la diplomatie officielle. D’où l’intérêt de la repenser en y mettant, notamment sur le front des ressources humaines, les moyens qu’il faut pour la renforcer davantage, note cet expert des relations internationales. Cela ne relève plus du soft power, mais du hard power. Une affaire de professionnels, de veille, de proactivité et de prospective. Les tendances lourdes sur la scène internationale l’exigent !
Plus d’actions
Il est révolu le temps où certaines missions parlementaires à l’étranger s’apparentaient à de simples excursions, voire à des voyages pour shopping. D’autant plus qu’au cours de ces dernières années, le règlement intérieur de la Chambre des députés, adopté par la Cour constitutionnelle en 2017, a institué, entre autres, l’impératif que chaque mission doit être sanctionnée par un rapport à soumettre par son chef, dans un délai d’une semaine, au bureau de la Chambre, comme le rappelle le chercheur Karim Zaouaq.
L’idée étant que les députés soient conscients qu’il ne s’agit nullement d’une promenade de santé, mais qu’ils sont censés rendre compte de leurs déplacements. Être en mission à l’étranger, faire partie de la Commission des Affaires étrangères ou encore figurer dans les fiches des groupes parlementaires d’amitié – qui se comptent par dizaines – ne sont pas un statut ou un privilège, mais une responsabilité qu’il faut assumer et réussir, nous dit cet autre expert. Les percées diplomatiques que le Maroc ne cesse d’enregistrer ces dernières années devraient constituer une raison de plus pour montrer toute son importance à l’action des parlementaires sur le plan diplomatique.
