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Dialogue social, une vision actée en démarche

Alors que certains voulaient en faire une fin en soi, le dialogue social est un instrument au service d’une vision, voire d’une «philosophie» de l’action politique traduite en politique publique. À mi-mandat, il y a bien des leçons à tirer.

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Quand on se rappelle comment ont fini, dans la détérioration, les relations entre l’Exécutif et les partenaires sociaux, deux mandats successifs durant, l’on était dans l’expectative quant à la capacité du gouvernement mené par Aziz Akhannouch de renverser la tendance de l’exacerbation de la défiance en une sorte de retour de la confiance. Ceci d’autant plus que les conditions objectives ne permettaient pas de la jouer dans les «les largesses», pour calmer les ardeurs. Plus encore, il fallait rompre avec les «tâtonnements», les «improvisations», quand ce n’est pas l’entêtement des anciens responsables aux manettes.
En effet, la nouvelle majorité, menée par le RNI, voulait marquer son territoire, tout en négociant le virage vers une nouvelle démarche dans la relation entre les partenaires sociaux. Celle-ci devant être basée sur la concertation, la participation, l’ancrage de la culture collaborative, etc. Autant dire que les différents partenaires devaient adopter un nouvel état d’esprit prônant le choix de la co-construction d’un nouveau modèle d’appréhension des dossiers sociaux marqués du sceau de l’urgence. Conséquence, c’est tout un processus de rétablissement de la confiance qui allait commencer. Qui plus est laissait entrevoir les «prémices d’une sorte de rupture épistémologique» qui étaient en train d’être «esquissées».

Pas de temps à perdre !
Entré en fonction en octobre 2021, l’Exécutif, sur initiative de Aziz Akhannouch, lance la machine. Les 24 et 25 février 2022, gouvernement et partenaires sociaux se retrouvent pour un premier round du dialogue social, un dialogue qu’on a voulu «solidaire et responsable», expression d’une «volonté partagée». Intervenant au tout début du mandat, l’«initiative a été tout aussi bien accueillie que rassurante», se remémore un syndicaliste. Et c’est d’ailleurs ce que relevait un communiqué émanant du cabinet du Chef du gouvernement en son temps, tout en notant qu’il s’agit de «la consécration de l’approche participative dans la gestion des affaires publiques».
Outre cette dimension «pédagogique», le launching du dialogue social nouvelle génération a également été marqué par la mise sur pied d’une méthodologie de travail. En effet, parce qu’il fallait entretenir «la culture du résultat», cela supposait de mettre en place une «ingénierie», d’où l’accord de former un «haut comité du dialogue», outre les commissions tripartites qui allaient s’occuper de régler les grands problèmes, une commission du secteur privé et une autre du public, sans oublier une commission technique dont la mission est de convertir les revendications en conventions. Situation post-pandémie oblige, des mesures d’urgence ont été décidées. À l’issue de ces deux journées, durant lesquelles ont été jetés les jalons de ce qui allait suivre, il était aussi question des chantiers de la législation sociale qui devait suivre son cours. Et pour que cette approche puisse réunir les conditions de son succès, il fallait bien y mettre du «pragmatisme programmatique», d’où l’accord, justement, de «se donner des délais raisonnables pour parvenir à des ententes».

Dossier-test…
C’est cette démarche qu’on allait voir, au fil des mois, dans la gestion de plusieurs dossiers tout aussi épineux les uns que les autres. Il n’est dès lors pas le fruit du hasard que le gouvernement, nonobstant des tirs à la corde –relevant de la normalité entre les partenaires sociaux –, certains ayant des contraintes, d’autres des comptes à rendre à leurs bases, finit toujours par trouver des terrains d’entente. La preuve par les résultats des dialogues sectoriels au niveau notamment des départements ministériels ou encore des établissements publics. On entend peu parler, sauf quand les «négociations coincent», mais les partenaires sociaux travaillent, souvent, dans le calme et débouchent sur du concret. La communication autour se faisant plus en interne qu’elle n’est dirigée vers les publics externes. Un choix !
Toujours est-il que les gros dossiers s’assurent la visibilité.
Ainsi, on a eu droit à l’un des plus longs feuilletons à rebondissement dans l’histoire de l’Éducation nationale, au point que certains «oracles» tablaient sur, voire auraient aimé assister à une année blanche. Avec la patience qu’il fallait, le doigté qui allait avec, mais aussi le sens de la responsabilité dont ont fait preuve les syndicats impliqués dans la démarche et la philosophie du dialogue social, il n’y a eu ni perdant ni gagnant au bout du compte. «Tout le monde est sorti gagnant, l’école publique et nos enfants en tête», résumait un parent d’élève. Les accords signés ont fait que 2023 a été une année d’inflexion dans l’histoire de la réforme du système éducatif marocain. Non seulement avec le statut unifié, mais aussi toutes les mesures que cela charrie pour aller vers cette «école publique de qualité pour tous».
Comme quoi, les vertus du dialogue social constituent l’alpha et l’oméga pour répondre à la complexité des liens sociaux quand bien même ils seraient «conflictuels». Certes, d’autres dossiers sont ouverts, les résoudre ne sera certainement pas une promenade de santé, pour les uns comme pour les autres, mais tout le monde s’accorde à dire que l’intelligence collective est à même de trouver les réponses qui s’imposent.


L’institutionnalisation en charte
Samedi 30 avril 2022. Le chef de gouvernement, Aziz Akhannouch, préside la réunion du haut Comité pour le dialogue social. Les partenaires sociaux sont de la rencontre solennelle : la cérémonie de signature du procès-verbal de l’accord tripartite couvrant la période 2022-2024. Un accord, on s’en souvient, qui comporte un ensemble d’engagements mutuels, dont l’augmentation du salaire minimum dans les secteurs de l’industrie, du commerce et des services (10% en deux tranches sur deux années), la révision à la hausse des allocations familiales, etc. Lors de cette même rencontre, les parties ont signé la Charte nationale du dialogue social. Celle-ci intervenant en réponse «à la demande collective urgente d’institutionnalisation du dialogue social», le but étant la consolidation des acquis de l’expérience marocaine, mais aussi de trouver «les mécanismes pour éviter ses faiblesses» en matière, particulièrement, de mise en œuvre des accords. De même qu’il est question d’assurer la durabilité et la régularité dudit dialogue.