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Pouvoirs

Des services algériens minés par les luttes intestines

Affaiblis par les guerres de clans, les renseignements algériens sont régulièrement pointés du doigt pour leurs dérives et leurs manquements cette dernière décennie.

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Les services de renseignement algériens ont été classés en 3e catégorie des services d’intelligence mondiaux au même niveau que les services marocains par le CF2R. Ce qui signifie pour les auteurs de cette étude que leurs budgets et effectifs sont très importants et qu’«ils sont capables de concentrer leurs moyens sur leurs objectifs géographiques ou thématiques». Ces services algériens sont aussi régulièrement cités par d’anciens cadres des services français dans des livres ou mémoires publiés – un grand nombre d’anciens des services secrets français se livrent à des confidences sur leurs activités passées – comme étant «des services particulièrement agressifs et déterminés», dont les méthodes dépassent souvent les limites acceptées dans les pays démocratiques.
En termes d’efficacité et d’accomplissement, les services algériens ont été régulièrement pointés du doigt pour leurs dérives et leurs manquements cette dernière décennie. L’attaque terroriste menée contre le site gazier d’In Amenas dans le sud-est algérien, le 16 janvier 2013, que les services algériens n’ont pas vue venir, a mis à nu les graves défaillances des services de renseignement extérieurs et militaires de l’Algérie. D’après un ancien officier des FAR bien informé sur les coulisses des services algériens, «l’attaque d’In Amenas perpétrée sur le sol algérien par un commando de 40 jihadistes démontre les profondes lacunes des services algériens, beaucoup plus impliqués à mener une guerre de propagande anti-marocaine qu’à surveiller les réelles menaces qui pèsent sur leurs intérêts nationaux».
Pour notre interlocuteur, ces services se sont éparpillés sur plusieurs fronts au détriment de la défense des intérêts vitaux du pays : traque des opposants du régime en exil à l’étranger, appui aux représentants du Polisario installés en Europe et surveillance des responsables des autres services nationaux dans un climat de défiance générale. «Les services algériens ont été particulièrement affaiblis par les différentes purges et les luttes de pouvoir opposant le clan des anciens caciques du régime, le Général Khaled Nezzar et le Général Toufiq Mediene, au clan du Général Gaïd Salah», poursuit notre interlocuteur.

Valse de hauts gradés
Actuellement, ce sont deux autres clans qui se livrent une guerre fratricide à l’approche de l’échéance de la prochaine élection présidentielle de décembre 2024, celui du président Tebboune qui s’appuie sur son conseiller chargé de la sécurité, Boualem Boualem, et sur le patron de la DGSN, Farid Zineddine Bencheikh, contre le clan du Général Saïd Chengriha entouré des directeurs des services de renseignement intérieur et extérieur, le Général Djamel Medjdoub Kehal et le Général Abdelghani Rachedi qui viennent de faire un chassé-croisé à la tête des deux principaux services algériens (dont les missions et les attributions sont diamétralement opposées) en échangeant leurs casquettes respectives, ce qui est une hérésie pour les experts en sécurité ! Résultat de ces luttes internes et des changements à répétition : aucun des huit directeurs des renseignements extérieurs algériens (DGDSE) nommés depuis mai 2019 (avec l’incarcération du Général Bachir Tartag) n’a eu le temps de travailler sur la durée et d’imprimer son empreinte sur ces services. Pour un domaine qui requiert une connaissance profonde des dossiers ainsi que des bouleversements géopolitiques et stratégiques, cette valse des hauts gradés constitue actuellement la véritable pierre d’achoppement de l’appareil sécuritaire algérien.
Ainsi, malgré les moyens considérables et un budget colossal (dont les chefs n’ont aucun compte à rendre) dont disposent les services algériens, leurs capacités ne sont pas entièrement exploitées et les directeurs nouvellement nommés n’ont qu’une seule préoccupation : enregistrer rapidement un succès diplomatique en essayant vainement de rallier de nouveaux soutiens à la cause de la thèse séparatiste de la RASD. Ce qui les conduit souvent à opter pour le choix facile de la diplomatie de la «valise de dollars». C’est ce qui s’est produit en janvier 2021 lorsque le Général Mohamed Bouzit a essayé de corrompre Mohamed Bazoum, candidat favori aux élections présidentielles, en envoyant un avion militaire algérien à Niamey chargé de convoyer deux millions de dollars en petites coupures afin de s’assurer de son soutien futur au régime algérien après son accession au pouvoir. Malheureusement pour le patron du renseignement algérien, cette manœuvre d’ingérence a été rendue publique et vivement condamnée par l’opinion publique nigérienne, causant une crise diplomatique et précipitant sa mise à l’écart de la DGSE après moins d’une année de commandement et confirmant ainsi la malédiction qui pèse sur les chefs des services secrets algériens.