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De l’indépendance à la souveraineté…

Les armes changent, le combat continue. Le Maroc lutte aujourd’hui pour sa souveraineté sécuritaire, alimentaire, sanitaire, énergétique. Un combat multidimensionnel que le Royaume se doit de remporter, pour lui, mais aussi pour son environnement régional.

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Depuis ce 18 novembre 1955, lorsque feu Mohammed V proclamait – dans le tout premier discours du Trône – l’indépendance du Maroc, le Royaume a bien avancé dans son «grand combat», pour reprendre l’expression consacrée. De l’indépendance actée, officiellement le 2 mars de l’année suivante, à la reconstruction, puis au développement économique et social et l’ouverture démocratique, le Royaume est passé aujourd’hui, en fait depuis ces dernières années, à un nouveau palier.

Sur le plan économique, le Maroc fait partie de ce que les analystes des relations internationales désignent comme «pays pivot dans les échanges de produits transformés». Il attire, de ce fait, les investissements au-delà des clivages géopolitiques traditionnels. Le Maroc entretient à la fois des relations économiques poussées avec pratiquement tous les pays du G7, mais aussi avec l’UE, les pays des BRICS et fait partie, à l’instar des autres pays de l’Union africaine, de la Zlecaf. Sa position de pivot, il la doit d’abord à sa stabilité politique, sa sécurité, mais aussi, entre autres, à la qualité de ses infrastructures et la solidité de son économie.

Si, il y a quelques années, le Royaume était à un rien de rejoindre le club des «pays émergents», le Covid est venu changer la donne. La notion même, qui fait d’ailleurs encore débat au sein même de l’OMC puisque la Chine continue à s’en revendiquer, n’a plus la même signification. Les pays développés découvrent l’ampleur de leur dépendance, d’autres qui le sont moins, aussi bien pour leur sécurité alimentaire que les chaînes d’approvisionnement en divers produits. Plus encore, cette situation d’urgence, que le monde entier a vécue en même temps, a fait ressortir la nécessité de reconquérir, rapidement, la souveraineté nationale. C’est le cas pour le Maroc comme pour d’autres pays du monde.

Et comme le reste des États, le Royaume a entrepris de concevoir et à mettre en œuvre des politiques sociales dans leur intégralité (la santé, l’éducation/formation, les services sociaux dans leur diversité…) en plus des choix économiques fondamentaux autour desquels ce concept de «social» s’articule. Il faut reconnaître qu’au Maroc, et contrairement à d’autres pays, une réflexion a été lancée en ce sens un peu plus tôt. En effet, pour le Royaume, ces questions ont été annoncées à travers l’appel royal du 13 octobre 2017 à réfléchir sur un nouveau modèle du développement plus en phase avec l’évolution du Royaume.

L’État d’urgence, un catalyseur
Mais c’est durant cette période de pandémie que le Maroc a démontré sa capacité non seulement de résilience, mais d’adaptation. C’était une occasion pour montrer aussi qu’il s’agit d’un pays réellement indépendant. Une indépendance qui se reflète également dans la doctrine diplomatique du Maroc qui se caractérise, essentiellement, par la diversification de ses partenariats.

Évidemment, il y a eu un processus de construction démocratique qui a démarré avec les premières négociations en perspective d’une alternance démocratique, au début des années 90 entre la Monarchie et les partis politiques issus du Mouvement national. Des tractations qui ont abouti à une révision constitutionnelle en 1992 et puis une autre quatre années plus tard. Mais, le véritable changement a eu lieu bien plus tard avec l’adoption de la Loi suprême de 2011. La suite, on la connaît. Le Royaume, ayant tranché le principe de changement de gouvernement par les urnes, s’est depuis focalisé sur la mise à niveau globale, économique et sociale et, en même temps, le renforcement de ses capacités de défense. Cela a donné lieu au Nouveau modèle de développement.

Sur le plan social, c’est un autre combat que le pays est en train de mener. Les fondements de l’État social ont été mis en place avec la couverture médicale universelle déployée et la couverture sociale en cours de déploiement. L’État social c’est, d’abord, la sécurité sociale, c’est aussi la souveraineté sanitaire dans son ensemble, c’est également une école publique de qualité et c’est aussi de l’emploi. Au stade actuel de l’évolution du Royaume, c’est à l’industrie qu’il convient de miser sur ces emplois. La nouvelle stratégie industrielle, le «Made in Morocco» ou encore les EnR constituent actuellement un gisement. Il est évident que la souveraineté d’un État est surtout celle sécuritaire qui réside dans la préparation, l’adaptation, la réactivité, l’opérationnalité et l’interopérabilité de son armée.

En somme, dans le cas du Maroc si, il y a encore quelques années, il menait son combat pour sa propre indépendance et sa souveraineté dans ses multiples dimensions, aujourd’hui il fait sien également le combat des pays de l’Afrique pour leur souveraineté. L’engagement, depuis 2014, de l’OCP dans ce combat, dans son volet alimentaire, est des plus évidents. Le gazoduc Maroc-Nigéria a pour vocation d’assurer la souveraineté énergétique de plusieurs États de l’Afrique de l’Ouest. Quant au Centre de biotechnologie de Benslimane, il a pour ambition de couvrir une partie importante des besoins de l’Afrique en médicaments et en vaccins. Et pendant ce temps, et depuis des années, le Royaume continue à fournir des élites militaires africaines auxquelles il reviendra de garantir la sécurité de leurs pays.

Souveraineté sécuritaire
De nombreux analystes ont relevé la dimension stratégique de cet amendement de l’article 43 de la Loi de finances (en vigueur depuis le 31 décembre 1968). Depuis janvier 2023, le compte de dépenses sur dotations intitulé «Acquisition et réparation des matériels des Forces Armées Royales» change de formulation. Il intègre désormais le «soutien au développement de l’industrie de défense». C’est un tournant majeur. Il y a une année, le ministre délégué chargé de l’Administration de la défense nationale annonçait que le Royaume s’est effectivement lancé dans l’industrie militaire, «notamment celle des armes et des munitions, ainsi que la fabrication de drones capables de mener des opérations de renseignement, de surveillance et des attaques armées, en plus de la maintenance des avions militaires».

En même temps, le Royaume a entrepris de renouveler son armement, optant pour des systèmes de défense plus sophistiqués et à la pointe de la technologie. Pour plusieurs observateurs, l’analyse de la politique de la défense renseigne sur les transformations subies par la doctrine des Forces Armées Royales, depuis ces dernières années.

Ces mêmes observateurs ont relevé quatre types de mutations profondes qui renvoient à la nature de la menace et des risques auxquels le Maroc fait face. «La première, de nature stratégique, concerne la défense de la souveraineté marocaine liée au Sahara et à l’intégrité territoriale», peut-on lire dans un document publié récemment par le PCNS. «La deuxième, plus sécuritaire, renvoie à l’élargissement du champ de la défense, et aux dangers que représentent le terrorisme et la criminalité organisée pour la sécurité nationale», poursuit la même source.

Quant à la troisième, «résolument digitale», elle concerne la cyberdéfense. Une quatrième dimension, évoquée dans ce document, qui se profile à l’avenir, se rapporte à l’emploi probable des armes biologiques. Ce qui suppose une réponse non pas armée, mais sanitaire. À cette altitude, on parle plutôt de «biosécurité» et de «biodéfense». La crise du Covid aura mis à jour la réalité de ce type de menaces. Et l’on connaît le degré de l’implication des FAR justement dans la lutte contre la pandémie. Bref, le risque épidémique fait partie désormais de la chaîne des priorités au même titre que les risques nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique (NRBC).

Souveraineté sanitaire
La question de la souveraineté sanitaire s’est posée pour la première fois au Maroc et ailleurs dans le monde pendant la pandémie. Cela a conduit notre pays à chercher des solutions endogènes à des problématiques posées par cette conjoncture. Il fallait en premier lieu renforcer le système de santé, mobiliser tous les moyens, civils et militaires dont dispose le pays. Et puis, lancer à pleine machine, le dispositif de production de médicaments et dispositifs médicaux fabriqués localement.

C’est ainsi que des collaborations ont été initiées entre les acteurs de la recherche et développement, de l’industrie pharmaceutique, de l’industrie textile et des industries d’équipements (électronique, matériel médical…). Ces efforts mis ensemble ont permis de mettre à la disposition des citoyens des moyens de protection locaux : masques, médicaments, matériel de réanimation, tests antigéniques… Tous ces produits ont été fabriqués dans un élan de solidarité entre acteurs économiques.

Mais une fois cette crise derrière nous, il a fallu en tirer les leçons qui s’imposent. La réforme globale du système de santé vient un peu de là. De même que la décision de réaliser une usine de production de vaccins contre le Covid-19 d’abord, mais aussi une vingtaine d’autres vaccins, permettant de répondre aux besoins, non seulement du Maroc, mais également du continent à court et à long terme et d’assurer la disponibilité des vaccins à l’échelle mondiale. Ce projet fera du Maroc un pôle biotechnologique de premier plan au niveau continental en intégrant la recherche pharmaceutique, le développement clinique, ainsi que la fabrication et la commercialisation de produits biopharmaceutiques essentiels.

Aujourd’hui, avec une quarantaine de laboratoires pharmaceutiques, le Royaume fabrique déjà 70% de ses besoins en médicaments. «Après l’ouverture du Centre de biotechnologie de Benslimane, nous serons en mesure de couvrir localement 80% de notre demande en médicaments», a déclaré récemment le ministre de la Santé et de la protection sociale, Khalid Aït Taleb. Grâce à ce Centre, «nous serons également capables de fabriquer des médicaments trop coûteux», a affirmé le ministre, ajoutant que «notre objectif est d’assurer notre souveraineté médicamenteuse et de limiter les importations qui, même si elles subsistent, le seront dans une proportion maîtrisée».

La souveraineté sanitaire c’est certes rendre les médicaments et autres dispositifs médicaux disponibles à tout moment, mais c’est aussi la généralisation de la couverture sanitaire et de la construction de systèmes de santé solides capables de fournir des services de proximité et de qualité à l’ensemble de la population. Le modèle cubain, et dans une moindre mesure celui turc, montre que pour le Maroc, avec son niveau de développement actuel, cet objectif est à sa portée.

Souveraineté alimentaire
Ce slogan de l’OCP en dit long sur la capacité du Maroc à assurer ses besoins alimentaires, et même bien au-delà. «Le Groupe OCP contribue à nourrir une population mondiale en croissance, en lui fournissant les éléments essentiels à la fertilité des sols et la croissance des plantes», et c’est d’ailleurs le cas, encore plus en Afrique où le Groupe est présent, à travers OCP Africa, dans 16 pays africains. Car, pour l’État marocain, atteindre sa souveraineté alimentaire est un engagement fondamental.

Encore une fois, alors que des pays, y compris les plus développés, découvrent pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale les mots «pénurie» et «rationnement», les marchés marocains ont été continuellement et suffisamment approvisionnés en produits alimentaires durant toute la période de la crise sanitaire. Cela a été le cas avant et l’est toujours aujourd’hui, malgré la persistance des effets de la crise mondiale et deux années successives de sécheresse que le pays vient de traverser. Encore une fois, c’est un état de fait que le Royaume doit à ses politiques publiques menées depuis des décennies.

En effet, les politiques agricoles du Maroc depuis l’indépendance ont toujours été un moteur principal du développement économique et social. Le Maroc a toujours été considéré comme un pays agricole. En tout cas, jusqu’à il y a moins de deux décennies. Si aujourd’hui plus de 80% des exportations sont des produits manufacturés, le pays n’en a pas moins développé son secteur agricole. De l’avis de tous, le Plan Maroc Vert, lancé en 2008, a ainsi permis au Royaume de réaliser un véritable essor agricole à travers l’amélioration de la productivité et de la compétitivité. Une fois arrivé à terme, et après en avoir relevé les imperfections, l’État a décidé de poursuivre la réforme en ayant un seul objectif, celui de la souveraineté alimentaire du Maroc.

C’est ainsi que la stratégie Génération Green a été lancée avec pour objectif d’aller bien au-delà du PMV. Il va sans dire que la souveraineté alimentaire n’est plus seulement un pari stratégique, mais un choix politique à dimensions sociale, économique et géostratégique. Il y a néanmoins une nuance à relever. La souveraineté alimentaire est le droit d’un pays de définir ses propres systèmes alimentaire et agricole, ce qui est déjà le cas pour le Maroc. La sécurité alimentaire repose, elle, sur la disponibilité, c’est-à-dire, la capacité à produire sa propre alimentation, l’organisation des marchés, la qualité sanitaire et nutritionnelle des aliments, ainsi que sa stabilité dans le temps.

Souveraineté énergétique
Cela a été le cas depuis toujours, la flambée des cours des hydrocarbures se reflète directement sur la balance commerciale du Maroc, aggravant le déficit. C’est une incidence directe, l’autre sous-jacente impacte lourdement la compétitivité de l’économie nationale, qui pâtit du renchérissement de l’énergie.

Si le Royaume ne connaît pas de situation de délestage, comme c’est le cas pour plusieurs pays africains, y compris ceux exportateurs des hydrocarbures, c’est parce qu’il a décidé de ne plus subir, de plein fouet, les aléas du marché énergétique. Il a enclenché une inversion de tendance en donnant un coup d’accélérateur aux projets d’énergies renouvelables et en renforçant davantage son efficacité énergétique. Grâce à la politique de diversification des ressources d’énergie, engagée depuis 2009, le Royaume dispose de marges de manœuvre pour maintenir l’équilibre entre l’offre et la demande. Et le modèle énergétique adopté par le Royaume commence aujourd’hui à porter ses fruits. Sur un autre volet, un mécanisme de suivi du programme d’approvisionnement du pays, en matière des hydrocarbures, a été mis en place. Il a pour mission de suivre de près l’approvisionnement du marché et la situation des stocks.

Plus tard, une commission sera mise en place pour assurer le suivi de la disponibilité des ressources d’énergie. En même temps, le plan gazier, comme énergie de transition, suit son cours. Une infrastructure complexe est prévue pour la regazéification du GNL importé, le transport du gaz produit par le sous-sol et l’off-shore marocains et celui en transit vers l’Europe, via le gazoduc Nigéria-Maroc. En parallèle, le Royaume entame bientôt son entrée sur le marché mondial de l’énergie du futur, l’hydrogène vert.

Cela tout en continuant à mobiliser ses capacités de stockage. Notamment par la construction de Step (Stations de transfert d’énergie par pompage), dont la deuxième vient tout juste d’être opérationnelle, et deux autres en projet, mais également via les mégaprojets de fabrication de batteries électriques, en s’appuyant sur une chaîne de valeur locale, qui vont bientôt être concrétisés au Royaume.