Pouvoirs
Armement : Les USA font du Maroc un «game changer»
Le département d’État US valide deux contrats d’armement passés avec le Royaume. Le premier porte sur 18 Himars et le second sur 40 bombes JSOW. Il fait ainsi partie du club très sélect des pays qui possèdent cet armement.
Le département d’État US vient de donner son accord pour deux contrats d’armement avec le Maroc. Il s’agit d’un contrat majeur puisqu’il porte sur les systèmes de fusées d’artillerie à haute mobilité (Himars) et d’équipements connexes pour un coût estimé à 524,2 millions de dollars. L’Agence de coopération en matière de sécurité pour la défense a délivré, mardi 11 avril, la certification requise informant le Congrès de cette vente, précise-t-on auprès du département d’État. Peu de pays sont dotés aujourd’hui de ce type d’armement. En plus des États-Unis, seuls cinq pays dans le monde en possèdent aujourd’hui. Trois autres pays, dont le Maroc, viennent d’en faire commande.
Ce qui en fait un «game changer», surtout dans une région comme la nôtre. Pour en avoir une idée de leur force de frappe, depuis leur première apparition sur les champs de bataille ukrainiens en juin dernier, ces engins ont causé de lourds dégâts à l’armée russe, relèvent plusieurs commentateurs de ce conflit armé. L’efficacité de ces appareils a été si importante que certains analystes militaires parlent même d’une arme miraculeuse. L’acronyme Himars renvoie au nom technique M142 High Mobility Artillery Rocket System qui est une technologie de lance-roquettes guidée et à longue portée. Cette dernière est placée sur un camion tactique de 5 tonnes. Les missiles ont une portée de 30 à 160 km.
Bref, comme l’a bien souligné le département d’État, cette vente «soutiendra la politique étrangère et la sécurité nationale des États-Unis en aidant à améliorer la sécurité d’un Allié majeur non membre de l’OTAN». Lequel allié «continue d’être une force importante pour la stabilité politique et le progrès économique en Afrique du Nord». La vente améliorera ainsi la capacité du Maroc à «faire face aux menaces actuelles et futures et à détecter les menaces et contrôler ses frontières contribuant ainsi au maintien de la stabilité et de la sécurité régionales». Le fait de doter les FAR de ce système renforcera également l’interopérabilité des armées marocaine et américaine et leur coordination dans la «lutte contre le terrorisme et les organisations extrémistes violentes (VEO) dans la région du Maghreb et du Sahel». Détail important relevé par le département d’État, le Maroc n’aura aucune difficulté à absorber ces articles dans ses forces armées. Ceci pour le premier contrat.
L’Espagne rassurée
Pour ce qui est du second, il concerne l’acquisition également par le Royaume de bombes JSOW et d’équipements connexes pour un coût estimé à 250 millions de dollars. L’AGM-154 Joint Standoff Weapon, ou JSOW, est une bombe guidée planante américaine pouvant être utilisée par des navires et des avions de guerre, dont l’escadron «F16». Il est fort probable que ces bombes vont équiper les F16 tout récemment upgradés des FRA et ceux qu’il vient d’acquérir.
En 2021, rappelons-le, le Maroc avait décidé de doubler les capacités de frappes et de moderniser technologiquement les avions F16 des Forces Royales Air. Le département d’État avait alors approuvé un contrat de vente de 25 avions F-16 «Block 70/72» au Maroc ainsi que la mise à niveau de ses F-16V, d’un montant de 983 millions de dollars. Il est clair que les futures acquisitions militaires et la mise en service d’une industrie militaire marocaine renverseront définitivement le rapport de force en Afrique du Nord d’ici 2025.
Cela dit, il est intéressant de relever deux phrases clés dans les deux derniers communiqués du département d’État relatifs à l’acquisition par le Maroc du système HIMARS et JSOW. «La vente proposée de cet équipement et de ce soutien ne modifiera pas l’équilibre militaire de base dans la région», peut-on lire dans le document qui précise également qu’«il n’y aura aucun impact négatif sur l’état de préparation de la défense américaine à la suite de cette vente proposée». Évidemment en parlant d’équilibre militaire, Washington fait sans doute référence à l’Espagne, dont une partie de l’opinion publique voit déjà d’un mauvais œil le fait que le Maroc continue à s’équiper depuis quelque temps en technologie d’armement très avancée.
Et pour que le message soit plus clair, cette vente n’aura aucun impact sur l’état de préparation de l’armée américaine. Les États-Unis disposent en effet d’une base militaire sur le territoire espagnol, à Rota, dans la province de Cadix, non loin des côtes nord du Royaume. C’est-à-dire dans le rayon de portée des armes que le Maroc veut acquérir. Toujours dans cette même logique de modernisation de son système de défense, qui fait désormais du Maroc une puissance militaire régionale, le Royaume, c’est encore une information qui nous vient de Washington, s’apprête à réceptionner le système de défense antiaérienne et antimissile israélien Barak MX. En effet, selon le Forum FAR-Maroc qui reprend des informations contenues dans les documents classés secrets du Pentagone fuités récemment, la réception du système Barak MX par le Maroc est programmée pour mi-2023.
Pour finir, il n’échappe à personne que le Maroc cherche à renforcer et à développer sa base industrielle de défense. Dans ce sens et selon un rapport de GlobalData Plc qui est une société d’analyse de données et de conseil, dont le siège est à Londres, le nombre d’emplois créés dans l’industrie de la défense au Maroc est en augmentation depuis 2019. A cette date, on comptait une moyenne de 24 emplois par mois. Ce chiffre est passé à une moyenne de 36 emplois par mois en 2022. Ces chiffres reflètent le renforcement de la production de défense locale au Maroc. Cela au moment où l’État cherche à attirer les investissements directs étrangers, à promouvoir l’innovation nationale et, plus largement, à développer la base industrielle de la défense.
La liste des munitions
Les deux commandes passées par le Royaume portent, pour le premier contrat sur :
• 18 lanceurs M142 High Mobility Artillery Rocket System (HIMARS) ;
• 40 systèmes de missiles tactiques de l’armée M57 (ATACMS);
• 36 M31A2 Guided Multiple Launch Rocket Systems (GMLRS) Unitary ;
• 36 ogives alternatives M30A2 Systèmes de fusées à lancement multiple guidé (GMLRS); 9 véhicules à roues polyvalents à haute mobilité M1152A1 (HMMWV);
• 18 systèmes internationaux de données tactiques d’artillerie de campagne (IFATDS).
Sont également inclus 40 modules de fusée d’entraînement à faible portée M28A2 à faible coût (LCRRPR); radios avec une capacité «SINCGARS» similaire ; des systèmes de radio; 18 camions cargo M1084A2 et plusieurs autres types de véhicules.
Quant au second contrat, il porte sur 40 armes à distance interarmées AGM-154C (JSOW).
Sont également inclus les missiles d’entraînement aérien factices ;
Véhicules de vol captif (CFV);
Véhicules de vol libre (FFV), entre autres.