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Diplomatie

Algérie : Des projets annoncés pour briser l’isolement et contrer le Maroc

Pipelines, voies terrestres, routes maritimes, lignes aériennes, industrie de phosphate, d’automobile… La liste des projets annoncés par l’Algérie, et censés lui permettre de percer en Afrique, est longue. Problème, ils ne voient jamais le jour.

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En Algérie, il est quasiment impossible de parler d’économie sans parler de politique. C’est un constat relevé par des économistes de renom.

C’est également une réalité étayée par des faits. Très dépendante de ses exportations d’hydrocarbures (98%), l’Algérie est extrêmement sensible aux variations des cours mondiaux, comme le notent les experts.

Toute baisse affecte sa capacité à soutenir la sécurité alimentaire de sa population. C’est ce qui explique sans doute l’écart criant entre ses ambitions africaines, à moins que ce ne soient de simples effets d’annonce, et la situation d’approvisionnement de son marché intérieur.

Jusque-là, toutes les initiatives prises en la matière ne sont rien d’autre que des réactions à la percée africaine du Maroc. Jugez-en. Mi-mai, le patron de la Sonatrach, véritable épine dorsale de l’économie de ce pays, était en déplacement en Chine. L’objectif du déplacement n’a rien à voir avec le cœur du métier de l’entreprise étatique.

Le but était plutôt de chercher des investisseurs pour développer une usine de production d’engrais. Oui, avec ses réserves de 2,2 milliards de tonnes, l’Algérie cherche à concurrencer l’OCP, et donc contrer les intérêts économiques du Maroc, principalement en Afrique. Depuis 2018, l’Algérie caressait déjà le projet de porter sa production de phosphate (roche) de moins de 1 million à 10 millions de tonnes par an.

Quatre ans plus tard, ces prévisions ont été revues à la baisse, avec un objectif de 6millions de tonnes. Depuis, tout cela est resté au stade de projet. Aujourd’hui, l’Algérie cherche à lever auprès de la Chine l’investissement nécessaire, soit 7 milliards de dollars. «Sonatrach confirme ainsi officiellement qu’elle ne dispose pas d’un partenaire financier solide pour lui permettre de lancer ce mégaprojet du phosphate à l’est du pays», conclut cet analyste algérien, fin connaisseur des arcanes de l’économie de son pays.

Le projet rejoint donc celui, vieux de plusieurs décennies, du pipeline transsaharien qui devrait faire acheminer le gaz nigérian vers l’Europe en passant par le réseau algérien. Mais aussi un projet plus récent de relier le gisement GTA, en Mauritanie, au réseau des gazoducs algériens pour le livrer directement en Europe. Avec ce même pays, d’autres projets tout aussi économiquement non viables ont pour seul but de tenter de contrer le Maroc et sa profondeur africaine.

La ligne maritime Algérie-Mauritanie, lancée début 2022, avec pour objectif de concurrencer le Maroc sur les marchés mauritanien et ouest-africain s’est conclue sur un échec total. C’est le cas aussi pour le projet de route Tindouf-Zouerate de 775 kilomètres de long, un projet qui traîne depuis les années 70, soit depuis la présidence de Boumediene, et qui vient d’être relancé, il y a un peu plus d’une année.

Évidemment, on ne peut pas s’empêcher de penser à la voie express Tiznit-Dakhla, qui est en train de devenir la veine jugulaire des échanges commerciaux entre le Maroc et l’Afrique de l’Ouest, et même entre l’Europe et le reste du monde, via Tanger-Med. Idem pour le futur projet du port Dakhla-Atlantique, et évidemment le gazoduc Maroc-Nigéria.

On l’aura compris, les deux liaisons maritime et terrestre ont un double objectif pour l’Algérie: d’abord d’isoler le Maroc et, ensuite, de justifier une illusoire «diversification» des exportations algériennes. Dans sa prétendue «conquête» de l’Afrique, Alger a, de même, annoncé l’ouverture de succursales de trois principales banques publiques algériennes au Sénégal, au Niger et en Mauritanie. On pourrait dupliquer à souhait ce genre de projets.

Celui d’Air Algérie, qui ambitionne de supplanter la RAM en Afrique, en fait également partie, tout comme celui, tout aussi improbable, de monter une industrie automobile. On dit également que l’Algérie se rêve même en pays exportateur d’hydrogène. Gageons que là aussi il y aura de l’eau dans le gaz.