Diplomatie
Accord tripartite : trois ans après, les effets sont déjà là
L’impact de la signature de cette déclaration conjointe du 22 décembre 2020 est indéniable. Fort de l’appui américain, puis européen sur la question du Sahara, le Royaume est en phase d’émerger sur le plan économique et géopolitique.
Il y a trois ans, le 22 décembre 2020, le Maroc, les États-Unis et Israël signaient une déclaration conjointe. La ratification de cet accord tripartite eut lieu dix jours après la proclamation officielle des États-Unis de la marocanité du Sahara. Israël sautera le pas, plus de deux ans plus tard, le 17 juillet dernier, reconnaissant la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud. Entre les deux pays, plusieurs autres États occidentaux ont révisé, sensiblement pour certains, vigoureusement pour d’autres, leur position sur le Sahara. L’Espagne d’abord, puis l’Allemagne, ensuite la Belgique, et bien d’autres pays. Même la France, qui s’est décidée, à l’occasion du vote de la dernière résolution du Conseil de sécurité, le 30 octobre, a fait un léger pas en avant. C’est une lame de fond à laquelle les États-Unis ont donné naissance, et qui ne cesse de se propager aujourd’hui encore.
Cette dynamique enclenchée ces dernières années s’est renforcée avec le soutien d’une quinzaine de pays européens au plan d’autonomie et l’ouverture de nouveaux consulats à Laâyoune et Dakhla. Et depuis son avènement, l’Administration Biden ne cesse de rappeler sa position constante sur la question du Sahara. Le Département d’État l’a encore réitéré, à la veille de la visite du sous-secrétaire adjoint, Joshua Harris, à Rabat les 17 et 18 décembre : «Il n’y a aucun changement dans la position claire et constante des États-Unis». Le même Département a précisé, à l’issue de cette visite, que le responsable américain «a eu une discussion constructive avec le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, sur l’avancement de notre partenariat bilatéral solide et la réponse aux priorités régionales communes».
Une phrase qui en dit long sur l’évolution rapide, constante et ferme des relations entre les deux pays, surtout depuis la signature par le président Trump du fameux décret présidentiel reconnaissant la souveraineté du Maroc sur son Sahara. Le Département d’État évoque justement un «partenariat solide», à tous les niveaux et plus particulièrement dans le domaine militaire et diplomatique, et la «réponse aux priorités régionales communes». Ce qui laisse entendre que pour les deux parties, la question du Sahara est donnée pour être réglée, et que ce n’est sans doute plus qu’une question de temps. C’est d’ailleurs le message que le responsable américain semble avoir transmis, le plus clairement, aux voisins de l’Est. Dans un entretien qu’il a accordé aux médias algériens et que l’ambassade US à Alger s’est empressée de diffuser dans son intégralité, Joshua Harris a déclaré : «Les États-Unis souhaitent une solution politique durable et digne au Sahara occidental. Nous envisageons sérieusement d’utiliser notre influence pour permettre le succès du processus politique de l’ONU. Une résolution sous l’égide des Nations unies se fait attendre depuis longtemps. Les envoyés spéciaux précédents de l’ONU ont essayé de nombreuses voies différentes, mais malheureusement jusqu’à présent, ces efforts n’ont pas abouti».
Le Maroc acteur géopolitique régional
En conséquence, «nous nous efforçons donc de faire tout ce qui est en notre pouvoir, y compris avec nos amis et partenaires algériens, pour permettre au processus des Nations unies de réussir». Une phrase qui sonne comme une mise en garde, mais en termes diplomatiques.
Il va sans dire qu’une fois acquis le plein appui des États-Unis et d’une grande partie des pays occidentaux sur la question du Sahara, le Maroc peut entamer de parfaire son influence régionale et se positionner en force sur l’échiquier géopolitique international, d’abord sur le plan économique en s’attaquant à deux secteurs d’avenir, l’énergie propre et les EV, mais aussi la sécurité alimentaire. Et puis en entamant de construire un bloc régional autour de son initiative atlantique et un corridor économique et sécuritaire en proposant un accès à l’Atlantique aux pays du Sahel.
Une sorte de combinaison entre la CEDEAO et les pays du versant atlantique de l’Afrique. Ce n’est sans doute pas pour rien que le Tchad a été choisi cette année comme invité d’honneur de la troisième édition du forum économique «Africa Business Days» tenue le 18 décembre à Dakhla. Avec le Niger et le Mali, d’ailleurs en très bons termes avec le Maroc, ces pays peuvent trouver en le futur port Dakhla Atlantic un catalyseur pour développer leur commerce extérieur. C’est aussi une voie sûre pour l’exportation des matières premières et énergétiques que recèlent leur sous-sol, et dont le marché international est très demandeur.
Le Royaume se trouve, grâce à ses multiples alliés, au cœur d’un carrefour qui conduit du Moyen-Orient aux Amériques et de l’Europe de l’Ouest au Sud de l’Afrique. Une jonction entre quatre régions du Monde qui se trouvent être, en même temps, des zones stratégiques de premier ordre pour les États-Unis et leurs alliés, mais aussi pour d’autres partenaires du Maroc.
Bref, tout cela c’est ce que l’on peut comprendre de la deuxième partie de la déclaration du Département d’État, soit les «priorités régionales communes». Pour ce fait, le Royaume, encore une fois grâce à cet accord tripartite et les accords de partenariat stratégique qui en ont découlé, mais aussi avec l’appui de ses partenaires du Golfe, a entamé de moderniser ses équipements militaires, lancer une industrie de défense, mettre à niveau ses infrastructures (ports, routes et voie ferrée) et se doter de moyens logistiques (transport maritime, pipeline, lignes électriques,…). Le Maroc Atlantique, une initiative qui date de 2009, a été réactivée ces deux dernières années et fortement appuyée par les États-Unis, vient de prolonger le Royaume dans une nouvelle dimension.
Quid des rapports entre le Maroc et Israël ?
La guerre entre Israël et Hamas, le resurgissement du sentiment collectif pro-palestinien pousseront-ils le Maroc à revoir la nature de ses relations avec l’État hébreu ? Tous les observateurs diront évidemment que non. Les relations bilatérales pourraient certes traverser une période de stand-by, mais il y a très peu de chances que le Royaume revienne sur ses engagements envers les États-Unis et Israël. Il se peut que certains projets de coopération civile, notamment dans le tourisme, le transport ou encore la main-d’œuvre, puissent être gelés pour un temps. Ce n’est sans doute pas le cas de la coopération militaire et de défense qui, elle, obéit à un autre agenda. Il faut dire que, contrairement aux autres pays qui ont normalisé leurs relations avec Israël, l’accord tripartite qui a donné lieu à la reprise des relations diplomatiques entre le Maroc et ce pays offre une certaine flexibilité, puisque le Royaume y a inscrit clairement sa position sur la question palestinienne, et permet à ces relations de traverser des zones de turbulence sans grands dégâts.
