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Pouvoirs

À presque le mi-mandat, l’opposition en pleine recomposition

L’USFP et le PPS entament un rapprochement ouvert à d’autres acteurs institutionnels. Le PJD retrouve ses anciens repères. Le MP cherche toujours sa voie. Face à une majorité soudée, l’opposition parlementaire bouge.

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Après un mariage de raison de dix ans, le temps de deux mandats gouvernementaux, le PPS s’éloigne progressivement des islamistes du PJD. Selon plusieurs analystes, derrière les récentes attaques du PJD contre ses anciens alliés, sur fond de réforme de la Moudawana, se cache bien le dépit des islamistes, laissés désormais pour compte et délaissés par tout le monde maintenant qu’ils ont été rejetés par les électeurs.

Avec ses 13 sièges, le groupement parlementaire du parti islamiste n’a pratiquement plus de marge de manœuvre. Jusque-là, il comptait sur l’appui du PPS et accessoirement du MP pour tenter d’initier des actions parlementaires d’envergure. Or, le parti du Livre décide enfin de renouer avec sa famille de gauche. Une nouvelle tentative de rapprochement a, en effet, été entamée entre les deux formations socialistes, l’USFP et le PPS, formant tous les deux un bloc parlementaire de 56 sièges à la première Chambre.

De mauvaises langues diront que l’USFP est aujourd’hui, à l’heure où la question du remaniement ministériel revient en force, totalement sûr qu’il ne fera pas partie de la majorité, le parti cherche à mieux se repositionner au sein de l’opposition en perspective des futures législatives. D’où ce rapprochement.

Depuis la réunion au sommet, tenue le 23 novembre, entre les directions et les instances exécutives des deux partis, le nouveau deal entre les deux formations avance bien. Les deux parties ont discuté des modalités de l’action commune entre les deux formations et les moyens de la renforcer.

Il a été convenu, dans ce sens, de former une commission mixte entre les bureaux politiques respectifs afin d’élaborer une vision générale sur les axes et le programme de cette action conjointe. L’objectif de ce rapprochement, au niveau de l’institution législative, est «la reprise de l’équilibre de l’action institutionnelle entre le Parlement, le gouvernement et les instances de gouvernance, d’une part, et entre la majorité et l’opposition, d’autre part».

Les deux partis évoquent même un «front de l’opposition», ouvert à d’autres acteurs institutionnels, formations de gauche et syndicats notamment, mais aussi aux démocrates» ainsi qu’aux «hommes d’affaires». Le but va au-delà des deux Chambres du Parlement, puisqu’il consiste en la mise en place d’un «front intérieur que nécessitent les enjeux auxquels est confronté le pays».

Un front comme un autre
Autant dire que le front de l’opposition que le MP, le PJD et le PPS ont tenté de constituer depuis le début de la législature tombe définitivement à l’eau. Nous nous retrouvons donc, encore une fois, avec une carte parlementaire éclatée formée d’une majorité de trois partis, le RNI, le PAM et l’Istiqlal, avec ses 270 sièges, un groupe parlementaire de deux formations, l’UC et le MDS (23 sièges), qui soutient la coalition gouvernementale et dans l’opposition la nouvelle alliance USFP-PPS (56 sièges), le MP (28 sièges), le PJD (13) et deux petites formations de gauche, la FGD et le PSU avec un siège chacune. En comptant les 3 députés sans appartenance politique, le compte est bon.

Tout cela est bien, dira-t-on, sauf que nous sommes encore loin d’une véritable opposition parlementaire. Selon les analystes politiques, nos partis continuent d’adopter une approche traditionnelle de l’opposition. Laquelle consiste en les questions écrites et orales et les prouesses oratoires au Parlement quand ce n’est pas limité à comptabiliser les amendements présentés lors du débat du PLF. Et même lorsqu’il est fait recours aux réseaux sociaux, c’est pour reproduire les mêmes thématiques.

Cela au moment où le gouvernement adopte une démarche novatrice et que l’opposition non institutionnelle occupe la rue. Le fait est que, relèvent plusieurs observateurs, à défaut d’encadrer la rue, nos partis de l’opposition surfent sur la vague. Nous l’avons vu tout récemment, dans le cas des enseignants, les partis, tout particulièrement le PPS, ont tenté de capitaliser sur la grogne de ce mouvement social.

Le PJD, lui, fait de même en nageant à contre-courant sur le chantier de la réforme du Code de la famille, et surfe à fond sur la question palestinienne et tente sans doute de récupérer son électorat traditionnel et puiser dans le réservoir islamo-conservateur et du néonationalisme arabe. Avec le MP, l’essentiel du discours des trois partis au Parlement ne sort jamais d’un cadre conjoncturel. Quand ce n’est pas l’inflation et la baisse du pouvoir d’achat, c’est le prix du carburant ou un des aspects réducteurs de la politique agricole, entre autres thématiques du genre.

On le sait, et la Constitution insiste d’ailleurs là-dessus dans l’article 10, l’opposition parlementaire a un rôle de premier ordre. Outre la présidence de la Commission de la législation, la Loi suprême lui accorde de nombreuses attributions à même de lui permettre de jouer pleinement ce rôle.

Elle est censée représenter un pan de la société qui n’a pas voté pour la majorité, de manière à avoir une représentation, et donc une voix, de toutes les tendances politiques de la société au Parlement. Elle maintient, de même, un contre-pouvoir en contraignant la majorité à faire des compromis sur certains dossiers de même qu’elle peut carrément proposer une alternative politique. Dans les pays démocratiquement évolués, on parle même de cabinet de l’ombre qui est une sorte de gouvernement parallèle constitué par l’opposition.


Non, l’opposition n’est pas une punition

Contrairement à une acception commune de la nature de l’opposition, elle n’est pas formée des partis rejetés lors de la formation de la majorité gouvernementale. Les partis de l’opposition ne sont pas là par défaut. C’est un choix assumé. Sauf que, contrairement à ceux de la majorité, les partis de l’opposition ne sont pas tenus d’adopter une posture et une démarche communes. Ce qui n’empêche que les formations de l’opposition, tout en ayant assimilé la nature et l’importance de leur rôle, doivent s’acquitter pleinement de leur mission centrale qui leur est fixée par la Constitution, tout en donnant à cette mission son véritable contenu politique. L’opposition contrôle le gouvernement, certes par les moyens classiques, questions orales, écrites, commission d’enquête et même motion de censure, ou encore l’action législative par les promotions de lois, mais aussi par d’autres moyens qu’elle aura développés. À aucun moment, l’opposition ne doit se complaire dans son coin ou surfer sur la contestation populaire en attendant la fin de la législature. Elle ne doit pas laisser le champ libre à l’opposition de la rue.