Une psychologue pour lutter contre la pauvreté

Passionnée de littérature, elle a fini par se spécialiser en psychologie clinique et du travail.

Elle a été l’architecte de la première expérience de formation continue au sein de la Fonction publique. C’était au ministère de l’équipement.
Aujourd’hui responsable de l’INDH, son credo est que la lutte contre la pauvreté passe aussi par la reconnaissance des talents.

Nadira Guermaï, fraîchement nommée gouverneur coordinateur de l’Initiative nationale de développement humain (INDH) au ministère de l’intérieur, n’est pas une adepte de l’étiquette. Elle est plutôt partisane de la culture de la performance, de l’esprit créatif et de la transparence. Il faut dire que cette femme a été à bonne école puisqu’elle a passé la plus grande partie de sa carrière au ministère de l’équipement, un des premiers départements ministériels à avoir adopté un modèle de gestion conforme à celui de l’entreprise moderne.
Mais attention, madame « la gouverneur» n’est pas facile à manier, non plus. Et quand elle dit non poliment, il ne faut pas croire qu’il suffira d’insister pour obtenir gain de cause. Par exemple, s’agissant de son âge, c’est avec un large sourire qu’elle oppose un « veto » à une telle incursion dans son curriculum vitae. Et si vous revenez à la charge, vous en serez pour vos frais.
Mais revenons sur le parcours de cette femme qui n’a pas été «tentée» par les mathématiques et encore moins par la physique depuis le début de sa scolarité.  Elle raconte : «Dans ma famille, tout comme pour mes neuf frères et sœurs dont je suis la benjamine, il n’a jamais été question pour mes parents de nous pousser vers des matières plutôt que d’autres. Le deal tenait en une phrase : choisis ta voie pourvu que ce soit l’excellence qui te guide».
Nadira Guermaï choisit les lettres modernes et c’est avec une mention «bien» qu’elle obtient son bac en 1976. La suite coulera de source car elle est bien informée sur la filière qui l’intéresse : la psychologie. Et où aller pour étudier cette discipline si ce n’est dans le pays de Piaget, la Suisse, où se trouvent des Universités réputées comme celle de Neufchâtel. C’est donc à l’université des sciences économiques et sociales de cette ville que Nadira Guermaï va faire un long cursus, obtenant d’abord une double licence en psychologie clinique et en psychologie du travail. Perfectionniste, elle capitalise sur ses deux spécialités pour faire un master et un troisième cycle dans les mêmes disciplines. Au passage, elle obtiendra aussi des certificats en programmation neurolinguistique et en coaching. D’ailleurs, quand le ministère de l’équipement, dirigé à l’époque par Mohamed Kabbaj comme ministre, Meziane Belefkih comme secrétaire général et Mohamed Halab comme DRH, lui propose un poste, elle demandera un délai de 6 mois, le temps de venir à terme du contrat qui la liait à l’Université de Neufchâtel où elle avait décroché un poste d’enseignant-assistant.

18 ans au ministère de l’équipement
C’est en 1987 qu’elle revient au pays et qu’elle commence à officier au ministère de l’équipement comme responsable de l’unité de formation continue. Elle ne se doute guère qu’elle va commencer une longue carrière et qu’elle va inaugurer une expérience inédite au pays. En effet, elle va mettre en place des modules de formation qui vont bousculer les vieilles habitudes et apporter de l’air frais aux cadres du département. Cela va même donner des idées à d’autres ministères qui adopteront la même démarche. De quoi s’agit-il ? D’abord un cycle de management pour les directeurs provinciaux ou régionaux. Il s’agit de modules de formation de 40 semaines, à raison d’une semaine par mois. L’objectif était de donner à ces hauts cadres, le plus souvent des ingénieurs, des outils de compréhension et d’aide à la décision en matière de gestion et de stratégie. Le deuxième cycle de formation que mettra en place Nadira Guermaï s’adressera, à partir de 1991, aux chefs de service, notamment pour en faire des conseillers en gestion.
Et puis, ce sera un programme d’insertion pour les cadres nouvellement recrutés pour une meilleure et plus rapide intégration dans le département.

Elle a renoncé à un projet personnel pour la lutte contre la pauvreté
Le tout, explique Nadira Guermaï, est d’augmenter la performance et de permettre à tous les talents de mieux s’exprimer et de mieux servir l’esprit de la mission et sa stratégie. Car, pour elle, la formation n’est pas une dépense comme les autres, il s’agit bien d’un investissement : «Cela à un coût.  Sur les 15 MDH que le ministère de l’équipement dédiait à toutes les formations confondues, une enveloppe de 4 millions était dédiée à la formation continue. Mais d’un autre côté, cela n’avait pas de prix car on a mesuré les retombées de cette action sur le personnel, la conduite des projets et les économies réalisées en évitant notamment la prise de mauvaises décisions…»
Sur son expérience au ministère de l’équipement qui a pris fin en 2005, Nadira Guermaï ne tarit pas d’éloges. Et justement, à cette date, alors qu’elle songeait à créer son propre cabinet, une rencontre va l’en dissuader. En effet, c’est Chakib Benmoussa qui lui proposa alors de s’associer à la toute nouvelle dynamique qu’il fallait mettre en place pour l’INDH. Aujourd’hui qu’elle en est la coordinatrice en chef, Nadira Guermaï en parle avec passion. Elle insiste sur le fait que pour réduire la pauvreté dans la continuité, toutes les actions doivent viser la reconnaissance des talents, seule garantie pour inscrire la création de la valeur ajoutée comme valeur centrale et génératrice de bien-être et de dignité humaine.