Un secrétaire général pour le Crédit agricole

Ingénieur de l’Ecole Mohammédia, il a fait toute sa carrière au sein du ministère du commerce et de l’industrie.
Il a été partie prenante dans de nombreux chantiers, dont la libéralisation, la normalisation et la mise à  niveau.
Après vingt années passées dans la fonction publique, il se voit confier le secrétariat général du Crédit Agricole.

Jamal Eddine El Jamali est un fonctionnaire heureux, et cela se voit au premier abord. L’histoire de cet homme-clé du ministère de l’industrie, du commerce et de la mise à niveau est édifiante à plus d’un titre, qu’il s’agisse de son propre parcours ou du renouvellement et de l’évolution de la matière grise dans les ministères du pays. Mais l’ascension fulgurante de sa carrière tient à ses qualités de stratège, de fin négociateur et à sa maîtrise des dossiers dont il a eu la charge.

Ce fils d’émigré, né à Cannes en 1961, et qui s’enorgueillit d’avoir consacré toute sa carrière aux grands chantiers conduits par le ministère, contre toute attente, affirme, haut et fort, y avoir largement trouvé son compte. Voilà bien un fonctionnaire, contrairement à une idée répandue, qui non seulement s’est réalisé en servant la communauté, mais y a aussi trouvé une grande satisfaction couronnée, il est vrai, par une reconnaissance de son talent et de ses qualités humaines.

Mais revenons à ses débuts. Au retour de sa famille au Maroc en 1965, c’est à Rabat puis à Casablanca qu’il fait ses études primaires puis secondaires avant d’obtenir un bac sciences mathématiques en 1980, et d’intégrer l’Ecole Mohammédia des ingénieurs. Il se souvient de sa jeunesse avec délectation, au sein d’une famille nombreuse de sept frères et sœurs, dont il est l’aîné. Il se souvient qu’il s’est très tôt entiché de menuiserie, activité à laquelle il s’est initié dans l’atelier paternel, alors qu’il n’était qu’un bambin de 10 ans. Il y excella tant et si bien qu’il en fit une source d’argent de poche pour ses vacances et pour son petit confort. «J’y suis allé naturellement, d’abord par admiration pour l’artiste qu’est mon père, mais sûrement parce que s’y côtoient la géométrie, les mathématiques, la précision et un peu de poésie».

Voiture économique, négociations avec l’OMC et accords de libre-échange
Comment notre homme, ingénieur d’Etat en génie chimique fraîchement diplômé, a-t-il fini par atterrir au ministère du commerce et de l’industrie, en 1986 ? «Comme tous les lauréats de ma génération, explique-t-il, j’ai, un moment, hésité entre une carrière dans le secteur privé et la fonction publique, mais j’ai été vite aspiré par le vent du renouvellement qui avait commencé à souffler dans les différents ministères, à l’époque. Au MCI, l’artisan de ce courant était feu Abderrazak El Mossadek. Si, aujourd’hui, la proportion d’ingénieurs est de l’ordre de 80 %, ce pourcentage n’était que de 10 % à peine dans notre département».

Et puis se sont rapidement ouverts des chantiers aussi exaltants que laborieux tels la normalisation, la libéralisation, la modernisation du système d’information du ministère, le réaménagement du concept des zones industrielles, les études préalables à la mise à niveau, les centres techniques… Les tout derniers sont le programme «Emergence» avec ses composantes et, avant cela, les négociations de l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis, avec pas moins de 11 000 produits concernés. La liste est longue et la concrétisation avec Renault du projet Logan ou encore les négociations dans le cadre des accords avec l’OMC sont autant de projets que vécut Jamal Eddine Jamali avec émotion mais aussi fierté. Et c’est ce qu’il confirme quand on lui demande comment il a pu résister aux sollicitations alléchantes qu’il a dû recevoir du secteur privé pour y déployer sa créativité. Voici ce qu’il en dit : «Il y a plusieurs éléments de réponse. Il faut d’abord comprendre qu’aujourd’hui l’image du fonctionnaire rond de cuir est totalement obsolète. Nous fonctionnons comme dans une entreprise et avec les mêmes ressorts : performance, objectifs, évaluations… Et puis la fonction publique n’a pas été ingrate».

Il est vrai aussi que la carrière de Jamal Eddine El Jamali au sein de ce département qu’il n’a jamais quitté a été fulgurante. A peine cinq années après son recrutement, il est ingénieur en chef puis, au bout de 8 ans, il est directeur de la planification industrielle (aujourd’hui direction de la production industrielle). Cela ne s’était jamais vu ou presque.

Son père l’encourage à se faire un nom dans la fonction publique
L’enfant prodige du ministère de l’industrie, du commerce et de la mise à niveau, a à cœur de citer son père qui, au moment où il songeait à intégrer la fonction publique, lui lança : «Mon fils, vas-y, fonce et fais-toi un nom !».
Alors qu’il part pour le Crédit agricole où il est appelé à la fonction de secrétaire général, Jamal Eddine El Jamali n’est pas gêné d’expliquer son départ. «D’abord, après plus de vingt ans de service, il ne faut pas que j’oublie ce qui m’y a amené : l’esprit d’oxygénation et de changement. Je crois avoir accompli ma tâche avec abnégation et cela me conduit, comme beaucoup de mes collègues, à passer le témoin pour que l’esprit de créativité ne s’essouffle pas. Et puis, personnellement c’est un autre défi qui s’annonce pour une banque qui est aujourd’hui portée par un élan que je veux accompagner». En fait, explique-t-il, «cela fait deux années que je songe à ma redéployer ailleurs et je ne regrette pas d’avoir retardé cette décision. Aujourd’hui, cela s’inscrit dans l’ordre naturel des choses, lequel ordre n’est accidentel qu’en apparence !».