Un polytechnicien très tôt animé par la soif d’entreprendre

– Diplômé de Polytechnique Lausanne et titulaire d’un MBA, il refuse un poste chez Procter & Gamble pour créer son entreprise au Maroc.
– Des débuts difficiles : le jeune patron démarre avec un salaire de 8 000 DH.
– Son entreprise, Offset Polyplast, a atteint un chiffre d’affaires de 150 MDH et emploie 150 personnes.

Mamoun Marrrakchi n’a jamais ressenti le besoin d’avoir un curriculum vitae. C’est que, dit-il, «je n’ai jamais envisagé de travailler pour les autres et rédiger un CV aurait été une perte de temps. Les choses étaient claires dans ma tête : je dois créer ma propre entreprise et, de préférence, sans associé ni crédit». Mais les choses ont un commencement et le jeune entrepreneur, qui a créé et développé Offset Polyplast, unité d’emballage bien implantée dans le paysage industriel de la métropole, a dû batailler pour la mettre sur orbite. Cela n’a pas été une sinécure ni… sans erreur de parcours.

Il frôle le dépôt de bilan quelques mois après la création de son entreprise

Mamoun Marrakchi est né en 1963 au quartier du Polo, dans une famille de la bourgeoisie industrielle, et il est le cadet de cinq frères et sœurs. Mais, fait-il remarquer, «il ne faut pas confondre l’aisance avec l’opulence, ni avec la facilité, encore moins avec le gaspillage. Nous n’avons jamais été dans le besoin, mais, par ailleurs, nous avons été éduqués selon les bonnes bases marocaines et universelles : ne pas mentir, ne pas trahir, respecter nos aînés… Moi, je n’avais pas besoin d’honorer mon père car je le vénérais. Il était pour moi l’exemple à suivre. Pour les études, les bonnes notes à l’école étaient une exigence dans la famille».
Tout naturellement, c’est à la Mission française que le jeune Mamoun sera inscrit, ce qui ne l’empêche pas, très jeune, de courir à travers Casablanca à vélo. Il n’a pas été étouffé et surprotégé comme les enfants de riches, dit-il. Il aime bien l’histoire, la géo, les maths et le foot. A l’époque, l’un de ses héros est Ahmed Faras et il se rappelle encore avec dépit la défaite de l’équipe nationale en 1978.
En 1981, il obtient un Bac «C» et s’envole pour la Suisse où le système d’enseignement ne prévoit pas de «prépas». Il rejoindra alors l’Ecole polytechnique de Lausanne d’où il sortira ingénieur d’Etat en 1987. Certes, sur le plan matériel il n’a pas besoin de travailler, mais il fait tout de même des petits boulots, juste pour financer ses vacances au Maroc. Car, même avec son diplôme d’ingénieur en poche, il n’est pas pressé de rentrer et se paie le luxe d’un MBA européen. Après quoi, il se retrouve chez Procter & Gamble à Genève pour un stage.
La multinationale lui propose un poste permanent, mais il explique son projet de création d’une entreprise au pays. C’est alors qu’on lui suggère de monter Offset Polyplast, une unité d’emballage pour un produit de la multinationale baptisé «Yes». Il ne se fait pas prier et mobilise 14 MDH moitié chez «papa» et moitié par un crédit bancaire à 11,5 %. Sa boîte démarre sur les chapeaux de roues, mais il ne faut que quelques mois pour que le produit de Procter & Gamble meurt de sa belle mort. Offset Polyplast est au bord de la faillite et a du mal à assurer les charges et les salaires de la quinzaine d’ouvriers. La famille lui fait comprendre qu’il n’aura pas un sou de plus. Il scrute le marché et offre ses services à la Centrale Laitière qui projetait de lancer son nouveau produit, «Passion». Mais pour cela, il lui faut acquérir un nouveau moule. Dans sa caisse, il y a encore 500 000 DH. Il prend le risque de miser sur cette opportunité et l’affaire repart de plus belle. Mais rien n’est encore joué et c’est à peine s’il assure l’équilibre en se versant un salaire de 8 000 DH. Pour consolider ses affaires, il confie la production à un jeune cadre pour aller chercher des marchés. Si le début des années 1990 n’est pas encore favorable à un véritable essor pour sa jeune entreprise, le développement de la production de margarine au Maroc lui permet de faire tourner ses machines.

Ses charges professionnelles ne l’empêchent pas de s’investir dans l’associatif

En 1996, il va prendre un gros risque : celui d’expliquer à son gros et puissant client qu’il est temps de passer à la vitesse supérieure. Pour cela, la Centrale Laitière ne devait garder que deux fournisseurs d’emballage sur les cinq qui travaillaient avec elle. Il n’y a que cela qui lui permettrait d’avoir du volume, de maîtriser ses coûts, de pouvoir investir et… d’offrir des services et des produits moins chers à son client. Ce pari gagant/gagnant sera accepté non sans mal et c’est ce qui va constituer un tremplin pour l’entreprise de Mamoun Marrakchi. Il s’en explique : «Une fois mes arrières assurés, j’ai commencé à investir une moyenne de 10 MDH par an, entre 1995 et 2002, pour être en mesure d’anticiper sur toute opportunité. C’est ce qui explique que, contrairement aux autres unités, nous avons assuré les moyens de notre développement».
Aujourd’hui, Offset Polyplast emploie 150 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 150 MDH contre 2 millions au cours de son premier exercice. Mais l’esprit d’entreprenariat a horreur du vide et l’entreprise mise sur la diversification et l’export. Elle est déjà engagée sur cette voie puisque les 10 % de son chiffre d’affaires proviennent de son activité de fabrication de feuille pour les arts graphiques, destinée aux marchés extérieurs.
Alors, Mamoun Marrakchi a-t-il eu de la chance ? «La chance, dans mon esprit, est la rencontre de deux éléments : la préparation ou l’anticipation et l’opportunité. Si c’est cela avoir de la chance, oui, j’en ai eu».
Avec tout cela, notre homme d’affaires n’a pas perdu sa soif de connaissance. C’est ainsi qu’il a pris le temps de faire une spécialisation dans les sciences cognitives. Par ailleurs, c’est un accro du travail associatif et ce n’est pas un hasard s’il est, entre autres, président de l’Association professionnelle de la plasturgie au Maroc. C’est ce qui s’appelle joindre l’utile à l’agréable.