Un informaticien discret pilote l’Assurance maladie obligatoire

Passionné d’échecs et féru d’organisation, il fera ses études supérieures à  Paris Dauphine.
Son aventure dans les assurances commence en 1990 ; il travaillera
12 ans dans le privé.
En 2002, il prend en charge le redressement des polycliniques CNSS.
Depuis le 26 mai 2005, il est DG de l’Agence de l’AMO.

Chakib Tazi est un homme discret, même s’il dégage une grande aisance. Les feux de la rampe, ce n’est pas pour lui ou alors très peu, même si sa nomination à la tête de l’ANAM (Agence nationale de l’assurance maladie) n’a étonné personne, tant il était naturel que cet expert reconnu exerce dans son terrain de prédilection.
Né à Fès, en 1956, Chakib Tazi est le quatrième d’unefamille de six enfants. Le père est exigeant et fait savoir trèstôt à sa progéniture qu’il la destine à des étudespoussées. Et il se trouve que le jeune Chakib n’a, à aucunmoment, été attiré par le métier de son père,commerçant ; inspiré par ses oncles, intellectuels, il avait plutôtla fibre scolaire. La maman, femme au foyer, est très présentedans l’encadrement des enfants et c’est elle qui va leur apprendre,par exemple, à jouer aux échecs. Le jeune Chakib sera si attentif à cetteinitiation que, plus tard et alors qu’il avait 21 ans à peine, ilramènera deux médailles d’or d’un festival arabe dela jeunesse qui s’était déroulé à Bagdad en1977.

Après un Bac mathématiques, obtenu quelques années auparavant,il s’inscrit à Paris Dauphine où, après une maîtrised’informatique appliquée à la gestion, il obtient un DESSen techniques quantitatives de gestion et d’informatique de management.Tenté un moment d’intégrer le Centre d’énergieatomique, il revient au pays en 1981.

«La santé doit être gérée comme l’on gèreune entreprise»
Après son service civil, il va passer cinq années au Conseil arabede la justice, qu’il dote d’un département informatique etdocumentaire. L’aventure de l’assurance maladie commence pour luien 1990. Pendant douze années de suite, il occupera des postes de responsabilitésen rapport avec le domaine de l’assurance maladie et celui de la gestiondes sinistres, au sein de compagnies privées, notamment au long parcours,chez Al Watanya (aujourd’hui RMA-Al Watanya). Il se fera un nom dans lesecteur et son profil ne passera pas inaperçu.

En 2002, changement de cap. Il est approché par Mounir Chraïbi, ancienpatron de la CNSS, pour prendre en charge la direction du pôle des polycliniquesqui lui donnait des soucis. C’est que les 13 unités de la CNSS accusaientun déficit phénoménal de près de 400 MDH par an.Chakib Tazi s’attelle méthodiquement à compresser les charges, à laréorganisation interne des services médicaux, à la modernisationdes services administratifs, au regroupement des services et spécialités…Il prête aussi son attention à la mise en place des procédures, à leurnormalisation et à la définition des actes médicaux. Lerésultat ne se fait pas attendre longtemps puisqu’à la findu plan, en 2004, les pertes sont réduites de deux tiers. Mission accomplie.

Quand on demande à Chakib Tazi son secret, il affiche un large sourire.Il n’y en a pas, dit-il, «la santé est un métier etles expériences les plus modernes montrent qu’une unité hospitalièredoit fonctionner comme une véritable entreprise, capable de donner dessoins de grande qualité au moindre coût». Il faut noter, à cet égard,que la loi marocaine continue à considérer, de manière anachronique,que seuls les médecins sont habilités à diriger hôpitauxet cliniques.

«La faiblesse des ressources n’handicape pas l’AMO»
C’est donc tout naturellement que ses talents de gestionnaires le prédisposeront à laconduite d’un chantier autrement plus important : celui de l’AMO.A fin 2004, il est nommé dg de l’Agence de l’assurance maladieobligatoire (ANAM). Un lourd défi à relever quand on sait que lesystème démarre avec peu de moyens.

Un obstacle que le patron de l’AMO balaie d’un revers de main. Pourlui, le fait de mettre en avant cet argument est une perte de temps. C’estsur l’optimisation des ressources existantes qu’il faut concentrertoute son énergie pour commencer. Et il s’agira d’utiliserau mieux les 3,8 milliards de DH que dégageront les cotisations des assuréset de leurs employeurs au titre de l’AMO. Un des points d’orgue duprocessus de mise en route en cours porte sur l’actualisation de la nomenclaturegénérale des actes médicaux. Il y a, en effet, aujourd’huiau Maroc, un énorme déphasage entre la réglementation etla pratique moderne de la médecine. Nombre d’actes, qui sont aucœur de l’exercice médical et du quotidien des praticiens,ne sont pas reconnus en tant que tels par notre vieux répertoire.

Pour Chakib Tazi, les chantiers actuels, pour un pays comme le nôtre, sontnotamment la santé de la femme et des enfants. Quelques chiffres pourillustrer la situation : la mortalité infantile est de 47‰, alorsqu’elle est de l’ordre de 5‰ dans les pays nordiques, parexemple. Le spécialiste de la gestion de la santé se désoleaussi du taux de décès des femmes, alarmant au Maroc, avec desdécès au cours et à la suite des accouchements dont la moyenneest de 227‰, avec des pics de 270‰ en milieu rural. Mais, faitremarquer Chakib Tazi, c’est au niveau de la prévention que lesefforts les plus importants doivent être faits car l’AMO, si elleapportera sans nul doute des nouveautés, ne résoudra pas toutela problématique de la santé dans le pays.