Un économiste chercheur pour booster l’artisanat marocain

Banquier, directeur de groupe scolaire, consultant… Abdellatif Mà¢zouz a un parcours assez riche.
En dépit d’une carrière professionnelle mouvementée,
il ne laissera jamais tomber l’enseignement.
Depuis début 2006, il est directeur général de la Maison
de l’artisan.

Abdellatif Mâzouz aime à se décrire comme un «quantitativiste», un bûcheur qui n’est jamais rebuté par le travail. De prime abord, ce qui frappe chez cet homme humble, c’est la contradiction entre la timidité du chercheur et l’audace du gestionnaire intrépide. Une telle observation ne gêne pas du tout notre homme. Au contraire, on a l’impression que, dans son parcours, la vision globale et stratégique a trouvé un précieux allié dans le sens du détail.

Ce quinquagénaire qui est aujourd’hui à la tête de la Maison de l’artisan, est né à Sefrou en 1954. Très tôt il a commencé à voir se dessiner son profil d’«abatteur de tâches». En fait, tout jeune élève, raconte-t-il, il est d’abord partisan du moindre effort. C’est à partir du moment où il arrive à Fès pour ses études secondaires que tout va se jouer. Celui qui va être perçu comme le petit campagnard voulait montrer à ses amis fassis qu’il pouvait faire aussi bien, sinon mieux qu’eux. Bien sûr, il y a des matières qui ne sont pas sa tasse de thé, comme les sciences naturelles, la physique ou encore la philo. Mais pour le reste, il se place dans le peloton de tête.

Le ton est si bien donné qu’arrivé à la faculté, toujours à Fès, Abdellatif Mâzouz est major de sa promotion pendant les trois années que durait la licence, à l’époque. Dès qu’il obtient son diplôme en sciences économiques, il part pour Toulouse où, entre 1978 et 1982, il prépare un doctorat de troisième cycle puis un doctorat d’Etat. Mais, il va aussi, au passage, préparer d’autres certifications en informatique appliquée à la gestion et en expertise comptable. Il ne sait pas encore que cette collection de diplômes va servir son penchant à aller vérifier toutes les connaissances amassées dans les amphis et les bibliothèques. Et comme il n’a jamais envisagé de rester dans l’Hexagone, il décline tout naturellement l’offre que lui fit la faculté de Toulouse d’enseigner sa spécialité. Le recteur de l’époque est si étonné de le voir refuser le poste d’enseignant qu’il lui dit: «J’espère que tu ne regretteras pas ta décision». Il faut dire que le docteur fraîchement émoulu bénéficiait d’un «délit d’initié» puisqu’il avait appris qu’un poste budgétaire venait de se libérer à la faculté des sciences économiques de Casablanca. Et c’est ainsi qu’il prend ses fonctions de professeur d’économie, en 1982.

Attiré par la pratique, il ne déclinera pas le poste que lui propose, un an plus tard, la BCM. Il intègre alors la direction du développement et du marketing, sans renoncer à l’enseignement. A l’époque, le secteur bancaire est en pleine mutation. On parle de monétique, de gestion du risque, d’outils de scoring…

Il laisse tomber la banque pour rester en contact avec les étudiants
Abdellatif Mâzouz sera donc banquier, mais pas pour longtemps. En 1986, on lui propose un poste de responsabilité, mais il lui faudra, pour cela, se résoudre à laisser tomber ses étudiants. Il quitte donc la BCM et se cantonne dans son rôle d’enseignant. Un an plus tard, son destin vire de bord à nouveau. Le secteur privé investit l’enseignement et Azzeddine Bennani, qui vient de fonder le groupe Esig, désire confier la gestion de l’établissement à un praticien qui connaît le secteur. Abdellatif Mâzouz prend donc en charge d’abord la gestion des finances puis la direction générale des trois unités. Des trois PME de départ, leur nombre passe à huit et les domaines d’activités vont de l’enseignement, la formation continue au matériel informatique ou à l’imprimerie. Il restera à la tête du groupe pendant 11 ans.

L’ampleur des objectifs assignés à la Maison de l’artisan ne l’effraie pas Entre 1998 et 2003, Abdellatif Mâzouz est membre du comité scientifique puis exécutif du CMC (Centre marocain de conjoncture). Il y occupera le poste de directeur en charge du développement et accompagnera la modernisation de l’institution. A partir de 2003, il est consultant senior en développement régional et en promotion des investissements. Au service de l’USAID, il travaille en lien étroit avec les CRI (Centres régionaux d’investissement) et la direction des Investissements. En collaboration avec des experts sectoriels, il s’investit dans l’élaboration de stratégies et rêve d’une méga-région qui comprendrait Casablanca et la Chaouia, comme espace intégré d’attractivité pour les investisseurs.

Il en sera ainsi pendant trois ans jusqu’à ce qu’il soit appelé à prendre en charge la direction générale de la Maison de l’artisan et à élaborer un plan de promotion pour le secteur. Qu’est-ce qui l’a motivé à accepter le poste ? «Le sens du défi et la vision élaborée pour développer le secteur de l’artisanat», s’enthousiasme-t-il. «Il faut dépoussiérer l’artisanat et le faire entrer dans une ère économique au lieu de le laisser cantonné dans son rôle social». Et lorsqu’on souligne l’ampleur de l’objectif (multiplier par dix les exportations en autant d’années), le directeur général de la Maison de l’artisan affirme avec force que ce n’est pas impossible.

Et son style de management ? Il déclare sa préférence pour la conception participative. Pour lui, «on a beaucoup à apprendre des autres, il suffit d’avoir une vision et de savoir déléguer, avec un système d’évaluation sans mystère». Le fameux tryptique : former, orienter et motiver semble avoir sa faveur.

Abdellatif MAZOUZ