RajaࢠBenkirane, fondatrice et gérante d’Ecofertil

Le travail associatif, notamment au sein d’«Espace point de départ», a révélé ses talents de femme d’affaires. Avec une licence en droit, elle a travaillé pendant 20 ans dans l’assurance avant de se mettre à  son compte. De 12 000 tonnes, l’entreprise compte porter sa production à  30 000 tonnes.

Arrivée dans le monde des affaires presque par accident, Rajaâ Benkirane, fondatrice et gérante d’Ecofertil, société spécialisée dans la production et la vente de compost et terreaux, donne la preuve qu’à force de détermination, on peut créer de la richesse dans des domaines innovants, pourvu qu’on ait une bonne dose de flair. Elle a été parmi les premiers opérateurs à investir dans le compost et la valorisation des déchets agricoles à des fins de production de fertilisants. Entrée tardivement dans le monde de l’entreprise, Rajaâ Benkirane n’en a que plus de mérite. Tout d’abord, il lui a fallu renoncer à un emploi stable dans le domaine des assurances qu’elle a occupé pendant une vingtaine d’années. Ensuite et surtout, parce que les chances de succès de sa société étaient très minces et elle le savait dès le départ. La preuve, sur plusieurs banques à qui elle avait présenté un dossier pourtant bien ficelé, une seule l’avait suivie… sur la pointe des pieds. En fait, le domaine du compostage et de la valorisation des déchets organiques à des fins de fertilisation agricole en était à ses balbutiements. Du reste, elle n’y connaissait rien elle-même mais servie par son toupet et sa grande détermination, elle va convaincre des associations canadiennes de financer sa formation au Canada, notamment. Mais on peut dire que Rajaâ Benkirane doit aussi beaucoup aux femmes et au monde associatif féminin.
Née à Fès en 1950, elle y a fait ses études primaires et la première partie du secondaire avant de rejoindre Casablanca où elle a obtenu un bac littéraire. Rajaâ Benkirane s’inscrit ensuite à la Faculté de droit de la capitale économique. Après la licence, elle rejoint la compagnie d’assurances «L’Entente» absorbée par Al Amane en 1993, ensemble qui a donné naissance à Axa Assurance Maroc. Peu de temps après son embauche, Rajaâ est nommée chef du service «sinistres». En ce moment-là, elle ne pensait pas faire le grand saut. C’est le monde associatif qui va réveiller son instinct de femme d’affaires, jusque-là en veille. Elle est parmi les fondatrices et, en tout cas, une des chevilles ouvrières de Espace point de départ (Espod), association qui promeut l’entreprenariat féminin. Sans quitter son poste, Rajaâ s’active à accompagner des femmes en situation de détresse pour lancer des activités génératrices de revenus ou des petites entreprises. Ainsi, elle apprend à chercher des fonds auprès de l’Union européenne et du Canada, entre autres pays donateurs, pour financer différentes initiatives.

Rajaâ Benkirane est aussi très active dans d’autres associations comme Afak de feu Abderrahim Harouchi. Bref, tout cela va réveiller doucement mais sûrement sa fibre de femme entrepreneur. Et c’est sur le domaine du compostage et du traitement des déchets agricoles qu’elle jette son dévolu. Elle crée son entreprise Ecofertil et commence par travailler d’abord de manière artisanale. Elle suit des formations, s’implique tant et si bien qu’elle quitte définitivement un emploi sécurisé pour se consacrer à l’entreprise qu’elle créee officiellement en 1996. Un gros risque. Effectivement, les débuts ne sont pas une sinécure. Elle déménage plusieurs fois avant d’asseoir sa PME. Progressivement, elle acquiert des équipements modernes (tracteurs, cribleurs, camions de ramassage des produits), loue des terrains pour produire et installe patiemment des liens de confiance avec ses fournisseurs et son réseau de distribution… La difficulté est qu’elle se trouvait dans un milieu dominé par les hommes et se devait de convaincre. C’est ainsi qu’elle a développé des qualités de négociatrices hors pair. Bref, elle a commencé l’activité sur à peine 3 000 m2, ne produisant que quelques tonnes d’engrais organiques et de compost pour arriver à la phase de départ réel avec une tonne par an. C’est durant 1996-1997 qu’Ecofertil a atteint un volume de 1000 t pour un chiffre d’affaires d’un million de dirhams.

Elle mise sur le bio pour développer son activité

Aujourd’hui, la PME emploie 13 personnes permanentes -et près d’une centaine de saisonniers au plus fort de la saison agricole- dont un ingénieur et un responsable qualité. Son chiffre d’affaires est de plus de 6 MDH pour une production annuelle de 12000t. Aujourd’hui, on peut avancer que le plus important est à venir car non seulement Rajaâ Benkirane est en train de conquérir d’autres clients mais elle est à la veille de conclure une alliance stratégique avec un leader étranger dans l’activité du compostage. Bien évidemment, elle n’en dit pas plus. On sait tout de même que l’entreprise est en mesure de porter la production rapidement à 30 000 t. Le contexte est en effet très favorable. Les opérateurs du compostage sont aujourd’hui courtisés par les banques et les organismes financiers et ont le soutien de l’Etat du fait qu’ils s’inscrivent dans l’esprit de la sauvegarde de l’environnement.
Des mesures déjà entérinées contribuent sans nul doute à l’essor du secteur. Il y a d’abord la création de l’Association marocaine de la filière des productions biologiques (Amabio) qui regroupe l’ensemble des professionnels organisés. Ensuite, un contrat-programme a été signé par l’Etat et l’association portant sur 2,2 milliards de DH sur la période 2012-2020. Cette activité constitue donc un moteur pour le compostage. Rajaâ Benkirane confirme : «Aujourd’hui, on peut dire que la production biologique au Maroc concerne quelque 5 000 ha pour un volume de production de 50 000 t et cela n’est qu’un début». La progression des exportations nationales des produits biologiques confirme que la filière explose puisque, en à peine 5 ans, la croissance des exportations, selon les chiffres officiels, est de l’ordre de 50%. Et cette expansion ne peut que profiter à Ecofertil.