Mostafa Meftah, directeur de la FNBTP

Arrêté pour ses idées politiques alors qu’il n’avait que 19 ans, Mostafa Meftah va faire dix ans de prison. Il a contribué à  faire de la FNBTP une association
écoutée des pouvoirs publics et reconnue à  l’international.

Il a fait de la prison pour ses idées politiques alors qu’il avait à peine vingt ans, mais il ne s’est jamais laissé abattre. Pourtant, il va passer dix ans de sa vie derrière les barreaux, entre 1974 et 1984, avant d’être gracié trois mois seulement avant le terme de sa peine. Aujourd’hui, il n’a rien oublié ni rien cédé de ses convictions sur le fond, même si elles ont été revues et corrigées, dit-il avec un sourire. Son engagement politique et ses idées de gauche restent malgré tout intacts. D’ailleurs, il continue à militer notamment dans les rangs du mouvement du 20 Février, de Transparency Maroc et est membre de l’Instance centrale de prévention contre la corruption (ICPS). Il a également été, entre autres, membre du bureau politique de l’Organisation de l’action démocratique populaire (OADP) avant que soit constitué le Parti socialiste unifié (PSU) où il est très actif. Il, c’est Mostafa Meftah, directeur de la Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics (FNBTP) qui, tout en menant une activité politique intense, reste un cadre dynamique au service d’une institution qu’il a aidée à acquérir sa stature actuelle. Mostafa Meftah est né dans une famille moyenne à Derb Soltane en 1955. Il est l’aîné d’une famille nombreuse qui compte neuf enfants. C’est un écolier modèle et un matheux avant l’heure. D’ailleurs, il rêvait de devenir professeur de mathématiques, et il était bien parti pour le devenir puisqu’en 1973 il obtient un Bac «sciences maths» au lycée Al Khawarizmi. Mais déjà son activisme au sein du mouvement étudiant va lui valoir d’être fiché par la police de l’époque. Lors d’une première arrestation, il se voit signifier que les services l’ont à l’œil.

C’est le journal Anoual qui lui offre son premier emploi à sa sortie de prison

Mais cette menace est loin de le dissuader de poursuivre ses activités politiques et syndicales à la Faculté des sciences de Rabat où il s’inscrit. En 1974, ayant appris qu’il était recherché, il va se planquer chez un ami à Casablanca. La police ne tarde pas à lui mettre la main dessus. Il est en effet arrêté en décembre de la même année et condamné à 10 ans de prison. Mostafa Meftah va se retrouver au sinistre Derb Moulay Cherif, comme d’autres jeunes étudiants nommés Abdeslam Aboudrar, Driss Benzekri, Salah El Ouadie, Jaouad Mdidech…, tous «cueillis» à la même époque.
En prison, il va obtenir sa licence en sciences économiques, en 1982. S’il ne s’attarde pas trop sur cette période, Mostafa Meftah reconnaît ne pas avoir rencontré de difficultés pour faire ses études. Quand il sort en 1984, il est accueilli à bras ouvert à l’OADP et on lui offre un poste de commercial au sein du journal Anoual, pour un salaire de 1 500 DH qui servait surtout à couvrir ses déplacements. Parallèlement, il s’inscrit à la faculté pour préparer un DES. Quelque temps après, il rencontre un certain Mohcine Ayouch, ancien DG de la CGEM, devenu coach, qui avait aussi connu la prison pour les mêmes raisons. Alors directeur de la FNBTP, ce dernier qui allait quitter le poste lui propose de prendre le relais. D’abord dubitatif, il accepte et se met au travail. La fédération avait besoin de deux choses en urgence : recruter davantage d’associations et œuvrer pour une reconnaissance auprès des autorités et des instances internationales. C’est à ces tâches que va s’atteler Mostafa Meftah. De la centaine d’adhérents qu’elle comptait à son arrivée, elle en a aujourd’hui 500. Et puis, sachant que la quasi-majorité dépendait

du secteur public, il a fallu sensibiliser les pouvoirs publics sur deux aspects : les délais de paiement et la transparence des marchés, sachant que le secteur public représentait entre 70% et 100% du chiffre d’affaires de nombre d’entreprises du BTP. Il fallait aussi établir un contact permanent avec les ministères de l’équipement et des travaux publics, de l’intérieur et de l’habitat, notamment, mais également avec des instances comme la CGEM ou encore l’Union des entrepreneurs arabes. «Nous avons joué la carte de la reconnaissance internationale pour avoir une légitimité au niveau national et nous avons été bien inspirés de le faire», explique M. Meftah.

Un intermède de sept ans chez le groupe chaâbi

Pourtant, il quitte la FNBTP en 1990 pour rejoindre le groupe Chaâbi. C’est un certain Abderrahim Lahjouji, ancien président de la CGEM, qui le présente à l’homme d’affaires Miloud Châabi en quête d’un directeur de la promotion industrielle pour ses activités. Au sein de la holding, il s’occupera plutôt de l’organisation des salons et travaillera à conforter la présence du groupe au niveau national. C’est que, toujours privé de son passeport, il ne pouvait pas voyager à l’étranger. Néanmoins, Miloud Chaâbi va être si satisfait de la collaboration de Mostafa Meftah qu’il en fera son directeur des achats puis directeur commercial de sa filiale Dolbeau en 1993. C’est là qu’il mettra à contribution son carnet d’adresses. Parmi les clients qu’il fallait fidéliser, il y avait, entre autres, les régies et l’Office national de l’eau potable. En 1997, Mostafa Meftah revient à la FNBTP. Il reprend en mains des chantiers qu’il avait lancés. Il obtient de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) des délais de paiement pour les retards de règlement des entreprises membres de la fédération. Il va aussi ouvrir la voie aux entreprises nationales pour soumissionner aux marchés publics et plus tard à la construction des autoroutes, des barrages, des stades… Cheville ouvrière de la FNBTP, il trouve aussi le temps de siéger au Forum vérité et justice ou de s’impliquer dans la vie politique nationale.