Le sociologue qui a réussi à  réformer l’OCE

Du primaire au supérieur, il a toujours été premier de sa classe.
Licencié en sociologie, il étudie ensuite deux ans en France et rentre au pays sans attendre
En 1983, il intègre l’Office de commercialisation et d’exportation (OCE) où il mène de grands chantiers structurants
Après un passage par l’EACCE, il revient à  l’OCE en 2007 en qualité de DG.

Victor Hugo, adolescent – à 15 ans, selon ses biographes – , criait à qui voulait l’entendre : «Je veux être Chateaubriand ou rien !». Toute chose étant égale par ailleurs, Najib Mikou, qui vient d’être nommé DG de l’Office de commercialisation et d’exportation (OCE), avait, dès son jeune âge, «décrété» qu’il voulait être le meilleur d’abord à l’école puis au collège, au lycée et à la fac. Ce n’étaient pas des mots en l’air : il a effectivement été sacré «meilleur élève» de son école puis de toute la ville de Fès au certificat d’études primaires. Il sera aussi, durant l’année scolaire 1977/ 1978, le bachelier le mieux noté, toutes disciplines confondues, et recevra le prix du Premier ministre de l’époque, Ahmed Osman, et le prix du DG de l’OCP, Karim Lamrani à ce moment-là. Il ne dérogera plus à la règle et sera major de toutes les promotions durant son parcours universitaire. Aujourd’hui, cette soif de l’excellence l’habite encore, et l’ambition qui va avec car ce militant de l’Istiqlal rêve d’occuper un poste-clé dans ce parti.

Il était pressenti pour la direction de l’OCE dès 2003

Mais commençons par le commencement. Najib Mikou est né à Fès en 1958 dans une famille dont le conservatisme va le marquer de manière indélébile. Il va d’abord marquer un intérêt fort pour les mathématiques – là aussi, il sera le premier du collège durant la première année -, mais s’en détournera pourtant à cause, dit-il, d’un de ses professeurs. Il choisit alors les lettres modernes. Ses études universitaires, qu’il effectuera à Fès, sont sanctionnées par une licence en sociologie, obtenue en 1981. Major de sa promotion, il obtiendra une bourse pour un troisième cycle à Aix-en-Provence, qu’il achèvera en 1983. Plus tard, entre 1998 et 2000, il ne résistera pas au désir de s’inscrire au cycle supérieur de commerce international de l’Institut supérieur de commerce et d’administration des entreprises (Iscae), dont il obtiendra le diplôme.
Mais revenons en 1983. Après ses études universitaires, Najib Mikou, qui dit n’avoir à aucun moment été tenté par une carrière dans l’Hexagone, rentre au pays sans tarder. Il rejoint l’OCE en qualité de cadre. Parmi les tâches qu’on lui confie, la formation et la gestion des ressources humaines.
En 1987, un poste lui est proposé à l’Etablissement autonome de contrôle et de coordination des exportations (EACCE). D’emblée, on lui confie le poste d’adjoint de chef de département. Ce ne seront pas les chantiers qui vont manquer, se rappelle-t-il. Il y a d’abord la mise en place d’un système d’information, avec l’installation des équipements et le choix des logiciels analytiques. Ce sera fait avec l’aide d’un financement de l’Usaid, et Najib Mikou se souvient même du montant qu’il a fallu mobiliser pour ces projets : 5 MDH. Avant même qu’on lui confie le poste de directeur du développement de l’EACCE, il va être étroitement associé à tous les grands chantiers de l’établissement, notamment l’élaboration du nouveau statut du personnel, l’accréditation de l’établissement auprès de l’Union européenne et la préparation des positions marocaines dans les différents accords avec des pays tiers.

Mission : arrimer l’OCE au plan Maroc vert
D’autres sujets tiendront à cœur à ce bûcheur qui s’y attellera presque avec acharnement. On peut citer la conception d’un système de statistiques financières, la certification de l’EACCE et, plus tard, l’introduction de l’audit dans les habitudes de travail. En fait, comme il aime à le dire lui-même, «j’ai refusé de m’inscrire dans la logique du fonctionnaire qui se contente de faire juste ce qu’il doit faire et j’ai travaillé pour introduire la performance et la qualité dans tout ce que j’ai entrepris, comme si je travaillais dans le privé».
Plus qu’un simple fonctionnaire donc, M. Mikou donne aussi une dimension politique à sa carrière puisqu’il est membre du comité exécutif de l’Alliance des économistes istiqlaliens.
Son retour à l’OCE va se jouer en deux étapes. C’est d’abord Driss Jettou, alors Premier ministre, qui lui propose le poste de DG de l’office en 2003, en lui demandant de concevoir une refonte de l’OCE pour en faire un «agrégateur» des petits paysans dans la logique d’une correction de l’approche de la conquête des marchés internationaux. Najib Mikou ne manifeste pas un grand enthousiasme pour le poste. M. Jettou qui, semble-t-il, l’a compris, n’en reviendra pas moins à la charge plus tard.
Ce n’est finalement qu’après les législatives de septembre 2007 et l’installation d’un nouveau gouvernement que le dossier de Najib Mikou sera réactivé. Il sera alors reçu par Abbas El Fassi et, plus tard, par Abdellatif Maâzouz, ministre du commerce extérieur, qui lui confirme qu’il est pressenti pour le poste de DG de l’office.
Voilà donc près de quatre mois que Najib Mikou travaille sa copie pour le reprofilage de l’office en vue de l’inscrire aussi dans le plan Maroc vert. La vision, confie-t-il, s’inspire également, d’une certaine manière, de l’esprit du commerce équitable et de la valorisation des produits des petits agriculteurs. «Mon idée n’est pas seulement d’associer les petits agriculteurs dans la nouvelle démarche mais d’en faire un actionnaire du nouvel office. Ce sera le meilleur moyen de les impliquer dans la nécessaire régulation de la production et son arrimage irréversible à l’exigence de qualité. Surtout que, dans ce cas, nous avons le marché et que c’est le produit qu’il faut rendre disponible dans la continuité et le respect des normes», explique-t-il.