Khalid Ouaya, directeur de l’Agence urbaine de Rabat-Salé

L’homme qui fait de Rabat une ville tournée vers le futur. Dématérialisation des procédures d’octroi des autorisations, certification Iso, ouverture sur l’étranger…, il a modernisé le fonctionnement de l’agence. Son ambition est de concevoir un schéma directeur unifié pour Rabat, Témara et Salé.

Les méthodes de travail modernes et la culture de la performance ont sans conteste commencé à faire leur entrée dans l’administration marocaine. L’Agence urbaine de Rabat-Salé est l’une des institutions à l’avant-garde de cette mutation grâce à un jeune directeur, Khalid Ouaya. Non seulement l’agence s’est arrimée à un réseau d’excellence à travers le monde, en signant des conventions avec la Fondation Metropoli, une des plus prestigieuses institutions en matière d’innovation urbaine, et récemment avec la ville de Bilbao, un exemple d’anticipation salué dans le monde -essentiellement pour son projet «Bilbao Next» qui traduit sa volonté d’imaginer et de réaliser la ville de demain-, mais aussi par l’introduction de nouvelles méthodes de travail. Ainsi, après la certification Iso 9001 version 2008, a été entamée récemment la dématérialisation des procédures liées à l’autorisation de construire, avec la possibilité de suivre l’instruction de son dossier dès l’introduction de la demande d’autorisation.
Khalid Ouaya a fait pourtant l’ensemble de sa formation au pays, à part quelques stages effectués notamment à Paris et Montpellier.

Il veut faire de Rabat une ville verte

C’est à Fès qu’il est né en 1969, dans une famille qui a beaucoup déménagé, au gré des affectations du père, officier supérieur de l’armée. Après un bac «sciences expérimentales» qu’il obtient en 1989, il entame sa formation à l’Ecole nationale d’architecture de Rabat. Et c’est sur la ville d’Asilah, vue comme un espace culturel privilégié, qu’il prépare son mémoire. Quand il obtient son diplôme en 1995, il est sollicité pour le poste d’enseignant vacataire à l’Ecole d’architecture où il a été formé.
Il est ensuite recruté comme architecte à la commune de l’Agdal où il se familiarise avec la gestion urbaine et, bien entendu, aux autorisations de construire. Et c’est là qu’il commence à faire des études urbanistiques sur le mobilier urbain et l’aménagement des places et placettes. Au bout de deux ans, il est nommé chef du service «études», toujours à la même commune.
C’est en 2003 qu’il fait une remarquable ascension puisqu’il lui sera confié, après le poste de chef de la division «urbanisme», la mission d’architecte en chef de l’ensemble de la ville de Rabat, avec une douzaine d’architectes sous ses ordres. C’est durant cette période qu’il assiste à la métamorphose de la capitale administrative en matière d’espaces verts qui, hors l’espace de la ceinture verte, dispose aujourd’hui de 20 m2 d’espaces verts par habitant contre les 10 m2 recommandés au niveau international. Il va travailler de très près sur le réaménagement et la valorisation de deux espaces verts historiques : le jardin botanique de 14 hectares de l’avenue Annasr et du jardin Nouzhat Hassane dont la superficie est d’une bonne dizaine d’hectares. Comme quoi il veut faire de Rabat une ville verte. Khalid Ouaya est associé largement à toutes les phases et au suivi du grand réaménagement du boulevard Mohammed V, et c’est à lui aussi qu’est confiée la réalisation de la Bibliothèque nationale de Rabat.
Il va aussi mener de nombreuses études de planification urbaine et participe à toutes les commissions des plans d’aménagement et à l’élaboration de leurs lignes directrices.

Un des maîtres d’œuvre des gros projets urbanistiques de la capitale

En 2009, il est nommé à la tête de l’Agence urbaine de Rabat-Salé qui avait été créée en 1994. Dès son installation, il met en place l’ensemble des procédures, avec le but d’aboutir à la certification Iso 9001 (version 2000) suivie de l’Iso 9001 (version 2008).
Mais le travail qu’il accomplit se situe sur le fond car son ambition est de concevoir, non pas des plans distincts et séparés pour chaque ville, mais un schéma directeur unifié où l’idée maîtresse est l’aménagement global et cohérent, avec toutes les données y compris le transport, entre Rabat, Témara et Salé. Il obtient les fonds, 7 MDH pour Rabat, 6 millions pour Témara et 8 millions pour Salé qui compte près d’un million d’habitants contre 750 000 pour la capitale. Ce travail qui comprend aussi les communes rurales sera prêt d’ici début 2012.
Khalid Ouaya a travaillé l’année passée sur ce qu’il appelle la charte des espaces verts qui intègre aussi bien la planification que les palettes végétales idoines pour chaque espace, place et placette. Il a d’ailleurs lancé un concours d’idées cette année à ce propos.
De manière générale, Khalid Ouaya a exploré et mis en marche plusieurs concepts modernes dont ce qu’il appelle la «diplomatie urbaine ou la diplomatie des villes» pour un meilleur échange entre les villes du monde afin d’importer ou exporter des modèles à adapter aux environnements spécifiques. Il s’en explique : «Si on admet communément aujourd’hui que la diplomatie n’est pas que politique, pourquoi la planification ne le serait pas !». Il est aussi persuadé que l’urbanisme doit s’impliquer de manière active dans l’encouragement et la création d’environnements favorables au confort humain, mais aussi aux affaires tout en respectant les contraintes du développement durable.