Il voulait être astronaute, il est aujourd’hui à  la tête de Microsoft Afrique du Nord

Il a failli être médecin sous la pression de son père, mais il a fini dans le génie logiciel n Il a refusé de passer le concours des classes prépa, estimant n’avoir rien à prouver.
Mal à l’aise dans une entreprise rachetée par IBM, il accepte
l’offre
de Microsoft pour travailler
dans une structure à taille humaine qu’il affectionne.

Nasser Kettani est un homme brillant. Mais depuis toujours, il revendique une manière de l’être, la sienne. Enfant, il déclarait, sans sourciller, vouloir devenir «astronaute». Aujourd’hui, à 44 ans, il n’a certes pas marché sur la lune mais a décroché la lune en réussissant un parcours de haute facture et, pratiquement, sans faute.

Après le bac, il s’offre une année sabbatique en France
Excentrique ? Peut-être. Ses parents craignaient pour son avenir parce qu’il n’en faisait qu’à sa tête. Il refusait de se «tuer à la tâche» à l’instar de ses condisciples. Alors que ceux-ci révisaient leurs leçons sans relâche, lui, prenait le temps d’écouter de la musique entre deux préparations. Il confie avoir appris à contrôler les situations en reculant pour mieux sauter. «A quoi bon gaspiller son énergie à aller dans tous les sens, au lieu de prendre, à chaque fois, le recul nécessaire pour apprécier chaque situation dans ce qu’elle a d’unique pour mieux la dépasser avec le minimum de frais possible et, surtout sans stress ?», se justifie-t-il. La suite lui donnera raison et son père, modeste fonctionnaire au Trésor, sera le premier à être tout aussi bien étonné qu’enchanté de le voir suivre ses études sans encombres.
Quand le jeune homme obtient son baccalauréat, en 1980, il rit sous cape, sachant que rares sont ceux qui donnaient cher de sa peau. Et tout de suite, comme ses frères (4) et sœur, il est attiré par des études en France. Cependant, il refusa opiniâtrement de passer des prépas, car dit-il : «j’ai toujours eu horreur des concours. Les challenges, pour moi, sont autre chose que d’avoir à prouver quoi que ce soit». Son père n’est pas au bout de ses peines avec lui. Et quand il fit pression sur lui pour suivre des études de médecine (la famille ne comptait pas de médecin, fit valoir le père à son fils), il accepta, de guère lasse, de passer le concours pour ne pas le heurter, les relations avec sa famille ayant toujours eu un caractère sacré. Mais, sentant qu’il allait être admis, il sécha la matière la plus facile pour lui : la physique.
Si le jeune Nasser, on le voit, n’acceptait aucun diktat, savait-il exactement ce qu’il voulait ? Difficile à dire, car, quand il part pour l’Hexagone, à 18 ans, il allait prendre une année sabbatique. Heureusement que ses parents ne surent rien de cette courte période où il vécut de petits expédients, faisant les vendanges ou encore officiant comme chauffeur à ses heures perdues. Mais un malheur va toucher sa famille quand ses parents sont victimes d’un accident et il se résout à revenir au pays pour s’occuper d’eux. Parallèlement, il suit un cursus de mathématiques, obtenant un Deug en 1983, et repart à Strasbourg. Les choses sérieuses allaient enfin commencer. Sa maîtrise en informatique obtenue avec brio, il intègre Rational Software, société spécialisée dans le développement de logiciels, mais sans se résoudre à en finir avec la formation académique. Il y passe quatre ans avant de se décider à préparer un diplôme supérieur en «sciences cognitives». Nasser Kettani s’en explique ainsi : «Je voulais sortir un moment de l’informatique pour réfléchir à ce qu’on pouvait en faire. Du reste, j’ai été tenté par l’enseignement et j’ai donné des cours à Paris Dauphine, entre autres».

Pour lui, l’informatique est intimement liée à la performance
Il revient alors à la première entreprise où il a passé les premières années de sa vie active, Rational Software, et, plus que jamais, il va mettre en œuvre toute la réflexion qu’il a mûrie. L’idée centrale pour lui tient en deux mots : «génie logiciel». En effet, l’informatique devenant la pierre angulaire de toutes sortes de performances, c’est ce génie-là qu’il faut développer et mettre au service de la compétitivité, de la différenciation et de l’innovation, qu’il s’agisse d’informatique embarquée ou de logiciels à l’adresse de l’entreprise en tant qu’outils de décision et d’anticipation. Même la gouvernance de pays peut en tirer profit, car que ce soit en matière de guichets uniques ou de services d’une administration vis-à-vis des citoyens, il est possible de concevoir et d’adapter des programmes pour faciliter la mise en place ou simplifier des procédures ou encore guider ou assister la prise décision.
Nasser Kettani reste encore cinq autres années à Rational Software, et quand cette société – qui, de petite structure de 6 personnes au départ, devient leader de son business quelques années plus tard – passe sous le contrôle d’IBM, à la fin des années 90, Nasser Kettani ,qui a auparavant co-écrit un livre intitulé De Merise à UML, est plutôt mal à l’aise, même s’il occupe la fonction de directeur marketing de la plate-forme de développement logiciel. C’est qu’il ne se sent dans son élément que dans une entreprise à taille humaine, explique-t-il.
Quand Microsoft lui propose de prendre en charge la direction régionale Afrique du Nord, il demande d’abord à réfléchir, mais très vite, il est séduit par l’idée de travailler dans son pays, qu’il a quitté il y a quelque 25 ans. Ce qui le conforte dans ce choix, c’est aussi que Microsoft, qui a œuvré dans la démocratisation de l’informatique, a commencé depuis 4 à 5 ans à proposer des offres précises aux entreprises. Par ailleurs, ajoute le nouveau patron de Microsoft Afrique du Nord : «Je ne suis pas, non plus, indifférent à l’idée d’intégrer une entreprise pour qui la dimension citoyenne est extrêmement présente, à travers des actions dans le monde et toutes celles initiées par mon prédécesseur au Maroc.»