Homme de gauche et soldat de l’entreprise privée

Très jeune, il est porté sur les maths, mais en même temps lit tous les classiques de la littérature française et adore la «halka».
Il voulait faire Ponts et Chaussées mais se contentera de l’Ecole nationale de l’aviation civile de Toulouse.
Ingénieur en 1980, il rentre au pays pour faire vivre sa famille après le décès de son père.
Royal Air Maroc, CTM, Gemadec, CDG…, sa carrière sera très riche.

De prime abord, Mohamed Soual, directeur du pôle «dépôts et consignations» de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), dégage une impression de fragilité. Mais, dès qu’il prend la parole, sa vulnérabilité apparente cède la place à une assurance conquérante.

L’homme use d’un langage châtié sans en abuser. On comprend tout de suite qu’il a lu ses classiques tout en éprouvant de l’aversion pour le snobisme et le maniérisme. Il ne renie pas ses origines modestes et souligne que pour toute progression de son statut social, on ne peut jamais faire l’économie de valeurs qui s’appellent travail, mérite, solidarité, droits de l’homme…

Mohamed Soual considère que la grande richesse de l’homme réside dans sa capacité d’adaptation, certes, mais qu’il est important de rester vrai sur l’essentiel. Pour lui, «le fait d’être issu d’un milieu populaire aide à cultiver l’endurance et l’inventivité car, le plus souvent, il faut apprendre à se débrouiller et parfois à affronter des situations de survie». Pour lui, et contrairement à ce qu’on pense, «naître pauvre est une richesse pour ceux qui comprennent, très tôt, qu’il faut faire autre chose que se lamenter sur son sort».

Et c’est en connaissance de cause que Mohamed Soual en parle, lui qui a vu le jour à Hay Mohammadi, en 1956, dans une famille très modeste de six enfants dont il est l’aîné. C’est un enfant plus ou moins conciliant qui a aimé précocement la lecture et la halka. Il continue à vouer à ses enseignants une grande gratitude. Comme ce directeur d’école qui en imposait à tout le monde et qui avait arbitrairement décidé de mettre les meilleurs élèves dans une même classe.

Il pensait que l’esprit d’émulation allait les pousser à cultiver leur talent. Même s’il n’a pas subi les affres des années de plomb, Mohamed Soual a été assez engagé d’abord au Syndicat national des étudiants, interdit à l’époque, où il côtoie plusieurs personnes qui en ont été victimes, comme Jaouad Mdidech, aujourd’hui journaliste à La Vie éco, et Mustapha Miftah, actuel DG de la Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics (FNBTP), puis, plus tard, à l’Unem, en France.

Bien avant cela, Mohamed Soual était arrivé au collège Al Moustakbal à l’âge de 12 ans. Son attirance pour les mathématiques le mènera au lycée Al Khawarizmi, en 1972 (à l’époque, il y avait deux classes de mathématiques dans tout le Maroc, l’une au lycée Moulay Abdallah et l’autre à Al Khawarizmi, justement), où il décroche un bac sciences maths. Ses notes lui ouvrent les portes des prépas qui se faisaient alors uniquement au lycée Lyautey. Il voulait faire Ponts et Chaussées mais devra se «contenter» de l’Ecole nationale de l’aviation civile de Toulouse, qu’il rejoint en 1977. Il en sort ingénieur spécialisé en électronique et en télécommunications, en 1980.

Un brillant passage à Royal Air Maroc
Mohamed Soual serait bien resté dans l’Hexagone un moment. Mais la mort de son père l’oblige à revenir sans tarder au pays pour prendre en charge la famille. Il est en poste à Royal Air Maroc comme ingénieur d’études puis responsable du service télecoms avant d’en devenir le directeur, en 1986. Il se souvient que, durant ces années, le transporteur marocain devait opérer sa mise à niveau. La RAM mit alors en place le fameux service de réservation Amadeus et rénova son système radio.

Il a failli être président de la Bourse
Au sein de Royal Air Maroc, la carrière de Mohamed Soual montrera justement sa grande capacité d’adaptation. En effet, dès les premiers désaccords qui vont surgir entre les pilotes et la direction générale, il change de cap. Mohamed Mekouar, DG à ce moment-là, le nomme directeur des affaires sociales. Il fallait être inventif pour désamorcer la crise.

Il choisit de le faire, notamment en permettant au personnel d’accéder au logement. Il institue la prise en charge par la compagnie d’une partie du taux d’intérêt du crédit immobilier. Au bout d’une année, ce budget, qui était de 3 à 4 MDH, allait atteindre 40 millions de DH.

Mais, en 1995, Mohamed Hassad arrive à la tête de la RAM. Et c’est le moment que choisit Mohamed Soual pour partir sur la base d’un plan de réduction de personnel qu’il avait lui-même préparé.
On le retrouve dès 1996 à la CTM comme directeur du développement, des finances et du système d’information. Moins de deux années plus tard, il reçoit un coup de fil de Abdelwahed Souheil, patron du CIH, comme lui membre du bureau politique du PPS, qui le voulait à ses côtés pour faire le diagnostic d’un organisme financier vacillant.

Sa première réaction, avant même que M. Souheil lui fasse des propositions, fut de décliner l’offre. «Si c’est pour me débaucher, c’est non !», lui signifia-t-il. Il se rendra pourtant aux arguments de son interlocuteur. Il sera donc nommé conseiller du président puis directeur du pôle de la production bancaire, du système d’information et de l’organisation et des procédures. Il restera à ce poste jusqu’au moment où Abdelwahed Souheil sera remplacé. Il démissionne en 2001 pour rejoindre Gemadec, filiale du groupe Sofimag spécialisée dans l’informatique, qu’il dirige entre 2001 et 2005.

Pressenti un moment par Khalid Oudghiri, patron d’Attijariwafa bank, pour diriger sa filiale tunisienne, il a aussi failli se retrouver à la tête de la Bourse de Casablanca. Un épisode qui va lui rester en travers de la gorge, et il le dit sans sourciller : «J’ai été approché pour le poste de président de la Bourse et le contact s’est brusquement interrompu sans que je connaisse le fin mot de l’histoire».
Finalement, Mustapha Bakkoury, DG de la CDG, lui propose le poste de directeur du pôle «dépôts et consignations», qu’il occupe depuis fin 2005.

Avec tout cela, Mohamed Soual a toujours gardé un contact très étroit avec la vie associative. Il est, en effet, très actif au Conseil consultatif des droits de l’homme qu’il a rejoint en 2007, et à Transparency Maroc dont il est membre depuis 1996. Membre fondateur d’Alternatives, il est également très dynamique à la CGEM où il est membre de la commission éthique et lutte contre la corruption.