Hazim Sebbata, président du CJD Maroc

Après son diplôme obtenu à  l’ENCG de Settat, il a travaillé une année dans la banque comme chargé de clientèle pour comprendre qu’il fallait beaucoup plus pour booster sa carrière. En vue d’augmenter ses chances, il a étoffé son CV d’un DESS
en audit et contrôle de gestion.

Hazim Sebbata, nouveau président du Centre des jeunes dirigeants (CJD) Maroc, est un homme qui sait ce qu’il veut et qui s’offre même le luxe de déterminer rapidement la manière d’y parvenir. Diplôme de l’Ecole nationale de commerce et de gestion (ENCG) de Settat en poche, il est aussitôt recruté par l’ex-BCM (fusionnée avec Wafabank pour devenir Attijariwafa bank), en 1999. Au bout d’une année, il voyait dans son premier salaire, de 4 200 DH, «toute la misère du monde», pour paraphraser la fameuse phrase de Gustave Flaubert dans Madame Bovary. La solution ? Faire un Diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) et c’est à l’université de Montpellier où il choisit de s’inscrire, réalisant une partie de son rêve de faire tout son parcours universitaire en France. Faute de moyens financiers, il n’avait pu rejoindre l’Hexagone après son Bac.
Mais revenons au tout début pour mieux cerner sa personnalité. Hazim Sebbata est né 1977 à Rabat dans une famille de trois enfants, tous des garçons, dont il est l’aîné.
Comme chef d’entreprise,

il a commencé par la relance d’une affaire familiale

Bien qu’ils ne soient pas dans le besoin, ses parents, qui travaillent dans le privé, ne sont pas en mesure de lui financer ses études en Europe, après son Bac qu’il obtient au Lycée Lyautey en 1995. Il passe le concours de l’ENCG de Settat et se trouve dans le lot des 120 admis sur 11 000 candidats. Quand il obtient son diplôme en audit et contrôle de gestion, il intègre la BCM comme chargé de clientèle «entreprises».
Au bout d’une année, il comprend deux choses. D’abord, que s’il avait fait un DESS, il aurait gagné le double de ce qu’on lui avait offert au départ. Ensuite, ne s’appuyant sur aucun réseau et, sans pouvoir se démarquer du lot de chargés de clientèle qui, du reste, n’avaient aucune marge de manœuvre pour montrer leur talent, il n’avait guère le choix que de se ménager d’autres voies. Il choisit alors, en 2000, d’aller à l’université I de Montpellier pour un DESS en audit.
Il reste en France jusqu’en 2003 et se laisse convaincre par des associés, étudiants comme lui, de créer sa première société, un bureau d’études en conseil et évaluation d’entreprise, avec un modeste capital d’à peine 2 000 euros. Un premier client se présente : une société de fabrication de petits voiliers.
Mais Hazim Sebbata est pris d’une subite envie de rentrer. Il s’en explique : «Quoi que je fasse, le moment du retour pointera à l’horizon. Rentrer à quarante ans exigera de remettre les compteurs à zéro». Il est décidé de revenir au bercail, surtout qu’il n’avait pas vraiment besoin de chercher du travail car la petite affaire familiale de distribution d’appareillage électrique allait être son premier chantier au Maroc. Mais quelle ne fut sa surprise lorsqu’il est confronté à la réalité : un effectif de cinq personnes et un chiffre d’affaires de 500 000 DH. Il se résout au bénévolat ou presque, mais remet la boîte en selle. Dès l’année suivante, en 2004, il élargit le champ d’activité à toutes les fournitures industrielles, du câble aux roulements, et multiplie le chiffre d’affaires par trois.
Sur ces entrefaites, l’entreprise Polyvent Lamel Maroc, spécialisée, entre autres, dans les cuisines et la chaudronnerie inox, lui confie le poste d’attaché commercial. Il n’hésite pas car il va pouvoir enfin montrer ce qu’il sait faire. Il est si motivé qu’il se verra offrir des actions et deviendra le directeur général délégué de l’entreprise. Cela paraît tout naturel quand on voit qu’entre la première année où il prend les rênes et aujourd’hui, le chiffre d’affaires est passé de 20 à 50 millions de DH. Cependant, il ne veut pas se contenter de ces résultats. Après huit années de collaboration, il s’est décidé à quitter cette entreprise pour explorer d’autres horizons.
Hazim Sebbata vient en effet de créer deux sociétés de services. La première, dénommée «Enjeu», est spécialisée dans la conception et l’animation par le jeu. Des jeux très sérieux car c’est l’initiation des dirigeants ou cadres d’entreprise à des modules de formation de différentes tailles pour comprendre comment calculer le prix de revient, comment lire les résultats d’un exercice… à travers des simulateurs logiciels. Mais il ne prend aucun risque d’improvisation car il s’appuie sur des partenaires européens spécialisés dans le domaine. La deuxième entité créée par s’appelle «l’Evénementiel» et est orientée formation en RH et relations presse.
En plus des contraintes liées au démarrage de ses nouvelles sociétés, il prend à cœur son tout récent mandat de deux ans à la tête du CJD. Ses chantiers, il les connaît sur le bout des doigts : il entend conforter tout ce qui a été initié par l’association des jeunes entrepreneurs, principalement la promotion de l’esprit d’entreprise. Selon son approche : les outils sont déjà disponibles comme des kits d’initiation, aussi bien pour les écoliers ou les lycéens, par exemple. Il faudra juste les mettre entre les mains des deux ministères concernés : l’Education nationale et le Commerce et l’industrie. Il faut s’y prendre très tôt pour installer des réflexes et des méthodologies de l’approche entrepreneuriale, comme aux Etats-Unis et en Europe où c’est une vraie culture. Il compte aussi œuvrer pour le développement de l’auto-emploi et de la création de PME et PMI, notamment à travers une fiscalité adaptée.