Fatine Layt, PDG de Oddo Corporate Finance

Son parcours impressionnant lui a valu d’être membre de la délégation ayant accompagné François Hollande lors de sa visite au Maroc. Née en 1967 à  Casablanca, elle débute dans le monde de la littérature et la musique avant de percer dans celui de la finance. Fusions-acquisitions, introductions en Bourse, émissions de dettes…, elle effectue plusieurs opérations de taille avec des personnalités de renom.

Rien ne semble lui avoir résisté. C’est l’impression que l’on a quand on jette un œil sur le parcours de Fatine Layt. Un parcours pour le moins impressionnant qui lui a valu d’être membre de la délégation ayant accompagné le président français lors de sa récente visite au Maroc : création de trois entreprises à son actif, enseignante en études politiques, musicienne accomplie, cette Franco-marocaine a tout fait, ou presque, avant de se retrouver aujourd’hui à la tête d’une banque d’affaires privée en France (Oddo Corporate Finance). Pour y arriver, le chemin n’a pas été facile et elle se rappelle ce combat de tous les jours afin de s’imposer par son mérite. D’ailleurs, Fatine Layt reste une défenderesse acharnée de sa liberté et de la méritocratie à l’heure où le clanisme semble être devenu une condition de réussite. «J’ai toujours cru que l’expertise, le sérieux, l’éthique et l’honnêteté intellectuelle étaient des qualités suffisantes pour réussir dans la vie», clame-t-elle. D’origine marocaine, Fatine Layt est née à Casablanca en 1967 d’une mère française normalienne de lettres et d’un père marocain diplômé des Ponts et Chaussées.

Quelques années après sa naissance, elle rejoint la France avec sa mère et suit ses études près de Paris avant d’obtenir son baccalauréat au lycée Sainte-Marie de Neuilly-sur-Seine. Dès le départ, elle est entourée de personnes atypiques issues d’univers totalement étrangers : un grand-père maternel professeur d’université spécialisé en études latines et helléniques et une grand-mère paternel très traditionnelle, ne parlant pas un mot de français qui a appris à lire et à écrire en cachette. «Moquée à l’école en France à cause de mon prénom et de mon nom, ça n’allait pas mieux au Maroc où je ne parlais pas la langue et n’étais donc pas considérée comme marocaine», se souvient-elle. Ce double rejet marquera sa jeunesse et conduira la jeune Fatine à créer son propre univers fait de littérature et de musique. Elle devient critique littéraire chez Hachette et entre dans un orchestre où elle joue du violoncelle, bien loin du monde de la finance. C’est en faisant Sciences Po qu’elle commence à découvrir l’économie, la finance avec deux maîtres de conférences qui n’étaient autres que François Hollande et Pierre Moscovici. Elle décroche alors en 1982 le premier prix de musique de chambre du Conservatoire de Paris et, en 1989, sort major de sa promotion à l’Institut d’études politiques de Paris tout en ayant suivi une formation d’analyse financière à la Société française des analystes financiers (SFAF).

Elle démarre en tant que trader obligataire dans une petite société de bourse

Diplômes en poche, Fatine Layt travaille quelques mois comme trader obligataire dans une petite société de bourse. Elle y rencontre l’homme d’affaires Jean-Charles Naouri (un des principaux réformateurs des marchés financiers français) qui l’engage au sein de la holding Euris, un fonds d’investissement qu’il vient de créer. Une rencontre qu’elle qualifie de très opportune. «Je crois que la grande chance que j’avais était que je démarre ma carrière professionnelle dans un environnement tout à fait ouvert où tout était possible». D’abord chargée d’affaires (1989-91) au sein de la société, elle est nommée trois ans plus tard administrateur délégué de Editeuris qui regroupe les participations d’Euris dans divers groupes d’édition et de presse. En 1996, Fatine Layt abandonne Euris pour devenir PDG de la Compagnie européenne de presse professionnelle (CEPP), contrôlée par Apax Partners, où elle pilote notamment grâce à une opération de LBO (leverage buy out, financement d’acquisition par emprunt) le rachat de CEPP qui édite une soixantaine de titres de presse professionnelle. Mais Fatine Layt, qui a goûté aux joies de la finance entend bien investir le créneau. Elle crée donc, en 2000, Intermezzo et se prépare à affronter une concurrence faite de grands noms ou d’entités adossées à des institutions financières puissantes. Pendant toute cette période (1990-2001), Fatine Layt donne parallèlement des cours comme maître de conférences à l’IEP de Paris.

En 2003, elle s’associe à Jean-Marie Messier et crée avec lui la société Messier Partners LLC, spécialisée dans les fusions-acquisitions et autres transactions financières internationales. Fatine Layt reste trois ans associée directrice générale de Messier Partners puis décide en 2007 de créer Partanea, une petite banque d’affaires à actionnariat international avec un tour de table qui réunit actionnaires institutionnels, belges, français, espagnols et… marocains à travers Attijariwafa bank. La réussite ne se fait pas attendre et en 2008 la rencontre se fait avec Philippe Oddo. A l’origine courtier en bourse, le groupe Oddo s’est développé dans la gestion d’actifs et la banque privée. La banque d’affaires est arrivée plus tard, centrée sur les introductions en bourse sur lesquelles Oddo était leader grâce à son expertise des marchés financiers. Autour de ces activités s’est constituée une plateforme complète de conseil aux entreprises, avec fusions-acquisitions, conseil en financement, émissions obligataires, trading… C’est à ce moment-là que Philippe Oddo fait appel à Fatine Layt pour développer l’ensemble de ces métiers et services. «Je me suis rendu compte que faire du M&A (fusions-acquisitions) sec, c’était de plus en plus difficile, sans supports en amont (statut de banque) et en aval. Aujourd’hui, je rejoins une plate-forme qui a tous ces outils», se félicite-elle.

Très engagée sur le plan social, Fatine Layt est également présente à travers des actions de mécénat comme le théâtre des Bouffes du Nord. Mais son premier cheval de bataille reste aujourd’hui l’intégration économique. Son engagement et son action au sein de la Fondation Renault qui consiste à créer et financer des formations universitaires diplomantes sur de nouveaux métiers dans des zones difficiles en est une illustration.