Enseignant, agitateur d’idées, homme d’affaires, et régulateur de la concurrence

Professeur à  l’université Hassan II de Casablanca, directeur fondateur de l’ISCAE, fondateur d’HEM, Abdelali Benamour est un formateur reconnu.
Conseiller municipal puis député du Maà¢rif, il a fait de la politique entre 1976 et 1983 avant de revenir à  l’enseignement.
Sa récente nomination à  la tête du Conseil de la concurrence est l’aboutissement d’une riche carrière.

Abdelali Benamour se présente avant tout comme un agitateur d’idées et un homme de réflexion. D’ailleurs, la presse le présente d’abord et parfois exclusivement comme tel. Ainsi, le grand public ignore qu’il est aussi un homme d’affaires prodigieux qui fête les 20 années d’existence de HEM, grande école privée, qui fait sa fierté et dont il revendique l’entière paternité.

La fête est double puisqu’il vient d’être nommé par le Roi président du Conseil consultatif de la concurrence. En fait, l’homme a plusieurs cordes à son arc car, derrière son air débonnaire et inoffensif d’universitaire, se dissimule, chose rare, un homme d’action d’une étonnante vivacité d’esprit et réactivité. De surcroît, sa spontanéité achève de désarmer ses interlocuteurs. «Le secret de ma réussite ? Deux choses. J’ai eu plusieurs carrières en une : l’enseignement, la politique et la gestion d’entreprise.

Ma deuxième recette est que depuis la création de HEM, en 1988, j’ai toujours réinvesti 90% des profits dans mes écoles. D’ailleurs, c’est bien simple, j’ai très peu de biens personnels en dehors d’une maison à Bouznika et d’une petite ferme à dimension humaine», explique-t-il.

Abdelali Benamour est né en 1941, à Fès. Bon élève, il évolue dans une famille où, dit-il, l’esprit d’entreprise, au sens large, est une valeur. «Nous étions loin d’être riches et mon père, qui tenait un petit commerce, peinait à répondre à nos besoins. Mais l’esprit créatif de mes frères et sœurs, de certains de mes oncles et cousins m’a apporté la dose de désinvolture nécessaire pour devenir l’entrepreneur que je suis. Cela étant, je n’ai jamais renoncé au métier d’enseignant et au statut de chercheur avant ma retraite», confie-t-il.

La création de l’ISCAE, un tournant dans sa vie
Après une licence en sciences économiques, obtenue à la faculté de Rabat, Abdelali Benamour s’envole pour la France, où il obtient un DESS en 1966 à  Paris-Panthéon, puis un doctorat d’Etat dans la même discipline à la Sorbonne, en 1968.

Sa vie active va commencer par un bref passage à l’Office de commercialisation et d’exportation (OCE). Puis, il entame une carrière d’enseignant qui commence à la faculté de droit et des sciences économiques de Casablanca. Le premier tournant dans sa vie sera la création de l’Institut supérieur de commerce et d’administration des entreprises (ISCAE) en 1971, une idée qui avait germé dans l’esprit des grosses entreprises du moment, qui voulaient mettre en place une pépinière de talents pointus pour y puiser leurs futurs cadres. Le gouvernement marocain adhérera à l’idée et Abdelali Benamour sera le directeur fondateur de cette grande école qui s’installera alors dans ses premiers locaux de la rue Colbert.

Cela ne sera pas de tout repos car la soixantaine d’étudiants qui allaient constituer la première promotion des lauréats de l’ISCAE se mettront tout de suite en grève. Les étudiants ne comprenaient pas que l’on puisse leur demander de faire une année de prépas sans avoir l’assurance d’être admis pour la suite du cursus. En fait, ils avaient parfaitement raison, explique Abdelali Benamour, puisque le principe des prépas est d’avoir le choix d’accès à plusieurs grandes écoles, selon les notes obtenues. Or, au Maroc, à l’époque, il n’y avait rien d’autre, justement, que l’ISCAE.

Le directeur fondateur prendra alors la décision d’intégrer la première année dans un cursus de quatre ans, supprimant ainsi l’année de prépas. Par la suite, il nouera des partenariats avec des universités européennes pour l’encadrement et, bien sûr, veillera à la construction de l’école sur son site actuel, entre 1974 et 1975, «pour 10 millions de DH», se rappelle-t-il. Cette expérience sera riche à plusieurs égards car,  alors qu’il venait de mettre en place les programmes et les structures de l’école, le Roi Hassan II donnera l’ordre de la création du cycle supérieur de gestion, en 1975.

Quand Abdellali Benamour quitte l’ISCAE, en 1976, pour s’engager dans la politique comme conseiller municipal, la même année, puis comme député du Maârif, l’année suivante, il ne sait pas encore que ce qu’il a capitalisé durant cette courte période va constituer une base pour le formidable projet de HEM. La fièvre de l’action politique durera jusqu’en 1983, date à laquelle il reprend ses cours magistraux à la faculté de droit et des sciences économiques. Et comme le rang de professeur ne l’astreint qu’à 5 heures de cours par semaine, il va codiriger l’entreprise qu’un de ses frères à créée.

Il décide ensuite de se mettre à son compte et fonde HEM en 1988. Il met sur la table quelque
500 000 DH qu’il a épargnés, auxquels s’ajoute un apport familial et une participation de la Banque Centrale Populaire, par le biais du capital-risque. C’est ainsi qu’il réunit les 2,5 millions de DH nécessaires pour construire la première école sur 2 500 m2. Il commence avec 60 élèves pour la première promotion. Pendant sept années consécutives, il ne distribue pas de dividendes et travaille au développement de l’école.

Un membre actif de la société civile
Plus tard, en achetant l’actuel siège, couplé à l’espace «Agora», il est obligé de vendre l’ancien siège pour financer les travaux sur un terrain qui s’étend sur 10 000 m2. Aujourd’hui, ce sont un bon millier de lauréats qui sont sortis de l’école. Avec le nouveau centre de Tanger (en plus de Casablanca, Rabat et Marrakech) qui ouvre cette année, HEM accueille 1 500 étudiants au titre de l’actuelle année scolaire. Le président du groupe se dit comblé car il peut compter sur une équipe bien rodée.

«Désormais, explique-t-il, avec mes nouvelles responsabilités, je peux me retirer de la gestion de l’école. En fait, durant ces deux dernières années, j’avais commencé à anticiper car je devais me consacrer au Conseil consultatif des droits de l’homme et à la Commission spéciale pour l’éducation et la formation».

Le plus étonnant chez cet homme aux talents multiples, membre fondateur de l’association Alternatives, c’est qu’avec toutes ses occupations, il ait aussi trouvé le temps d’écrire quelques ouvrages sur l’économie, l’intermédiation financière ou encore la comptabilité. Le dernier en date est Repenser l’école, écrit en 2007.

Sa récente nomination à la tête du Conseil de la concurrence le met face à un nouveau challenge : faire bouger une structure qui n’a presque jamais fonctionné depuis sa création, il y a plus de 6 ans.