El Hachmi Boutgueray : Il quitte les études avant le bac et trône aujourd’hui sur un empire agroalimentaire

A 17 ans, il quitte le
lycée pour diriger les
deux magasins de gros
de son père à  Oujda.
Cinq ans plus tard, il
est dans la distribution
de produits
alimentaires, puis fait
fabriquer des produits
sous sa propre marque.
En 2008, il se lance
dans l’industrie après
avoir investi également
dans l’immobilier.

El Hachmi Boutgueray, PDG du groupeAnwar Invest, est un homme qui a le sens des affaires et sa force est qu’il n’en donne pas l’air, de prime abord. A 37 ans à peine, il dirige aujourd’hui le 4e plus grand groupe du secteur agroalimentaire au Maroc, avec un chiffre d’affaires de 3,5 milliards de DH. Son mérite est qu’il n’en a pas hérité et il n’est pas, non plus, allé chercher ce sens des affaires dans les universités ou les grandes écoles car il a arrêté les études au lycée.C’est durant ces années de labeur qu’il a consolidé le groupe familial, passé de la simple distribution de produits alimentaires, au début des années soixante, à l’industrie, en investissant plus de 6 milliards de DH.

A 22 ans, il se lance dans la distribution et convainc son banquier de lui prêter 5 MDH
Pourtant, El Hachmi Boutgueray n’aime pas se mettre sous les feux de la rampe et oppose un sourire blasé à toute invitation à se mettre en avant. Il le dit et le répète, au besoin, son atout est la discrétion (LaVie éco a essayé depuis plusieurs mois de faire son por-trait),même s’il nemanque pas d’esprit quand il dit : «Je n’ai pas perdumon sens de l’humour le jour où j’ai acquis celui des affaires».
El Hachmi Boutgueray est né en 1972 à Alkou à 30 kilomètres deTiznit. Son père, Haj Mohamed, est parti dans les années quarante travailler dans une mine de charbon dans le nord de la France. Après quelques années, il plie bagages pour aller s’installer à Oran où il ouvre deux épiceries. C’était pendant l’époque coloniale. A l’indépendance de l’Algérie, il revient s’installer à Oujda et commence par exploiter deux magasins de vente en gros et achète des camions pour transporter samarchandise. Haj Mohamed devient très vite l’un des premiers grossistes en agroalimentaire dans l’Oriental.
En 1989, le jeune El Hachemi est encore lycéen mais son destin tournera autrement. La maladie du père l’éloigne des bancs de l’école. A l’âge de 17 ans, il prend la gestion des magasins, sous la supervision de ce dernier. Deux ans plus tard, il a la totale responsabilité pour diriger l’affaire familiale. Le grand tournant a lieu en 1994 lorsqu’il se lance dans la distribution en créant Stock Pralim. Il met son banquier dans la confidence et ce dernier le suit en lui prêtant 5 MDH. Jusque-là, il est cantonné dans la région de l’Oriental. Ce n’est qu’en 1996 que le jeune homme, toujours plein d’énergie, décide de faire le grand saut en s’implantant à Casablanca. Deux années plus tard, il crée six autres dépôts après celui de Casablanca, à Marrakech, Oujda (bien entendu, pour des raisons affectives) mais aussi Fès, Tanger, Rabat, Agadir et également à Laâyoune. Avec une flotte de 80 camions, les affaires commencent rapidement à bien tourner. En 2001, Stock Pralim construit dans la capitale économique un dépôt de stockage frigorifique d’une capacité de 3 000 tonnes, le premier agréé par le ministère de l’agriculture. C’est pratiquement dans la foulée, une année plus tard, que naîtront lesmarques propres du groupe. En 2004, il lance sa marque ombrelle Excelo. Stock Pralim n’est pas encore dans l’industrie puisqu’il est importateur et distributeur. El Hachmi Boutgueray fait fabriquer ses produits à l’étranger sous ses propres marques là où le prix de revient lui permet d’être compétitif. Les produits qu’il vend sous son propre label rencontrent un succès foudroyant. Le thonMario, c’est lui. Le beurre Badaouia c’est encore lui et le biscuit Sergio également. Des produits qui marqueront les esprits du consommateur grâce à une recette aussi vieille que le monde : le matraquage publicitaire, etsurtout télévisé. Comme quoi on peut ne pas avoir étudié à Harvard et avoir le sens du marketing. A partir de 2008, El Hachmi Boutgueray, convaincu qu’il peut fabriquer lui-même moins cher, se lance dans l’industrie et commence par racheter Biscolux, alors à l’arrêt. Comme l’appétit vient enmangeant, en 2009, il rachète coup sur coup Silver Food, une conserverie de poisson dans la région de Settat puis sa filiale Sopcoda installée à TanTan, Cahimsa, une biscuiterie située dans la zone industrielle de Selouane à Nador et Fapasa, un fabricant de madeleines à Laâyoune. Mais l’une de ses plus belles prises est assurément le groupe Fandy qui s’active dans laminoterie, la pâtisserie industrielle et le négoce de céréales et de thé. La transaction vient d’être réalisée, il y a quelques jours (voir article en page 18) L’idée d’El Hachmi Boutgueray est simple : il investit dans les domaines de l’agroalimentaire qui convergent vers des produits qu’il a toujours su distribuer. C’est ainsi qu’il est aujourd’hui aussi bien dans le biscuit que dans la minoterie et la farine ou la conserve de poisson. Au final, tous les articles qui sortent de ses usines se retrouveront chez l’épicier et, bien entendu, le consommateur, grâce à son métier de base, la distribution. Bref, en bon stratège, M. Boutgueray a pu mettre en place une stratégie d’intégration verticale, en commençant par le dernier maillon de la chaîne. Mais son groupe ne fait pas que dans l’alimentaire. En 2006, il s’était diversifié dans l’immobilier, en créant une holding mère qui coiffe deux sociétés Anwar Almoustakbal et Anwar Développement, respectivement spécialisées dans le logement social et le moyen et haut standing. El Hachmi Boutgueray dirige aujourd’hui un groupe constitué de trois holding (Anwar Invest, Food from Morocco et Fandy holding) qui emploie plus de 2 000 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 3,5 milliards de DH.