Chaoui Belassal, député UC

Un professeur de français à  la tête de la Commission des Finances

Pour le nouveau président de la Commission des Finances de la première Chambre, l’heure n’est pas au farniente. Chaoui Belassal préfère mettre à profit ces vacances parlementaires, entre la session d’automne et celle de printemps, pour redynamiser l’action de cette commission. Une dizaine de sujets sont déjà programmés pour débat, ministres et responsables d’entreprises publiques invités à faire des exposés devant la commission et quelques voyages en Afrique, en Europe et en Asie envisagés. Le député UC prend de l’assurance. Il vient de réussir, et c’est l’avis des parlementaires membres de la commission, son premier examen. Il y a eu moins de prises de bec, l’écrasante majorité des amendements (80 au total) présentés l’ont été par consensus, le ministre a moins utilisé que d’habitude le fameux article 51 de la Constitution qui lui permet de contrer les amendements indésirables.
En près de 30 ans de carrière politique et plus d’un quart de siècle dans la gestion communale, Chaoui Belassal a fini par apprendre les ficelles du «métier». Le député et président de la commune de Moulay Bousselham, son village natal, est ce qu’on pourrait appeler un politicien de carrière. Très tôt il a bénéficié d’un détachement de sa fonction d’inspecteur de l’enseignement secondaire pour se consacrer à son mandat d’élu avant de faire partie des premiers bénéficiaires de l’opération départ volontaire de la fonction publique, initiée en 2005. C’est dans l’enseignement, de langue française plus précisément, que Belassal a fait toute sa carrière professionnelle. A peine son bac, option lettres modernes, en poche, il a opté pour le métier d’enseignant. «À l’époque nous n’avions aucune visibilité par rapport à notre plan de carrière. Nous n’avions aucune idée des métiers qui existaient. Certains de mes camarades, lauréat des lettres modernes, se sont même inscrits en médecine. Moi j’ai opté pour l’enseignement». C’était en 1972, Belassal venait de conclure ses études secondaires au sein du Lycée Moulay Abdellah de Casablanca, où il avait atterri par accident. Car c’est tout naturellement vers la ville de Kénitra que ce fils d’agriculteur, natif de Moulay Bousselham, en 1952, s’était dirigé, à peine terminée sa troisième année d’études primaires, pour compléter son cursus.

A 31 ans, il démarre la politique

Après le collège, il fait partie de la première promotion du Lycée Mohamed V, qui venait d’ouvrir ses portes grâce à un financement de la Banque internationale de reconstruction et développement BIRD. Deux semaines plus tard, ce brillant élève -«Au collège, je récoltais toujours les félicitations», précise-t-il- obtient une bourse, avec trois autres camarades, pour le Lycée Hassan II à Rabat. Mais, faute de place à l’internat, il est orienté vers Casablanca.
A l’âge de 31 ans, le professeur de français, qui a décroché une licence entre-temps, décide de tâter de la politique, il se présente en 1983 aux élections communales, qu’il remporte haut la main sous les couleurs du RNI. «J’ai voulu y aller d’une manière graduelle. D’abord la commune, le temps de me faire une idée de l’action politique et, ensuite, le Parlement», se souvient-il. Ce fut chose facile. Sa famille étant connue et sa commune ayant besoin de jeunes instruits et désireux de participer à la construction de l’avenir de Moulay Bousselham, devenu plus tard centre touristique et capitale de la fraise. Et c’est justement grâce à l’implication personnelle de Chaoui Belassal, vice-président de la commune, devenu président depuis 1993 – il l’est encore aujourd’hui- que la fraise va se transformer en culture intensive. «C’était en 1989, un groupe d’investisseurs espagnols est venu chercher un terrain, une centaine d’hectares, pour lancer la culture de la fraise. Je les ai aidés pour les démarches administratives et en tant que Conseil de la commune nous avons soutenu leur projet. Cette implication a été payante, ces investisseurs ont amené leur savoir-faire et créé des milliers d’emplois», se souvient-il.

Avec d’autres agriculteurs, il crée une «bourse» de la fraise à Moulay Bousselham

L’expérience a fait tache d’huile et c’est toute la région qui s’est convertie dans la culture de la fraise et le souk local, Dlalha, est devenu une véritable «bourse de la fraise» dont la renommé a atteint le marché de gros de Perpignan, en France, une des référence en Europe. Chaoui Belassal, lui-même, n’a pas pu résister à l’appel de la terre. Il fait aujourd’hui partie d’une coopérative de producteurs de fraise qui gère une quinzaine d’unités de production et de conditionnement de ce fruit. Et c’est l’un de ses trois fils, diplômé en économie, qui s’occupe des affaires de la famille. «Moi, je ne fais que superviser de loin», commente-t-il. Ses deux autres fils ont préféré faire carrière ailleurs, l’un est médecin et l’autre avocat.
Pour revenir au père, il est également membre du Conseil provincial de Kénitra depuis 1983, il vise un siège à l’Hémicycle et se présente aux élections de 1997, mais cette fois sous la bannière UC. «Le RNI n’a pas voulu m’accorder l’accréditation, je me suis adressé à une formation proche du point de vue idéologique», se rappelle-t-il. C’est sous les mêmes couleurs de l’Union Constitutionnelle qu’il est depuis cette date vice-président du Conseil provincial de Kénitra et du Conseil de la région Gharb-Chrarda-Béni Hssen. Au Parlement, il devient président de la Commission parlementaire des Affaires étrangères en 2002, président du groupe parlementaire de l’UC avant d’être porté, au début de la dernière session d’octobre, à la présidence de la Commission des Finances. Commission où ses talents didactiques, son sens de l’organisation et sa capacité de travail lui ont permis de donner une nouvelle empreinte à ses travaux.