Abed Chagar, L’ingénieur qui a façonné l’avenir de Colorado

Diplômé de l’EMI en 1992, il a commencé sa carrière à  Alcatel, avant de rejoindre Colorado en 2000. Il a activement participé à  la modernisation de l’entreprise et à  son introduction en Bourse.

Lorsque Abed Chagar, actuel DG délégué, rejoint Colorado en 2000, il était loin de soupçonner que la PME de l’époque allait rapidement devenir une entreprise cotée en Bourse rapportant gros à ses actionnaires qui, jusqu’alors, se contentaient de réinjecter les maigres gains dans le développement. Il avait même douté un instant, lui qui avait débuté sa carrière par un bon poste dans une multinationale, de ce qu’il pouvait apporter à une entreprise familiale. Mais il faut croire à la magie des Berrada, père et fils, qui l’ont vite fasciné, mais aussi convaincu de s’approprier du projet de restructuration de l’entreprise.
Né en 1968 à Hay Hassani, à Casablanca, dans une famille modeste, Abed Chagar est un pur produit de l’école publique. Cinquième enfant d’une fratrie de 6 frères et sœurs, il est précocement attiré par les mathématiques. Son parcours de lycéen se solde en 1987 par un Bac sciences maths, avec mention «Bien».
Il s’inscrit à l’Ecole Mohammadia des ingénieurs où les prépas sont intégrés dans les 5 années du cursus, et choisit de se spécialiser en informatique. A la fin de ses études en 1992, il n’a que l’embarras du choix pour trouver un emploi : sa promotion a été courtisée par le groupe OCP, les banques et les compagnies d’assurances, se souvient-il. Abed Chagar choisit de répondre à la proposition d’Alcatel, devenu aujourd’hui Nexans, qui lui offrait le poste d’ingénieur pour un salaire de 7 000 DH sans compter une indemnité de logement. Il est alors le premier ingénieur issu d’une école marocaine à rejoindre cette entreprise.

Il a développé le premier logiciel de GPAO d’Alcatel

L’une de ses premières missions dans cette multinationale française était de choisir un système d’exploitation (Unix, VMS ou MS Dos), mais il aura aussi le mérite de mettre en application le premier logiciel de gestion de la production assistée par ordinateur (GPAO) pour son employeur de l’époque. Alcatel avait deux usines (Mohammedia et Tit-Mellil) pour la production de câbles et de transistors. Il s’intègre très bien et devient rapidement responsable de planning, avec une vingtaine de personnes sous sa responsabilité.
Il commence, en cours du soir, un cycle de gestion des entreprises dès 1999. Il continuera sur sa lancée en s’inscrivant au cycle supérieur de gestion de l’Institut supérieur de commerce et d’administration des entreprises (ISCAE). En 2000, après 8 ans de collaboration, il choisit de se séparer à l’amiable d’Alcatel. Suite à des entretiens avec la famille Berrada, il intègre la société Colorado qui employait 150 personnes et réalisait un chiffre d’affaires de 108 MDH. Il est d’abord nommé directeur du système d’information et de l’organisation de l’entreprise. A l’époque, Colorado se plaçait derrière des multinationales comme Akzo Nobel et Arcol qu’elle allait bientôt détrôner. Il convainc les actionnaires de mettre un million de DH dès 2002 dans la refonte du système d’information qui va gérer aussi bien les stocks et les informations clients en fonction de leur taille en temps réel.
En 2004, la société investit 40 MDH dans usine de peinture à l’eau à Aïn Sebaâ sur une superficie de 6 000 m2 et prend en location une autre unité de peinture à solvants de 4 000 m2.
Il fallait mener à bien la valorisation de la marque et Abed Chagar, devenu DGA, y contribuera largement. La société engage une politique de management qui la mènera à une triple certification avec Iso 9001-2000 pour la qualité, Iso 14001 pour l’environnement et OHSAS 18001 pour la santé et la sécurité. En 2006, Colorado  franchit un nouveau palier en s’introduisant en Bourse. Tout comme pour les autres actions, le DGA d’alors a activement participé au succès de cette opération qui permet à la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), via Fipar Holding, d’entrer dans le capital de Colorado à hauteur de 15%, alors que 30% sont cédés à des investisseurs institutionnels, les assurances entre autres, et d’autres investisseurs privés.
Dans le même temps, l’investissement et la mise à niveau sont menés de pair. En 2008, la société investit de nouveau 70 MDH dans une nouvelle usine à Dar Bouazza. Inaugurée en 2010, cette unité porte la capacité de production totale à 100 000 tonnes par an.

Il a augmenté les avantages sociaux pour maintenir la motivation

Jusqu’en 2009, l’activité progresse de 18% par an. Mais en 2010, les effets de la crise se font sentir et le chiffre d’affaires n’augmente que de 8%.
Promu DG délégué en septembre dernier, Abed Chagar a pris soin de revoir la politique de gestion des RH, en revoyant les grilles de rémunération et ses outils de motivation. Il a ainsi créé un fonds d’aide aux salariés en introduisant des aides ponctuelles pour les naissances et les maladies. Dans certains cas, la prise en charge du ticket modérateur est même assurée.
Abed Chagar a également pris en charge le volet commercial. Une attention particulière est ainsi portée à l’export qui représente aujourd’hui 2% du chiffre d’affaires, notamment pour la peinture décorative vers des pays comme l’Algérie, la Mauritanie et le Burkina Faso, et qu’il entend développer. Il travaille également sur le circuit de commercialisation, constitué à 90% de drogueries et de revendeurs, les 10% revenant aux grandes surfaces.
En 2010, le chiffre d’affaires de Colorado avait atteint 620 MDH, contre 108 millions en 2000, pour un effectif de 550 personnes. Abed Chagar a cependant du pain sur la planche. En somme, sa promotion est un sacerdoce plutôt qu’une sinécure : il doit impérativement maintenir la croissance de la société pour en faire un leader du secteur.