Abdelkader Secteur : de l’humour, populaire !

Abdelkader Secteur, nom incontournable de la scène du «Marrakech du rire», est revenu cette année pour la deuxième édition du festival. Portrait d’un homme de scène adopté par le Maroc.

Tous les artistes vous le diront : le public marocain est l’un des plus exigeants, surtout en matière d’humour. Parce que chez nous, rire est un précepte de la vie de tous les jours. Nos éclats de rire, on les croise au coin de la rue, dans la file d’attente pour payer les impôts, dans un carrefour casablancais avec Joe le taxi, et j’en passe.

Alors quand Jamel nous parle de son festival du rire (et croyez-le ou non, nous n’en sommes qu’à la deuxième édition), cela ébranle en nous le plus grand des enthousiasmes mais laisse un poil perplexe son panel d’humoristes, notre réputation nous précède ! Même l’hilarant Abdelkader Secteur a connu cette appréhension : «J’ai stressé comme un malade pendant 15 jours quand j’ai appris que j’allais jouer au Maroc, je sais que le public marocain est très fort en humour. Mais Hamdoullah, j’ai été très bien reçu. Je ne m’attendais vraiment pas à être apprécié de la sorte !»

Un drôle d’accent sous une moustache grise fait éclater de rire la foule en délire du Marrakech du rire, la silhouette à peine discrète déambule sur la scène comme à la maison. C’est Abdelkader Secteur qui débarque pour faire le show. Devenu incontournable depuis son sketch avec le tant adulé Hassan El Fad lors de la première édition, Abdelkader a été adopté par le public marocain. Dans la famille de Secteur, l’humour est un héritage populaire. Une sorte de patrimoine sacré gravé dans leurs gènes. C’est ainsi que le petit Abdelkader a grandi entouré de parents, oncles, cousins qui ont fait de l’humour une seconde nature. «Pour moi, l’humour est une histoire de famille, j’ai grandi avec mes parents dans la région de Ghazaouet de la wilaya de Tlemcen, où on était très célèbre pour notre humour», raconte-t-il. Lorsqu’on lui demande de nous faire le récit de ses premiers pas sur scène, Abdelkader ne manque pas d’un lyrisme décapant.

«Ce n’est pas moi qui ai commencé l’art, c’est l’art qui m’a commencé» ! (rires). Mais son parcours jusqu’à la scène est littéralement un coup de foudre ! «Un soir de mariage en famille, il y eut une coupure de courant et les amis m’ont encouragé à monter sur scène pour raconter quelques blagues en attendant que le courant se rétablisse. Une fois que le problème technique fut réglé, on a demandé à ce que je reste sur scène et que je finisse mon show ! Et c’est comme ça que j’ai commencé à me produire sur scène». Naturellement ! Il est vrai que sur scène, il ne fait jamais dans le «sur-jeu», on découvre un homme simple, authentique dont l’humour populaire s’inspire d’anecdotes du quotidien faisant rire tout le Maghreb. Normal, on s’y retrouve ! Vient corroborer sa version des faits, une tradition algérienne qui veut que lors des mariages dans la région, on se dispense de musique pour succomber aux crampes zygomatiques causées par le spectacle d’un humoriste de quartier. Mais selon Omar, fan de l’humoriste, la version est tout autre : «Ce que j’adore chez ce type, c’est le fait qu’il arrive à rire de sujets très sérieux. Son humour n’est jamais innocent, il porte toujours un message fort. Le tout présenté par un accent algérien, c’est juste EXCELLENT !». L’humoriste confirme : «Mon humour m’a toujours servi pour apprendre des choses aux plus jeunes, les sensibiliser quant à des fléaux de la société».

Et pourquoi Secteur ? Une histoire qui remonte à son enfance :«Quand on était enfants, pour accéder à la plage, on devait passer par une rivière. Ce qui était interdit. Un jour, on a été interpellés par un policier à qui on a expliqué notre situation, alors il a dit que si on continuait, il allait nous emmener au “siktour”, en désignant le poste de police. Avec son accent et la façon dont il l’a dit, ça a fait rire mes amis et moi. On a gardé l’anecdote et je la racontais souvent à tout le monde. Vu qu’on était plusieurs Abdelkader dans le groupe, pour me différencier, on m’appelait “Secteur” et avec le temps, c’est resté !». Pour cela, et tout le reste, on l’adore ! Et pour le scoop, il partagera bientôt l’affiche avec Jamel Debbouze dans (double scoop) une comédie ! Son invasion du territoire continue avec son rôle au sein de la série ramadanesque «Hna Jirane» pour trente nouveaux épisodes, espérons que ça en améliorera la qualité ! Par ailleurs, avec son acolyte marocain, Hassan El Fad, on le retrouvera dans une capsule humoristique pour la même période. Bravo !