50 ans au service de l’Etat

Plusieurs fois ministre, Premier ministre avant et pendant le gouvernement d’alternance, c’est un grand commis de l’Etat qui est décédé
le 20 mars.
Directeur du cabinet royal à  30 ans, ministre
à  40 ans, il a marqué la diplomatie marocaine.

Avec Abdellatif Filali décédé le 20 mars à 81 ans, à Clamart dans la région parisienne, c’est l’un des grands hommes d’Etat marocains qui disparaît. Né en 1928 à Fès, le défunt avait occupé plusieurs hautes fonctions en tant que commis de l’Etat et en tant que diplomate.
Juste après l’indépendance du pays, Abdelatif Filali faisait déjà partie des espoirs du nouveau Maroc.  Chargé d’affaires du Royaume auprès de l’Organisation des Nations Unies en 1958,  puis directeur du cabinet royal sous le règne de Mohammed V  (1959 -1960),  il a accédé assez vite au sommet, devenant ainsi l’un des hommes-clés du Palais.
En 1961, Abdelatif Filali a été nommé chargé d’affaires du Maroc en France. Brillant, homme de culture et surtout diplomate chevronné, il fut ambassadeur au Benelux de 1962 à 1963. Le jeune homme représentera son pays dans d’autres capitales, notamment Pékin, Alger, Madrid et Londres.  Avec l’écharpe d’ambassadeur, Abdellatif Filali semblait avoir trouvé l’essence même de son choix professionnel, quand il a intégré, jeune, le ministère des affaires étrangères. «Abdellatif Filali a joué un grand rôle dans la diplomatie marocaine, dont il est l’un des précurseurs», a déclaré Abderrahmane Youssoufi à la presse lors des obsèques du défunt qui ont eu lieu dimanche  à Rabat.  
Homme politique de haut calibre, Abdellatif Filali a occupé également des fonctions ministérielles, notamment celle de ministre de l’information et de l’enseignement supérieur.
Connu dans les milieux politiques marocain, arabe et international, il a été nommé deux fois ministre des affaires étrangères et de la coopération (en 1971-1972 et de 1985 à 1999). Une consécration pour cet homme passionné par la diplomatie et ouvert sur le monde extérieur.
Le 25 mai 1994, Abdelatif Filali  devient Premier ministre tout en conservant son poste de chef de la diplomatie. La conjoncture était complexe à l’époque. Hassan II avait proposé à la Koutla de participer au gouvernement, tout en gardant Driss Basri à la tête du ministère de l’intérieur. Après l’échec des négociations entre le Palais et la Koutla, le Roi a préféré nommer Filali à la tête de la Primature. «Cette nomination confirme la place qu’occupait Filali dans l’échiquier politique national. Il a été depuis toujours très proche de Hassan II. C’est vrai qu’il y avait des hauts et des bas dans sa relation avec le Palais, mais il reste un homme du Makhzen par excellence», explique le politologue Ahmed Darif.
En 1998, Abdellatif Filali a participé au gouvernement d’alternance dirigé par Abderrahmane Youssoufi. Il a gardé en effet son poste à la tête du ministère des affaires étrangères et de la coopération. Il y restera un an, avant de clore un chapitre de fonctions étatiques marqué par une longue carrière de 50 ans.
De par sa grande expérience et son engagement total au service de l’Etat, Abdellatif Filali a été l’un des témoins des grands événements qui ont marqué l’histoire du Maroc et du monde arabe durant la deuxième moitié du XXe siècle. Ceci explique le désir qu’il a eu de pérenniser ses souvenirs en écrivant un livre intitulé Le Maroc et le monde arabe. Edité en 2008 et présenté devant un aréopage de personnalités, cet ouvrage revient sur des points sensibles qui ont secoué le monde arabe.
Ainsi sont évoqués les épisodes de la Guerre des sables entre le Maroc et l’Algérie en 1963, la guerre des Six jours, en 1967, qui a bouleversé l’Egypte, ou encore le conflit du Sahara qui oppose depuis plus de trois décennies le Maroc à l’Algérie.  Avec un regard perçant et une profonde pertinence, Abdellatif Filali analyse ces événements qui, par ricochet, éclaircissent l’actualité.
Plus que les points communs, ce sont surtout les différences entre le Maroc et les autres pays arabes que Filali évoque. On retiendra d’ailleurs dans le livre cette phrase, ô combien évocatrice : «La franchise exige de dire que l’histoire du Maroc ne se confond pas avec celle du reste du monde arabe».