USFP : la course à  la direction démarre

Après Radi et Oualalou, El Malki devrait annoncer sa candidature dans les jours qui viennent.
Le scrutin de liste, option plus que probable.
La chasse aux colistiers lancée par les prétendants.
Les réformes pourraient imposer un nouveau congrès dans deux ans.

Plus que trois semaines avant de connaître l’identité du prochain numéro 1 de l’USFP. Près de six mois après la démission de Mohamed Elyazghi, les candidats à sa succession qui, l’air de rien, faisaient campagne depuis plus d’un mois, déclarent enfin leur ambition.

Dernier en date à l’heure où nous mettions sous presse, mercredi 21 mai, Habib El Malki, membre du bureau politique et candidat potentiel jusqu’à preuve du contraire, s’exprimait dans les colonnes du quotidien Le Matin du mardi 27, entre autres sur «l’état des lieux du parti et la lutte de succession à l’USFP». L’ancien ministre de l’éducation devra toutefois attendre le dernier conseil national avant le congrès pour devenir officiellement le troisième prétendant au leadership ittihadi.

A l’origine de cette campagne, aussi subite que tardive, une petite phrase de l’ancien numéro 2 de l’USFP : dans deux entretiens accordés à la presse et parus vendredi 16 et samedi 17 mai, Abdelouahed Radi avait laissé entendre qu’il aurait été invité à diriger une liste au prochain congrès. Des propos qui, sans engager leur auteur, étaient un hameçon lancé aux colistiers éventuels, tout en lui donnant une avance dans la course.

Chez les concurrents, la réaction ne s’est pas fait attendre: ce même vendredi 16, Fathallah Oualalou organisait une conférence de presse pour annoncer, officiellement cette fois, sa candidature, feuille de route et engagements à l’appui (voir entretien ci-contre).

Un joker appelé Mohamed Elyazghi ?
Ces trois candidats seront-ils seuls en lice lors du congrès prévu du 13 au 15 juin prochain ? Aujourd’hui encore, certains s’attendent à voir Mohamed Elyazghi sortir un quatrième concurrent de sa manche en favorisant un outsider, ou encore gratifier l’un des trois prétendants de son soutien, qui reste conséquent.

«Je crois que M. Elyazghi appartient à tout le monde», prévient M. El Malki. En attendant, le concerné, qui semble avoir opté pour la neutralité vis-à-vis du trio, s’est tout au plus contenté d’une sortie sur le quotidien Asharq Al Awsat pour contrer l’hypothèse, émise par son ancien bras droit, Driss Lachgar, d’un retrait du parti du gouvernement.

A la veille d’un congrès placé sous le signe de la réforme, la campagne pour la succession de Mohamed Elyazghi paraît, elle aussi, marquée par la volonté de changement. A commencer par la concurrence. «C’est la première fois que l’USFP a plusieurs candidats au poste de premier secrétaire.

Depuis l’époque de l’UNFP, le premier secrétaire a toujours été connu plusieurs mois à l’avance, il n’y avait pas de concurrent», explique Mohamed Benyahia, président de la commission de préparation du congrès. Plus encore, la manière dont les candidatures sont présentées par MM. Radi et Oualalou laisse entendre que ces derniers se sont placés d’emblée dans une logique de listes «premier secrétaire+ membres du bureau politique», alors que le système n’a pas encore été soumis à l’approbation des congressistes.

Il semble désormais que les jours de la structure actuelle du parti, mise en place durant les années de plomb, sont comptés ; un système plus souple, plus transparent, et surtout plus moderne, devant la remplacer. En cas de confirmation par le congrès, le premier secrétaire et au moins une partie de son bureau politique devraient ainsi être élus non plus de manière individuelle mais sur la base d’une liste conjointe, d’un vote élargi, où ce sera les congressistes et non plus seulement le conseil national qui auront leur mot à dire.

Le scrutin de liste, un acquis ?
La formule reste encore à détailler : les listes seront-elles ouvertes ou fermées ? Quel sera leur seuil minimal d’accès au bureau politique du parti ? La représentation s’y fera-t-elle de manière proportionnelle, avec ce que cela implique en matière d’alliances entre listes ? Malgré cela, le système semble déjà convaincre, y compris au sein de cette instance où l’on y voit l’occasion d’élever le débat en focalisant les discussions sur les idées et non plus sur les personnes.

«Ces listes permettent aux militants de choisir entre les projets et pas entre les personnes. La nécessité de regrouper un certain nombre de dirigeants et de militants sur une liste commune donne à ces derniers la possibilité de faire un choix réel, et non pas un choix entre des personnes différentes», explique Mohamed Achaâri, membre du bureau politique.

«Contrairement à ce qu’on dit, cet élan pour le recours à la liste n’est pas nécessairement lié à l’émergence de courants politiques. Je l’ai compris, et c’est une bonne chose, comme une demande de transparence», note, pour sa part, Fathallah Oualalou. «Avant, il existait un système de liste clandestin», confirme de son côté Mohamed Benyahia. «L’on faisait circuler des listes officieuses, précisant qu’il ne fallait pas voter pour untel, qu’il fallait voter pour tel autre», indique-t-il, soulignant que cette pratique est désormais vouée à disparaître.

Malgré ces changements, qui devraient impulser une nouvelle dynamique au parti, le chantier pourrait bien être trop gros pour être mené à bien en un seul congrès, souligne toutefois le président de la commission de préparation du congrès. «L’héritage est très lourd, et pour faire le changement il faut beaucoup plus de temps, et un débat beaucoup plus approfondi», explique M. Benyahia. «Ce congrès, dit-il, va établir les bases d’un grand changement. Et c’est peut-être, dans deux ans, un autre congrès qui le mènera à bon port». Un rendez-vous que certains verraient bien introduit de manière permanente avec la mise en place d’un congrès bisannuel .