USFP : à  qui profitela déstabilisation de la Chabiba ?

A la veille du VIIe congrès, les cadors du parti affichent leurs ambitions.
La Chabiba est au centre des manœuvres de plusieurs courants dont ceux de Taïeb Mounchid, de Driss Lachgar et des ministres.
Mohamed El Yazghi garde ses distances dans ce jeu d’influence.

Roulements des mécaniques à l’USFP. Au fur et à mesure que la date du VIIe congrès du parti approche, les cadors bombent le torse pour défendre jalousement leur pré-carré. Il y a deux semaines, Khalid Alioua, membre du bureau politique, se rappelait au souvenir des militants socialistes à l’occasion d’une rencontre du parti à Tétouan en tançant le bureau politique et en ne ménageant pas ses critiques à l’égard de l’actuelle ligne adoptée par l’USFP. D’aucuns y voient clairement la main de ce qui reste du clan Youssoufi.

El Gahs soupçonné de téléguider la Chabiba
A peine la sortie de Khalid Alioua – par ailleurs sans conséquence – oubliée, le comité central de la jeunesse, tenu le 26 février, a été le théâtre d’un autre affrontement entre courants. Quinze membres de ce comité ont signé une pétition dénonçant «la makhzenisation de la Chabiba». La charge vise, selon de vieux militants initiés, Mohamed El Gahs, secrétaire d’Etat chargé de la Jeunesse et membre du comité administratif du parti. Certains parmi les signataires soupçonnent ce dernier d’influencer la Chabiba et d’en inspirer le programme général et de le plaquer sur celui de son département ministériel. Pour accréditer cette thèse, ils évoquent le statut de Hassan Tariq, secrétaire général de la jeunesse USFP, qui émarge actuellement au cabinet de Mohamed El Gahs.
Ce qui, en apparence, peut être assimilé à une remise en cause, bénigne, du travail du bureau national de la jeunesse socialiste tourne vite à une manœuvre déstabilisatrice. La violence des propos tenus ce jour-là par les contestataires en étonne plus d’un, d’autant plus que cette session devait être un moment de retrouvailles, après une année pendant laquelle la Chabiba n’avait pas réuni ses instances.
Pour comprendre la signification des remous qui agitent la Chabiba, il faut revenir à septembre dernier. Paralysée après la démission de Soufiane Khairat, son ancien secrétaire général, il y a quelques mois, la jeunesse USFP avait pu retrouver du punch et produire une «feuille de route» de qualité. Dans ce cadre, elle a également soumis au bureau politique et à la commission préparatoire un mémorandum sur la modernisation et le rajeunissement du parti. Dans ce document, élaboré par le bureau national de la jeunesse, celle-ci réclame un quota d’au moins 20 % dans les instances du parti. A travers ces positions, l’organisation retrouvait son rôle naturel, au sein de l’USFP, de force de proposition et de progrès. Si elle s’appuie en plus, dans cette démarche, sur un jeune ministre apprécié en haut lieu pour son dynamisme et sa compétence, le risque de son autonomisation devient réel. Chose qui, selon un ancien de la Chabiba, dérange ceux qui ont tout fait pour avoir une jeunesse contrôlée et réduite à une simple caisse de résonance des positions du bureau politique. Ainsi, toute tentative de celle-ci de s’affranchir de la tutelle intellectuelle de certains «gros bras» doit être immédiatement anéantie. C’est ainsi que l’on s’est retrouvé avec quinze contestataires.

Les pétitionnaires se sont réunis dans la maison d’un ami de Driss Lachgar…
Mais qui se cache derrière cette tentative de déstabilisation de la Chabiba ? Des connaisseurs des arcanes du parti pointent du doigt le courant de Driss Lachgar puisque c’est à Salé, dans une maison appartenant à son ami Mohamed Boubekri, membre de la commission administrative, que les pétitionnaires se sont réunis la veille de la réunion du comité central du 26 février. En outre, un des signataires de la pétition n’est autre que Ghassan Bahou Amersal, neveu de Driss Lachgar. Ce dernier fait figure de «suspect idéal».
Mais, si l’inimitié que voue Mohamed Boubekri à Mohamed El Gahs est de notoriété publique, quel profit tire Driss Lachgar de tout cela, d’autant que, chaque fois qu’il bouge, c’est le premier secrétaire de l’USFP qui est suspecté ? Mohamed El Yazghi serait-il assez naïf pour se tirer dans les pieds à la veille d’un congrès qui devrait être celui de sa consécration puisqu’il est le seul candidat à sa propre succession ?

Le réseau FDT travaille à sauvegarder sa représentation au congrès
Selon un membre du parti, qui préfère garder l’anonymat, les congrès du parti ressemblent de plus en plus à de longues parties de poker, alors, chacun use de ses atouts en conséquence. Les critiques vissées au millimètre, dont fait l’objet El Gahs, ne sont qu’une manière pour la garde rapprochée d’El Yazghi de lui montrer qu’elle veille sur ses intérêts. Et elle n’est pas la seule ! Le courant des syndicalistes, animé par Taïeb Mounchid, secrétaire général de la Fédération démocratique du travail (FDT), n’est pas en reste.
Ayant obtenu de la commission préparatoire du VIIe congrès la levée de la disposition qui interdisait aux membres du secrétariat général de la FDT de siéger au bureau politique du parti, il vise à négocier l’entrée de trois ou quatre autres membres dirigeants du syndicat dans le prochain bureau politique. Dans cette quête, Taïeb Mounchid ne comptera pas seulement sur les troupes du syndicat, mais aussi sur un réseau tissé patiemment dans les provinces. Ainsi, les secrétaires provinciaux de Fès, Chefchaouen et Kénitra ont noué une alliance objective avec la FDT afin de sauvegarder leur représentation lors du congrès.
Un autre courant s’est également manifesté ces derniers jours, celui du clan des ministres (Fathallah Oualalou, Mohamed Achaari, Habib El Malki, Nouzha Chekrouni) dont le chef de file n’est autre que Abdelouahed Radi, président de la Chambre des représentants et premier secrétaire adjoint du parti.

Toutes les manœuvres tourneront autour des places à pouvoir
Présent lors du dernier comité central de la Chabiba, celui-ci prenait systématiquement la parole après M. El Yazghi pour répondre aux questions posées au bureau politique. Selon un membre du comité central présent à cette réunion, c’est une première dans les sessions du comité central puisque, du temps de Abderrahim Bouabid et de Abderrahmane Youssoufi, seul le premier secrétaire prenait la parole au nom du bureau politique. Comment alors expliquer l’attitude de Abdelwahed Radi sinon comme une volonté de ne pas laisser El Yazghi comme seul interlocuteur des jeunes !
Si le nom de Mohamed El Yazghi comme prochain premier secrétaire ne souffre aucune contestation, par contre, toutes les écuries essaient de placer leurs poulains dans la course au bureau politique. Comme le prochain congrès ne comporte aucun enjeu de nature idéologique, toutes les manœuvres tourneront autour des places à pourvoir. Et pour cela, il semble que tous les coups soient permis. Pour l’instant, El Yazghi laisse faire ses lieutenants sans réagir, au risque de voir son autorité s’effriter face aux forces qui rivalisent, se contredisent et coopèrent parfois. Les jours qui nous séparent du congrès promettent d’être chauds.

El Gahs est pris à partie, Radi donne de la voix, Lachgar est soupçonné de manœuvrer dans l’ombre et El Yazghi laisse faire sans réagir…