Un remaniement ? Pour quoi faire ?

Les partis sont formels : il n’y a pas de tractations en cours.
L’approche des législatives rend peu plausible l’hypothèse
d’un rééquilibrage politique au sein du gouvernement.
L’avènement de l’INDH est-il une raison suffisante ? Des
avis partagés.

Aura-t-il lieu ou pas? Un peu plus d’un an après le dernier remaniement ministériel, les bruits courent à nouveau sur une recomposition de l’équipe Jettou et même sur un changement de gouvernement. Depuis la mi-juillet, la presse a échafaudé moult scénarios, dont le point commun est celui d’un changement à la rentrée. L’avènement, à la mi-mai de l’INDH, la nomination, fin juin, des nouveaux walis, avec la désignation de Mohamed Ibrahimi, chef de cabinet du premier ministre, à Oujda, les rumeurs sur la disgrâce du premier ministre et enfin la publication de divers articles, dont celui du quotidien Al Ahdath Al Maghribya, évoquant la formation d’un gouvernement d’union nationale, ont entretenu le suspense.
Certes, tout changement dans l’équipe gouvernementale relève du pouvoir régalien du souverain. Mais même les tractations qui précèdent un tel événement n’existent pas. Auprès des partis politiques on est formel : pas de discussions pour le moment, personne n’a été approché, mais l’on ne sait jamais.
Remaniement, changement de gouvernement ou rien du tout ? La réponse à la question est aussi aléatoire que celle concernant la dévaluation du dirham. Mais la question essentielle est autre : un remaniement, pour quoi faire ?, quelle en serait l’ampleur ?, quels en seraient les objectifs ?

Le PJD au gouvernement ? De part et d’autre, on n’y croit pas
Un observateur rompu aux arcanes de la vie politique estime qu’il faut une raison valable pour qu’un remaniement intervienne. «Un changement de gouvernement ne se justifie que par rapport à un point d’inflexion.» Ce point d’inflexion existe-t-il aujourd’hui ? De fait, trois raisons essentielles peuvent justifier un remaniement ou un changement de gouvernement : politique, technique ou temporelle. La première supposerait un changement majeur au niveau de l’échiquier des partis. Ce n’est pas le cas, comme ce n’est pas l’émergence de l’union de la Mouvance populaire qui y changera quelque chose. On le sait depuis septembre 2002: sur le plan de la représentativité législative, la Mouvance populaire est la première force politique du pays. Mohand Laenser, leader du Mouvement populaire, ne voit d’ailleurs pas la nécessité d’un changement qui serait, à ses yeux, «absurde, alors que l’on est à deux ans des élections législatives».
Un avis partagé aussi bien par Saâdedine El Othmani, secrétaire général du PJD, qui trouve «inopportun un changement politique alors que le Code électoral n’a même pas été revu», que par Ismaïl Alaoui, chef du PPS, pour qui «la majorité gouvernementale n’a pas connu de changement». «Mieux, ajoute Abdellah Bekkali, membre du comité exécutif de l’Istiqlal, c’est le gouvernement actuel qui doit préparer les échéances de 2007».
Quid alors de l’idée d’un gouvernement d’union nationale ? Cela supposerait l’entrée de l’opposition dans le gouvernement et bien entendu celle du PJD. La stratégie qui sous-tend une telle hypothèse serait que l’on veuille «mouiller» ce parti, le dépouiller de sa virginité gouvernementale en vue de ternir son aura en 2007. Mais le PJD fera-t-il bon ménage avec les partis actuellement aux commandes ? Rien n’est moins sûr, il a affirmé maintes fois son désaccord avec le programme gouvernemental actuel, ce qui exclut une participation à l’équipe jettou et, même dans l’hypothèse d’un changement de premier ministre, M. El Othmani ne voit pas l’utilité d’un gouvernement d’union nationale.
Les autres responsables politiques ne sont pas moins sceptiques. M. Laenser n’a rien contre le principe de cette cohabitation mais il estime que «l’arrivée du PJD brouillerait davantage les cartes en 2007», alors que M. Bekkali oppose un refus fort logique en déclarant «inadmissible le fait de faire participer le PJD à un gouvernement qui sera comptable devant la nation en 2007». Quand à Ismaïl Alaoui, il va plus loin en exprimant un refus de principe. «Le jour où le PJD mettra fin à son double langage, il sera possible de travailler avec eux», affirme-t-il. La messe est dite.
Exit donc la probabilité d’un remaniement politique. Le remaniement technique serait-il envisageable ? Les options sont plus nuancées. Côté PJD on trouve «compréhensible» un tel scénario. M. Laenser, lui, pose la question autrement, estimant qu’un éventuel changement de ce type devrait être «axé sur l’amélioration de l’efficacité gouvernementale et le rééquilibre de certains département». «or, ajoute-t-il, le problème de déséquilibre ne s’est pas posé». Ismaïl Alaoui a une réponse de normand, faisant remarquer «que le gouvernement doit apparaître davantage sur la scène nationale». Est-ce à dire qu’il faut que d’autres ministres prennent la relève ? Enfin, Abdelali Benamour, fondateur de l’association Alternatives, tout comme Larabi Jaïdi (voir avis en page suivante), militent pour un changement en profondeur, mais pas avant 2007. Le premier évalue la pertinence du changement à l’aune du retard que pourraient prendre les chantiers déjà programmés, quand le second pense que ce serait un coup d’épée dans l’eau en ironisant sur le fait que «de nouveaux ministres n’inventeront pas la poudre». Bref, le remaniement technique lui aussi ne semble pas plausible.
Reste le remaniement pour raison temporelle. En clair, il se justifierait par un changement de priorité pour le gouvernement. L’INDH constitue-t-elle dans ce cas une raison suffisante ? Ahmed Jazouli, politologue (voir page suivante), pense que oui, en se demandant si l’équipe actuelle a la capacité de mette en œuvre ce projet stratégique qui nécessite une efficacité au plus haut niveau. Les autres estiment, eux, que la situation peut être gérée par le gouvernement Jettou.
En conclusion , peu d’éléments militent pour un changement. Le Souverain en décidera