Un parti que l’on ne connaît pas est un parti pour lequel on ne vote pas

Questions à  Jean-françois mEyer Directeur général, Maroc Ipsos

La Vie éco : Les conclusions de ce sondage donneront forcément lieu à contestation. Qu’est-ce que vous pouvez dire sur sa valeur scientifique?

J-F. M. : Un sondage qui n’est pas contesté est un sondage qui n’apporte aucune information. Un sondage est toujours contestable parce que ce n’est pas l’expression d’un vote populaire. Ce que je peux garantir c’est que la réalisation de celui-ci a été conduite dans toutes les règles de l’art, en parfaite conformité avec les directives déontologiques et avec les normes qui s’appliquent au Maroc et dans les 65 autres pays où nous sommes implantées.

Quelle lecture faites-vous des résultats ?

Ils semblent clairement traduire au mieux une profonde méconnaissance de la vie politique marocaine, au pire un grand désintérêt pour cette dernière. Quelque part c’est un signal d’alarme fort: 33 partis existent officiellement au Maroc et même en assisté (c’est-à-dire une fois le parti cité par l’enquêteur) seuls 7 sont connus d’une majorité des interviewés et 15 n’obtiennent même pas 15% de notoriété totale ! Or un parti que l’on ne connaît pas est par définition un parti pour lequel on ne vote pas! Plus grave, dans le meilleur des cas, pour le parti le plus connu, c’est moins du tiers des interviewés qui est capable de citer un nom d’homme politique appartenant à ce parti! Un seul nom !
Ce constat n’est-il pas la résultante directe de «l’infidélité» des hommes politiques à l’égard des partis ? Et si les hommes des partis ne sont pas connus, qui porte, dans ce cas, les valeurs et les programmes défendus par ces derniers ? Et donc qui les connaît ?

Est-ce normal que les jeunes s’intéressent si peu à la politique ?

Rien dans cette étude ne permets d’avancer que les jeunes se désintéressent de la politique, ce que dit cette étude c’est qu’ils ne sont pas en phase avec la vie politique telle qu’elle se pratique aujourd’hui. Et on peut même se demander si ce n’est pas la «politique politicienne» et les politiciens qui se désintéressent  de la jeunesse.

Est-ce un phénomène spécifique à la société marocaine?

C’est un phénomène global. Dans le monde entier la jeunesse se sent en décalage avec la politique traditionnelle. Elle se sent de moins en moins représentée, et donc les jeunes votent de moins en moins s’inscrivent de moins en moins sur les listes électorales. C’est même un véritable cercle vicieux puisqu’ils ne voient pas pourquoi un homme politique qui veut se faire élire s’intéresserait à eux ? Et puisque l’on ne s’intéresse pas eux pourquoi voteraient-ils ?… Et pourtant, les jeunes sont encore nombreux, ici comme ailleurs, à vouloir s’impliquer dans la «chose publique».

Doit-on s’inquiéter de ce désintérêt, sachant que les jeunes représentent près de la moitié de la population marocaine?

Une société qui se coupe de sa jeunesse est de toute façon une société malade. Mais rien dans ce sondage ne permet d’affirmer qu’un gouffre infranchissable s’est créé entre les générations au Maroc. Mais si le classique fossé entre les générations apparaît un jour aux jeunes tellement large qu’ils finissent par perdre espoir de le franchir un jour, alors là oui, le Maroc sera en grand danger… Donner (redonner?) espoir à sa jeunesse c’est sans doute le grand défi qui attend demain la société marocaine. Ce que notre sondage indique c’est qu’aujourd’hui hommes et partis politiques ne sont peut-être pas les mieux placés pour y parvenir.

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