UC, PND, de quoi demain sera-t-il fait ?

Près de trois ans après les législatives du 27 septembre,
ils sont toujours au creux de la vague.
Mal préparés à l’expérience de l’opposition,
leurs députés se contentent de faire de la figuration.
Les élections de 2007 sont pour eux une échéance fatidique.

Près de trois ans après les élections législatives de septembre 2002, les états-majors de l’UC et du PND n’en finissent pas de filer du mauvais coton. Le dernier scrutin leur a porté un coup fatal. Les listes présentées par les deux formations se sont fait laminer un peu partout au Maroc. L’UC est le plus chanceux des deux partis. Il arrive à placer 18 députés quand le PND n’en obtient que 12. Pas de quoi pavoiser, dans tous les cas.

L’entrée au purgatoire avait commencé en 1997 déjà
D’ailleurs, depuis les élections de 1997, l’UC et le PND, qui ont connu des temps meilleurs, sont sur une pente glissante et la tendance ne semble pas s’améliorer. Habitués à renflouer leurs effectifs en ayant recours aux pérégrinations des députés élus sous d’autres étiquettes politiques, ils constateront que ces temps sont révolus. Les députés transhumants les boudent, préférant des cieux plus cléments. Les staffs dirigeants sont tétanisés… Ils ne comprennent plus rien aux nouvelles mœurs politiques du pays. «On a plus ou moins été créé dans un but précis : servir la monarchie contre la gauche et appliquer un programme libéral. Notre existence avait un sens. Aujourd’hui, nous nous posons la question de savoir si nous servons à quelque chose ?», explique, avec beaucoup de lucidité et de désarroi, Mohamed M’hamdi Alaoui, membre du bureau politique de l’UC et ancien ministre. Abdallah Kadiri, secrétaire général du PND, ne semble pas de cet avis : «On ne nous a jamais donné de rôle. Nous ne sommes pas un parti de l’administration. Nous sommes sortis librement du RNI».
Il est vrai que, créés au sein du pouvoir et nourris par lui, ces deux partis ont côtoyé pendant les années quatre-vingt les sommets de la « popularité électorale ». En 1983, sous l’égide d’Arsalane El Jadidi, le PND fait scission avec le RNI, emmenant 68 députés dans son sillage. Lors des élections de 1984, même si le nombre de ses élus diminue, il arrive à en garder tout de même 25. L’UC, quant à lui, cartonne. Annoncé comme un parti moderne et libéral, il triomphe avec 83 députés. «Je n’ai jamais cru à ce chiffre. Les partis politiques étaient soumis à l’autorité du ministère de l’Intérieur», avoue Mohamed M’hamdi Alaoui. N’empêche, pour ceux qui ont poussé à la création de ces deux partis, le but était atteint. Les «forces auxiliaires du Makhzen» étaient prêtes à circonscrire «démocratiquement» le péril de l’opposition de gauche. Le gouvernement issu de cette carte politique appliquera à la lettre le programme d’ajustement structurel «conçu par la Banque mondiale», croit utile de préciser M’hamdi Alaoui.

«Nous n’avons jamais pu appliquer notre programme»
Tout le monde s’attendait à ce que le gagnant des élections soit nommé premier ministre. Maâti Bouabid, président de l’UC, premier parti en nombre de députés, se voit proposer la présidence de la Chambre des représentants en lieu et place de la primature «au mépris de la pratique démocratique», souligne Abdelaziz Messioui, ex-dirigeant du parti. Proposition que Maâti Bouabid s’empressa de refuser, «ce qui lui a valu par la suite de ne jamais être appelé à d’autres fonctions par le souverain», se rappelle Abdelaziz Messioui. Ce n’était pas là un précédent ! «Déjà, lors des élections de 1977, les élus indépendants réunis sous la banderole du RNI et comptabilisant 120 députés voient leur chef, Ahmed Osman, écarté de la primature», fait remarquer, non sans ironie, Abdelaziz Messioui. Autres temps, autres mœurs et, surtout, autres circonstances, Abderrahmane Youssoufi, premier ministre sortant dont le parti, l’USFP, est arrivé en tête aux dernières élections législatives, connaît le même sort… Il se fait coiffer au poteau par un chef de gouvernement « technocrate ». L’histoire politique du Maroc semble être un éternel et étonnant recommencement.
Mais pourquoi ces deux partis connaissent-ils aujourd’hui une telle désaffection? «Il est vrai que nous avions eu beaucoup de députés auparavant, mais il faut aussi dire que nous n’avons jamais pu gouverner ni appliquer nos programmes», confie, non sans amertume, un ancien ministre UC. «Depuis la création du parti, jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons eu que 15 ministres», comptabilise M. Messioui. Certaines personnalités, qui sont actuellement au sommet de l’Etat, ont également porté les couleurs de l’UC.
Le PND n’a eu, en tout et pour tout, que sept ministres (Khali Henna Ould Rachid, Moussa Saâdi, Abdelkader Benslimane, Abdallah Kadiri, Ahmed Alami, Lamine Benomar et Lahcen Gaboune)…
Peut-on alors en conclure que l’UC et le PND sont sanctionnés par les électeurs en raison de leur gestion quand ils étaient au gouvernement ? Rien n’est moins sûr. «Ce sont nos programmes que le gouvernement actuel applique. Nous défendons les mêmes idées que la majorité. Si on n’en fait pas partie, c’est parce que le chef du gouvernement ne voulait pas de nous», fulmine M’hamdi Alaoui. Pour les deux partis, être dans l’opposition n’est apparemment pas un choix délibéré. « Nous sommes un parti de centre droit libéral qui milite pour l’ouverture et le progrès », martèle Abdallah Kadiri. Un slogan que la majorité des partis politiques marocains arborent. Où est donc le problème ? «Nous n’avons jamais été préparés à être des opposants. Nous n’avons ni les militants ni les députés ni la presse pour le faire. L’opposition est une culture, nous n’en avons pas les moyens», confesse, avec un brin de fatalisme, M’hamdi Alaoui.

En trois ans, le groupe PND/UC a fait seulement huit propositions de lois !
Il faut dire aussi que les appareils de ces partis sont en panne. Ils avaient l’habitude de travailler dans l’ombre de l’administration. Une fois en dehors des affaires, la désillusion est totale. De 1997 à 2002, le groupe PND à la première Chambre n’a présenté que six propositions de lois alors que son groupe à la deuxième Chambre s’est contenté de 3 propositions de lois. De 2002 à 2005, le groupe PND/UC en a présenté 8. Plutôt médiocre.
Une toute autre ambiance règne au sein d’un autre parti qualifié d’administratif. Même s’il a vu son audience diminuée, le RNI est toujours aux affaires. Il compte actuellement 44 députés à la première Chambre et 48 conseillers à la deuxième Chambre. Un effectif qui permet au parti d’Ahmed Osman d’être incontournable.
«Nous ne sommes pas un parti de l’administration. D’ailleurs, en 1993, nous avons été fortement combattus par le ministère de l’Intérieur. A l’origine, nous étions des élus communaux et puis nous nous sommes présentés en tant qu’indépendants aux élections législatives. Nous représentons le centre et c’est pour cela que nous nous sentons proches de la Koutla et notamment de l’USFP», précise Maâti Ben keddour, membre du bureau politique du RNI. Il est clair que les troupes du RNI sont loin de partager le sort de celles de l’UC et du PND. Les dirigeants de ces deux formations politiques se sentent injustement délaissés et sont avides de revanche : «Nous sommes le parti qui bouge le plus. Nous avons tenu 16 congrès régionaux».
Nous sommes les seuls à avoir une vision claire et chiffrée de la situation de notre pays. Si l’argent sale ne circule pas massivement, nous comptons nous classer à la deuxième ou à la troisième place en 2007», assène, avec beaucoup de conviction, Abdallah Kadiri. Ambitions légitimes mais difficiles à réaliser au vu de l’état des forces en présence.
D’ailleurs, avant d’arriver aux échéances de 2007, ces partis doivent saisir quelques réalités. D’après Abdelaziz Messioui, avant d’entamer tout chantier de reconstruction, il faudrait, au sein de l’UC, qu’on se rende compte que «la manière de gouverner a changé, que le temps des zaïms dans les partis est désormais révolu, que l’image du parti a souffert, que ce dernier n’a pas pu s’enraciner dans la société civile, qu’il manque de culture de l’engagement partisan, qu’il y a eu carence au niveau de la formation des élus et que la presse du parti a été un fiasco». Un véritable réquisitoire dressé par un homme qui a été au chevet du parti depuis sa création.
Vu sous cet angle, la besogne semble ardue. Les deux partis n’ont pas le choix : «Ou bien nous nous préparons correctement pour les échéances à venir, ou bien nous disparaîtrons. Il n’y a pas de troisième voie possible», claironne M’hamdi Alaoui. «Les partis de l’administration ont cessé d’exister depuis le 27 septembre 2002. Nous sommes des partis comme les autres», répètent, en chœur, les dirigeants des deux partis…A bon entendeur salut.

Mohamed Abied et Abdallah Kadiri, respectivement SG de l’UC et du PND. Dans un désarroi total, leurs deux formations s’interrogent sur le rôle qu’elles pourraient jouer dans l’avenir.