Sahara, pourquoi le Maroc reprend la main

Si à Rabat, Alger et Tindouf on s’estime satisfait de la résolution de l’Onu, les motifs ne sont pas
les mêmes
Le Maroc entame les négociations en position de force,
le Plan Baker II est définitivement abandonné

Pas de concessions
sur le fond de la proposition d’autonomie.

Tombée lundi en début d’après-midi, heure marocaine, la résolution 1 754 du Conseil de sécurité de l’Onu sur la question du Sahara a été largement commentée et diversement appréciée. Côté marocain, on se réjouissait que le Conseil ait non seulement pris note du plan d’autonomie présenté par le Royaume, le 11 avril dernier, mais, de plus, se félicitait «des efforts sérieux et crédibles faits par le Maroc pour aller de l’avant vers un règlement». Du côté du Polisario et de l’Algérie, réaction étonnante à première vue, on affichait la même satisfaction, en constatant que le Conseil de sécurité avait pris note de la proposition présentée par le Polisario le 10 avril et qu’il avait réaffirmé sa «volonté d’aider les parties à parvenir à une solution (…) qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental».

Une résolution initialement encore plus favorable
Pour un conflit qui dure depuis plus de 30 ans, et dont l’issue était bloquée, cet optimisme de part et d’autre paraît bien étrange. Il faut aller au-delà de la signification première des déclarations pour en saisir le sens et la portée. Prenons, par exemple, la réaction du Front Polisario qui présente comme point positif la mention faite à l’autodétermination. Le mouvement oublie de mentionner que toutes les résolutions de l’Onu sur le Sahara contiennent cette phrase. Mais que vaut-elle aujourd’hui, à l’heure où c’est ce même Polisario, oublieux de son insistance, depuis 2004, à revenir au Plan Baker II (devant aboutir à un référendum en fin de parcours), qui se dit aujourd’hui prêt à «entamer immédiatement des négociations directes» avec le Maroc, alors qu’il en refusait même le principe ? Que vaut-elle dans le contexte de la «solution politique négociée», seule issue préconisée par l’Onu, qui sait pertinemment que le Maroc refuse toute allusion à l’indépendance? Que vaut-elle encore à l’analyse de la récente déclaration de Peter Van Walsum, envoyé personnel du secrétaire général de l’Onu pour le Sahara, qui affirme que l’autodétermination n’est pas nécessairement synonyme d’indépendance ? L’on pourrait croire à la partialité de ce dernier, mais, à y regarder de plus près, il s’agit seulement d’une démarche cohérente : lorsque l’on appelle à la négociation, le résultat peut en effet être soit l’intégration soit l’indépendance.

Côté marocain, depuis longtemps, la position officielle est de se conformer aux principes de l’Onu, dont l’autodétermination, selon une conception différente de celle du Polisario, fait partie. A Rabat, donc, on considère ce point comme secondaire et on braque les projecteurs sur l’importance – quelques mots de plus, mais qui ont leur poids – accordée à la proposition d’autonomie, sur la position du Congress américain ainsi que sur les déclarations exprimant un intérêt pour le plan du Maroc, de la part d’officiels anglais, français ou américains.

Qui sort alors favorisé de ce duel diplomatico-onusien ? Assurément le Maroc. Primo, il obtient l’abandon du Plan Baker II qui le mettait en fâcheuse posture. Secundo, ayant proposé une réelle plateforme de discussion, il peut se prévaloir de ces éléments pour entamer les négociations, quitte à faire des petites concessions, autres que celles portant sur le triptyque sacré «monnaie, drapeau et timbre». Tertio, il bénéficie du ras-le-bol général des membres permanents du Conseil de sécurité, qui, soucieux de la montée d’autres menaces dans la région (terrorisme, islamisme, brigandage…) veulent tourner la page Sahara. Et enfin, quarto, il part avec un a priori favorable du Conseil de sécurité. Les observateurs avisés auront remarqué que la résolution de l’Onu qui, initialement, devait être soumise au vote, vendredi 27 avril, aura pris quelques jours de plus. En fait, la mouture finalisée par le «Groupe des amis du secrétaire général pour le Sahara» a été jugée trop favorable au Maroc, notamment par l’Afrique du Sud, membre non permanent du Conseil. Il aura fallu d’âpres tractations – et certainement des pressions algériennes – pour que l’on ne garde dans le texte voté que les «efforts sérieux et crédibles faits par le Maroc pour aller de l’avant vers un règlement» et que l’on fasse mention de la proposition du Polisario, qui n’en est pas une, dans les faits. Il n’empêche – signe évident de malaise – que, même allégée, la résolution finale aura fait grincer des dents. Selon un communiqué du Centre des nouvelles de l’Onu, Dumisani Kumalo, le représentant de l’Afrique du Sud, commentant le texte en séance avant le vote, a déploré que le Conseil se réfère, dans le préambule, aux «efforts sérieux et crédibles faits par le Maroc pour aller de l’avant», arguant que le mot «crédible» appliqué à la seule proposition marocaine, ne saurait impliquer que la proposition du Polisario le soit moins, ou encore regrettant l’usage de l’expression «pour aller de l’avant».

Des négociations supervisées directement par Ban Ki-Moon
Résultat, si le Polisario affiche sa satisfaction, c’est plus une réaction de façade face à ce qui est bel et bien un revers. A Rabat, on doit certainement boire du petit lait mais l’on se garde bien de jubiler haut et fort, quoique les sourires affichés par les ministres concernés, lors d’un point de presse tenu mardi 1er mai à Rabat, en disaient long sur l’importance de la bataille remportée.

Et la suite ? Elle sera longue et ardue. Conformément à la résolution de l’Onu, les parties devraient entrer dans un cycle de négociations, sous l’égide du tandem Ban Ki-Moon, secrétaire général de l’organisation, et Peter Van Valsum, son envoyé spécial, mais, pour l’heure, on ne connaît pas encore le timing des rencontres, et on ne sait pas si l’Algérie, qui oscille selon la conjoncture entre le statut de partie prenante et celui de pays «défenseur des droits du peuple saharoui», sera partie prenante dans les discussions. En revanche, M. Ki-Moon devant rendre un rapport d’ici le 30 juin, il est certain que des éléments concrets apparaîtront d’ici là. Dernière précision, et de taille : si le Maroc accepte d’entamer des négociations sans conditions, à Rabat, on fait bien comprendre d’une part qu’elles ne se feront que dans le cadre de la souveraineté du Maroc sur le Sahara et, d’autre part, qu’on entend aborder les détails et non la trame du projet d’autonomie. Une position de fermeté qui en dit long sur le degré de confiance affiché par le Royaume.