Sahara, les premières pistes proposées par les partis

Parlement régional, partage des ressources, les partis présentent les premiers détails de leurs plans pour le Sahara.
Certains sont allés dans le détail, d’autres n’ont
pas changé leur discours d’un iota.
Le développement économique devient une priorité.

«Nous avons décidé de consulter les partis politiques, eu égard à leur rôle fondamental dans les grandes questions nationales, pour voir comment ils conçoivent concrètement l’exercice de l’autonomie dans le cadre de la souveraineté du Royaume, et ce, en vue d’affiner la proposition que le Maroc compte présenter à ce sujet». Deux mois après le discours royal à l’occasion du trentième anniversaire de la Marche Verte, nos partis sont-ils prêts à livrer leur copie ?
Certains le sont, mais ils ne vous la montreront pas, explique en substance Ismail Alaoui, secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme. «Sa Majesté avait décidé de demander l’avis des partis, et donc il va les réunir. La primeur de notre réflexion ne doit pas être donnée au public mais à Sa Majesté», dit-il. Pourtant, le PPS semble bien seul dans cette situation puisque la majorité des partis interrogés ne se disent pas prêts, réclamant encore quelques semaines pour peaufiner les détails, d’autres encore se sont contentés de camper sur leurs positions traditionnelles ou de déclarer qu’ils se conformeraient aux initiatives royales…
Au-delà de cela, la plupart des partis se montrent bien avares d’informations. On apprend néanmoins que si le PPS a choisi d’axer sa position sur la régionalisation, le PJD est en faveur d’un dialogue avec les populations locales. «Nous avons consacré toute la dernière session du comité central à la question de la régionalisation», annonce pour sa part Mohamed Larbi Messari, membre du comité exécutif du parti de Abbas El Fassi, et d’ajouter que son parti vise à la fois «l’intégrité nationale et des prérogatives très élargies pour la région concernée». A l’opposé, le RNI, lui, préfère parler de déconcentration plutôt que de décentralisation. Enfin, côté USFP, si les membres de la commission désignée pour plancher sur le sujet lors du conseil national organisé en novembre dernier restent muets comme des carpes, ils consentent tout de même à révéler qu’ils ont fondé leur travail sur «plusieurs scénarios», ainsi que les expériences étrangères, notamment française, italienne ou espagnole.
Au final, les plus communicatifs resteront les membres du PJD, qui se targuent de chercher à élaborer un plan applicable sur le champ. Il s’en est d’ailleurs fallu de peu pour que les grandes lignes de leurs propositions, en chantier depuis des mois, ne soient publiées au lendemain du conseil national du PJD, tenu à Bouznika du 31 décembre au premier janvier dernier.
Une région trop vaste

si l’on tient compte des affinités culturelles
Que laissent entendre les premiers indices livrés par les partis politiques ? Presque tous s’accordent à dire qu’il faudrait une autonomie poussée pour la région du Sahara, sans mettre en cause les attributs de l’Etat pour autant. Comment traduire cela au niveau géographique ? Pour le PJD et le PPS, il est nécessaire de regrouper les populations concernées selon leurs affinités culturelles, fusionnant ainsi les régions contestées et les autres. «Il est certain que cette spécificité ne concerne pas seulement les populations qui se trouvent dans les limites de l’ex-Sahara espagnol. C’est une spécificité qui déborde très largement vers le nord, vers l’est et vers le sud. En ce qui concerne l’est et le sud, ce n’est pas notre affaire mais celle de deux Etats souverains [Algérie et Mauritanie]. En ce qui concerne le nôtre, nous avons au nord de cette frontière fictive la présence d’une population qui participe à cette culture marquée par le cadre, le genre de vie, marquée aussi par le partage du dialecte hassani, et d’autres spécificités», explique Ismaïl Alaoui. Cependant, une telle répartition géographique pose problème puisqu’elle risque d’entraîner un déséquilibre entre une énorme région du sud, peu peuplée et une myriade de petites régions au nord, aux populations plus importantes. Lahcen Daoudi propose une solution : rien n’empêcherait par exemple cette zone saharienne d’être subdivisée en sous-régions.
Une région représentant près de la moitié du territoire national ? Comment gérer alors un géant pareil ? Abdelaziz Alaoui Hafidi, membre du bureau politique du RNI, indique justement que son parti est en train de se pencher sur l’impact d’une autonomie poussée pour une région du Maroc par rapport aux autres.

De son côté, Lahcen Daoudi poursuit dans le sens inverse, son parti ayant choisi de se concentrer sur les populations sahraouies. «Concernant le Parlement, il devrait y avoir une période de transition de 15 à 20 ans où il sera basé sur les tribus locales (60%) de manière à ce que les populations originaires de la région soient majoritaires au Parlement. En effet, si les habitants originaires du nord du Maroc [considérées comme majoritaires dans la région] dominent le Parlement, alors les autres vont considérer que la situation n’a pas changé», prévient-il.
Passé le casse-tête politique, le problème économique semble plus facile à gérer, alors que sur place l’on se plaint que l’un des principaux manques de la politique nationale au Sahara est que la dimension économique du problème a été trop souvent écartée au profit du problème politique. Qui dit régionalisation dit traitement particulier des richesses locales : le fait que la région bénéficie de ses ressources n’excluant pas un minimum de solidarité avec le reste du pays, prévient Mohamed Laouni du PSU. Cette situation, bien entendu, ne dispense pas l’Etat de se charger des infrastructures locales.

Côté PJD à nouveau, on discute l’octroi de jusqu’à 90% des ressources minières à la région, sauf en cas de découverte de pétrole ou de gaz, auquel cas il faudra qu’une part essentielle aille au pays entier, par exemple 70% pour l’Etat contre 30% seulement pour la région (sachant que le code des hydrocarbures prévoit que la moitié, déjà, des ressources aille à la société extractrice). Le parti de Saâdeddine El Othmani ne donne pas de détails par contre concernant les ressources halieutiques, même si la logique voudrait qu’elles soient traitées comme cela a été fait jusqu’à présent à travers l’octroi de licences.
Un Parlement local oui, mais une justice centralisée, toujours

Côté sécurité, même si le Sud du Maroc ne fait pas exception, la mort, récemment, de Hamdi Lembarki à Laâyoune et de Lekhlifa Abba Cheikh Ould Embarek Ould Ali à Tantan entre les mains des GUS ont renforcé la demande de mise en place d’une police régionale, quitte à ce que cette dernière travaille en coordination avec une police nationale.
Inversement cependant, la justice est considérée par beaucoup de partis comme un attribut de l’Etat. «Les jugements sont rendus au nom de Sa Majesté», explique Abdelaziz Alaoui Hafidi, qui n’exclut quand même pas une déconcentration de ce genre d’attributs. Certains, à l’instar de Brahim Daïf, secrétaire régional du PJD à Sakia Hamra-Oued Dahab, considèrent cependant que les juges devraient se voir accorder une marge de manœuvre de manière à rester proches des coutumes locales. Il donne pour exemple le nouveau Code de la famille qui, malgré les grandes améliorations qu’il a apportées à l’échelle nationale, a réduit les droits des femmes dans la région qui jusque-là avaient bénéficié d’une tradition locale plus favorable que dans le reste du pays.
En conclusion, on est encore loin de plateformes de propositions complètes, mais il est intéressant de noter que les partis sont allés dans les détails. Si certains partis continuent de traîner la patte, d’autres sont parvenus à présenter des suggestions qui laissent entendre que leurs rapports finaux seront précieux. Le Maroc se trouverait donc, dans quelques mois, bien placé pour lancer une expérience d’autonomie respectant l’intégralité territoriale marocaine. Une question subsiste : le Maroc devra-t-il la lancer de manière unilatérale ? Oui, explique Lahcen Daoudi, puisque le Maroc abrite la majorité de la population sahraouie. Non, prévient, Mohamed Ameskane, membre du bureau politique du Mouvement populaire, qui se déclare en faveur de la solution politique négociée, qui bénéficie de l’aval international. Cette fois-ci, explique-t-il, la solution proposée par le Maroc sera «à prendre ou à laisser»

A Laâyoune, on reproche aux responsables d’avoir toujours privilégié le politique par rapport à l’économique, qui est pourtant à l’origine de nombreux problèmes.