Sahara : les détails du dernier rapport de Ban Ki Moon

Dix manifestations séparatistes enregistrées au niveau du mur de sécurité depuis avril 2008.

Ban Ki Moon appelle à  prolonger le mandat de la Minurso jusqu’en avril 2010.
Christopher Ross propose des réunions informelles pour préparer Manhasset V.

A deux semaines du retour de l’affaire du Sahara devant le Conseil de sécurité, le Secrétaire général de l’ONU vient de publier un nouveau rapport sur la situation dans la région. Sans surprise, le document, daté du 13 avril 2009, appelle à une prolongation du mandat de la Minurso jusqu’en avril 2010. Il recommande également au Conseil de sécurité d’appeler les parties à négocier de bonne foi et sans conditions, en faisant preuve d’une volonté politique de participer à des discussions substantielles et d’assurer le succès des négociations. Peu de temps auparavant, le nouvel envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU au Sahara, Christopher Ross, proposait aux parties, à la suite d’une série de consultations avec les autorités marocaines, les représentants du Front Polisario, les autorités algériennes, mauritaniennes, françaises, espagnoles, et américaines, de tenir «une ou plusieurs petites réunions préparatoires informelles» en vue de faciliter le prochain cycle des négociations. Le Maroc et le Front Polisario se sont déclarés favorables à cette approche. Le diplomate américain, spécialisé dans les affaires du monde arabe, devrait ainsi travailler avec les parties et les pays voisins (Algérie et Mauritanie) sur la base de la résolution 1813, récemment adoptée par le Conseil de sécurité, et des résolutions antérieures.
Pour rappel, c’est en avril 2007 que le Maroc avait proposé un plan de large autonomie sous sa souveraineté tandis que le Front Polisario continuait à réclamer l’organisation d’un référendum d’autodétermination, sous l’égide de l’ONU. Cette initiative marocaine a poussé in fine le Secrétaire général, dans son rapport de 2007, à demander aux parties concernées d’entamer des négociations directes en vue de trouver une solution politique au conflit. Le même mois, le Conseil de sécurité des Nations Unies adoptait une nouvelle résolution engageant les parties à négocier «en vue de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental». Ces négociations directes se sont déroulées sur deux ans à Manhasset, sans avancées réelles quant à l’issue d’un conflit vieux de 34 ans. Quatre rounds de négociations (Manhasset I, II, III et IV) se sont pourtant déjà déroulés entre le Maroc et le Front Polisario en 2007 et 2008, sous les auspices des Nations Unies.

Sur le terrain, le nombre d’incidents à la baisse
Parallèlement aux considérations politico-diplomatiques, le rapport décrit l’évolution de la situation sur le terrain depuis avril 2008. Il constate ainsi que les deux parties ont diminué de manière significative les restrictions à la liberté de mouvement des observateurs de la Minurso et que les violations des deux côtés de l’accord militaire N°1 ont également baissé cette année. Ils attribuent 11 violations à l’armée marocaine (contre 14, l’année précédente) et 7 au Front Polisario (contre 22 l’année d’avant).
Dernier soubresaut en date, en marge des pourparlers de paix en veilleuse, Rabat accusait le Front Polisario d’avoir violé le cessez-le-feu, négocié en 1991, à la suite de la manifestation de 1 400 personnes à Mahbas, située à l’intérieur du mur de défense érigé par le Maroc, face à Tindouf. Des allégations rejetées par l’ONU qui a rappelé, dans son dernier rapport, que «l’accord militaire N°1 ne visait pas les activités civiles et n’interdisait donc pas aux civils de pénétrer dans la zone tampon». Dans le rapport, il est reproché toutefois au Maroc la construction de logements et de bâtiments administratifs dans les secteurs de Mahbas et de Oum Dreyga, sans autorisation préalable de la Minurso. Des convois de l’armée marocaine se seraient également déplacés, sans notification préalable, notamment dans la zone tampon. Enfin, le Front Polisario s’est plaint à deux reprises (décembre 2008 et janvier 2009) à Ban Ki Moon du fait que l’armée marocaine serait en train de renforcer le mur de sable du côté de Mahbas et d’Oum Dreyga.

Des manifestations dans la zone tampon
Après enquête, le rapport de l’ONU déclare que ces plaintes sont sans aucun fondement et épingle en retour les violations de l’accord militaire N°1 par le Front Polisario : des incursions dans la zone tampon, la concentration de forces militaires à Tifariti dans le cadre de la commémoration du 33e anniversaire du Front Polisario, ainsi que l’établissement d’un nouveau poste d’observation dans la zone réglementée, près d’Agwanit, sans aucune autorisation de la Minurso. Outre les violations vérifiées par les observateurs onusiens, une série de plaintes ont été formulées tantôt par la partie marocaine, tantôt par la partie séparatiste, sans être confirmées par la Minurso. Ainsi, durant l’année écoulée, les Forces armées royales ont déposé huit plaintes relatives à la présence de soldats et de véhicules du Front Polisario dans la zone tampon. Après investigation, la Minurso en confirme une seule : la présence de militaires séparatistes, le 24 septembre 2008, dans la zone de Mehaires, en violation de l’accord militaire N°1. A son tour, le Front Polisario a soumis quatre plaintes contre l’armée marocaine à la Minurso. Deux concernent le tir d’armes légères et lourdes à proximité du mur de sable, et la troisième a trait à l’entrée de soldats marocains dans la zone tampon. La Minurso n’a pu confirmer aucune de ces plaintes.
Enfin, l’armée marocaine a protesté auprès de la Minurso contre les dix manifestations organisées par le Front Polisario à l’intérieur de la zone tampon, fortement minée (Bir Lahlou et Mehaires). Les FAR les ont décrites comme provocatrices à l’égard des soldats marocains, objet d’insultes et de jets de pierres de la part des manifestants. Ces derniers sont souvent des étudiants et des représentants de la société civile internationale favorables aux thèses du Polisario. Selon le rapport de Ban Ki Moon, la plupart de ces manifestations se déroulent sans incidents. Cependant, lors d’une manifestation de 150 étudiants séparatistes, près de Mehaires, le 20 août 2008, certains manifestants ont jeté des pierres sur les véhicules de la Minurso et sur les soldats marocains en poste, sans pour autant que les forces armées du Polisario présentes sur place ne les rappellent à l’ordre.
Lors de la seconde manifestation à laquelle la Minurso a assisté (seulement deux lui avaient été signalées par le Front Polisario), ses hélicoptères et ses patrouilles terrestres ont constaté la présence de personnel et d’équipement militaire du Front Polisario dans la zone tampon, en violation de l’accord militaire N°1 qui, rappelle le rapport, ne concerne pas les activités civiles et dès lors n’empêche pas des civils de pénétrer dans la zone tampon.