RNI : nouveau président, nouveau rôle à jouer mais toujours incontournable

Le RNI a ravi la vedette à l’Istiqlal et devient un élément incontournable de la formation du gouvernement. Le parti de la Colombe n’a pas d’ennemis politiques, ses ennemis sont la pauvreté, le chômage, la précarité… Il négocie un nouveau tournant, le nouveau credo sera : action, travail, sérieux et ouverture.

Le RNI a un nouveau président, le quatrième depuis sa création en 1978 et le troisième depuis le retrait de son fondateur en 2007. Aziz Akhannouch a été, en effet, élu par le congrès extraordinaire tenu à Bouznika, le 29 octobre, à l’écrasante majorité des suffrages exprimés. La consécration de Aziz Akhannouch n’est pas fortuite. Le nouveau président du RNI, qui n’est pas un novice en la matière, a déjà été élu local, en 2003, dans son village natal Aguerd Oudad, dans la commune de Tafraout. Il a, ensuite, été élu, la même année, président de la Région Souss-Massa-Draâ. C’est pour dire qu’il a eu l’occasion de se frotter aux problèmes de ses électeurs et des citoyens en général du plus bas niveau de responsabilité élective au plus haut degré. En 2007, il devient ministre de l’agriculture et de la pêche maritime et lance presque coup sur coup le Plan Maroc Vert et la stratégie Halieutis. C’est un département, il faut le préciser, que l’on ne peut certainement pas cataloguer comme technique. Bien au contraire, il nécessite action sur le terrain et gestion de proximité. En même temps il est membre actif du RNI, participe aux réunions du bureau politique et aux autres activités du parti. En 2011, il se présente aux élections législatives dans sa région natale, Tiznit, mais il a dû renoncer à son mandat et, en même temps, geler ses activités au RNI, pour pouvoir continuer les chantiers qu’il avait ouverts dans le domaine de l’agriculture et de la pêche maritime. Ceci est un flash-back nécessaire pour expliquer ce retour en force non seulement à la tête du parti mais également aux devants de l’actualité politique. En d’autres termes, il n’a jamais coupé les ponts avec le RNI, et au moment où ce dernier traverse une crise il a naturellement été fait appel à lui. Après réflexion, «je me suis dit qu’il était temps de plonger, de nouveau, dans le monde de la politique et défendre le multipartisme», confiera-t-il le jour de sa consécration. C’est que le RNI dispose de moyens de constituer une alternative, et non une troisième voie, pour que le pays ne soit pas contraint de subir une bipolarité dont les contours commencent déjà à pointer à l’horizon. Ainsi, au moment où les congressistes n’ont pas encore regagné leurs domiciles, une fois leur mission accomplie, leur parti a déjà réussi à renverser la donne. En parlant, bien sûr, du processus de formation de gouvernement. Alors que jusque-là, c’était l’Istiqlal qui donnait le ton des négociations de formation du gouvernement, aujourd’hui c’est sur le RNI, estiment les observateurs de la scène politique, que les yeux sont braqués.

La Koutla et… le Wifak

Le RNI et l’UC, rappelons-le, à peine les résultats des élections annoncés, ont contracté une alliance pour former un groupe parlementaire commun. Ce n’est pas nouveau, les deux partis sont déjà passés par là, en avril 2010, lorsque les deux formations ont créé le groupement parlementaire du «Rassemblement constitutionnel unifié». 

Depuis, la classe politique et le Maroc en général ont vécu un tournant historique avec l’adoption d’une nouvelle Constitution. Aujourd’hui la situation a beaucoup évolué, la présence du président de l’UC avec une délégation du bureau politique au moment de l’annonce de l’élection du nouveau président du RNI est, en soi, un signe que les choses ne vont pas s’arrêter à ce stade. Le nouveau leader du RNI a eu, même, l’occasion de préciser plus tard que cette alliance est appelée à évoluer. «Avec l’UC, nous irons aussi loin que les bases des deux partis le voudront», affirmera Aziz Akhannouch quelques heures plus tard.

En parallèle, le conseil national du Mouvement populaire qui se tenait à Salé est sorti avec une résolution fort éloquente. «(…) Le maintien du MP au gouvernement est tributaire du maintien des mêmes acteurs dans les mêmes conditions. A ce jour, la seule donne qui est connue, c’est la nomination du chef de gouvernement. Le reste des membres de la coalition gouvernementale et le programme demeurent encore flous. Et justement le RNI est l’une des composantes de la coalition gouvernementale sortante et le MP considère ce parti comme un allié stratégique. C’est un fait qu’il faut prendre en considération». Le secrétaire général du MP a profité de l’occasion pour expliquer aux instances dirigeantes de son parti que la participation du MP au gouvernement avec la Koutla et sans le RNI sera préjudiciable au parti. Il perdra beaucoup plus qu’il ne gagnera. En somme, avec cette nouvelle configuration, la carte politique n’est plus aussi polarisée qu’elle l’a été il y a quelques semaines. En plus des deux partis arrivés en tête des élections, émergent deux groupements de partis : d’un côté la Koutla, ou du moins une partie d’elle formée de l’Istiqlal et du PPS, et d’un autre le bloc qui se forme progressivement autour du RNI. Même en étant, désormais, dans une position de force, ce dernier se dit déterminé à ne pas compliquer la tâche au chef de gouvernement désigné. En atteste cette décision du nouveau président de saisir le congrès et le conseil national, séance tenante, pour lui accorder un mandat ouvert pour négocier avec le chef de gouvernement. Ce qu’il a effectivement obtenu à l’unanimité. Ceci devrait économiser le temps d’un aller-retour au conseil national pour valider la décision du président, ce qui fera gagner au moins deux bonnes semaines dans les négociations au chef de gouvernement désigné…

Une majorité confortable

De même, et moins de 24 heures après son élection, Aziz Akhannouch a été reçu, un dimanche, par Benkirane, et les deux hommes sont sortis confiants et optimistes de cette réunion. Benkirane a parlé d’un homme «crédible» et d’action avec qui les négociations seront faciles. En plus d’être crédible et sérieux, et le chef de gouvernement a sûrement l’occasion de s’en assurer pendant les cinq années que les deux hommes ont passé ensemble dans le même Exécutif, le chef de file du RNI, partant de son alliance avec l’UC et de sa qualité d’allié stratégique du MP, pourrait faciliter au chef de gouvernement la formation d’une majorité confortable, avec à la clé 83 sièges, qui soutiendra un gouvernement stable pouvant travailler dans de meilleures conditions. En même temps, il est attendu, indiquent certaines sources, que le nouveau président du RNI, celui de l’UC et le chef de file des Harakis tiennent une réunion de concertation et de coordination dans les quelques jours à venir. En définitive, avec le maintien de la même configuration que celle de la majorité sortante, le chef de gouvernement nommé aura plus de marge de manœuvre, estiment certains analystes politiques, et sera même libéré de l’emprise de l’Istiqlal et ne sera pas forcé de faire des concessions importantes à l’USFP en échange de sa participation au gouvernement.

Le RNI l’aura montré une nouvelle fois. Dans ce parti on ne transforme pas les attaques personnelles, dirigées contre ses leaders, en positions politiques qui engagent tout le parti et hypothèque son avenir. L’intérêt général doit toujours primer sur les considérations personnelles. Et le sérieux finit toujours par l’emporter. Telle est la devise de la nouvelle direction de ce parti. On se rappelle tous qu’en 2007, déjà, et pour départager trois prétendants au poste de président du parti, le RNI a instauré le système de vote secret et direct. Les deux candidats, feu Mustapha Oukacha et Mustapha Mansouri, ont dû recourir à l’arbitrage des urnes, fin mai 2007, pour décider qui des deux allait être à la tête du parti. Mustapha Mansouri a été élu avec un léger écart des voix et le RNI n’a pas manqué, à l’époque, de se féliciter d’avoir été à l’origine d’une première dans le paysage politique marocain. En effet, c’était la première fois que le président (ou secrétaire général) d’un parti est élu directement, au suffrage universel et à bulletins secrets, par le conseil national.

Presqu’une décennie plus tard, Salaheddine Mezouar, élu président le 23 janvier 2010 par le conseil national et confirmé, cette fois par le congrès, fin avril 2012, démissionne à cause des résultats aux élections législatives du 7 octobre. Personne ne l’a encore fait. Et c’est encore une première. Ce 29 octobre, même si objectivement, le candidat rival de Aziz Akhannouch n’avait manifestement aucune chance d’être élu, il s’est accroché à son droit de se présenter comme candidat. Le parti  lui a donné l’occasion de présenter son programme et tenter de convaincre les congressistes pour voter pour lui. Le RNI est sorti encore plus grand de cet arbitrage des urnes. C’est désormais une tradition installée. Et le parti n’en sera que plus fort et plus démocratique. Cela reste, cependant, insuffisant si ce genre d’initiatives ne trouvait pas écho dans la gestion et le quotidien du parti. C’est certainement pour cela que la nouvelle direction a décidé de revoir la gestion et l’organisation de la formation. Aussi, la nouvelle direction s’est-elle fixé pour objectif d’insuffler une nouvelle dynamique au parti, de mobiliser ses compétences et ses cadres, l’ouvrir sur des potentialités et de nouveaux acteurs de la société et surtout se focaliser sur les problèmes et les préoccupations des citoyens. L’essentiel c’est de faire du parti un espace de dialogue et d’échanges, un incubateur pour les compétences qui peuvent, demain, prendre en charge la gestion des affaires du pays. «Ce congrès a été l’occasion pour donner un nouveau départ au parti. Une nouvelle vision dont nous allons débattre au bureau politique. L’accent sera mis sur le citoyen, ses problèmes et ses préoccupations, mais également ses aspirations et ses attentes. Je suis content de ne pas avoir été élu à la veille des élections, ce qui nous donnera cinq années, avant les prochaines législatives, pour travailler et reconstruire un parti dans la sérénité et en concertation  avec l’appui des militantes et militants», affirme le nouveau président. «Nous allons opérer un tournant, nous allons travailler à reconquérir l’offensive politique. Nous nous éloignerons définitivement des méthodes archaïques d’exercer la politique. Notre démarche sera axée sur le terrain, notre action sera régulière et continue, elle favorisera la proximité et l’écoute. Si nous allons au plus près de la population, c’est pour apporter des solutions et des réponses », ajoute-t-il. Concrètement, il y a des axes de progrès sur lesquels la nouvelle direction se propose de travailler notamment sur le plan organisation (femmes, jeunesse, organisations professionnelles…).

De l’action et du sérieux

«Notre objectif est de consolider la base du parti, donner les moyens de travail aux militants et réunir les conditions pour que les décisions du parti soient prises sous le signe de l’action et de l’efficacité», affirme Aziz Akhannouch. Et d’insister : «Nous ne voulons pas d’un parti renfermé sur lui-même, nous voulons un parti ouvert et interactif avec son entourage et la société en général». En un mot comme en cent : l’action et le sérieux. Car «nous n’avons pas besoin d’exploiter la détresse ou les besoins des populations pour animer des débats et de triompher de l’autre pour nourrir notre ego». Un chose est sûre: le RNI se refuse de jouer sur plusieurs cordes, «notre démarche sera droite. Agharass Agharass». Tout est dit. Et tant bien que ses partenaires politiques se montrent mus par les mêmes motivations, le parti ne rechignera pas à mettre à contribution ses cadres et ses compétences pour le service de l’intérêt suprême de la nation. C’est que le RNI, assure son président, «est un réservoir de cadres et dans tous les gouvernements passés, les ministres RNI se sont distingués par la qualité de leur travail et les résultats de leur action dans leurs départements».S’il a su rester incontournable dans le façonnage de la carte politique du pays, c’est parce que le RNI n’a pas d’ennemis politiques. «Ses seuls ennemis sont la pauvreté, la précarité, l’analphabétisme, la marginalisation et le chômage. Autrement dit, les vrais problèmes des citoyens», comme l’a affirmé encore une fois le nouveau président. En d’autres termes, le RNI peut s’allier avec tous les partis politiques, même si jusqu’à présent le seul parti avec qui le niveau d’alliance est très poussé reste l’UC. Les deux partis seront ensemble au gouvernement ou, également ensemble, dans l’opposition.

Classé quatrième formation politique à l’issue des élections de 2016, avec 37 sièges, le RNI forme actuellement avec l’UC la troisième force parlementaire, après le PJD et le PAM. Le groupe parlementaire unifié (RNI-UC) regroupe quelque 67 élus, soit 56 députés et 11 conseillers à la deuxième Chambre. Nous sommes certes loin derrière les 144 députés qui ont formé, en 1978, le noyau de l’actuel RNI, mais le parti n’en reste pas moins un élément clé et faiseur de majorités. Que le RNI a subi deux scissions, la première en 1981, suite à un vote négatif du budget du ministère de la jeunesse, qui l’a amputé d’une partie de ses notables ruraux, partis créer le PND (aujourd’hui disparu de la carte parlementaire), et plus tard, en 2001, avec le départ d’Abderrahmane El Kouhen, actuel SG du Parti de la réforme et du développement PRD, une petite formation qui a subi le même sort. Ces deux scissions restent néanmoins des incidents minimes dans le parcours de ce parti qui a été, depuis sa création, dans presque tous les gouvernements qu’a connus le pays. Dans le gouvernement sortant, il a été appelé à la rescousse, non seulement pour compenser le départ de l’Istiqlal en 2012, mais surtout pour remettre l’économie et les finances du pays sur les rails. Sur le plan parlementaire, le parti se maintient dans le peloton de tête. Et contrairement à certaines formations qui ont subi une dégringolade comme l’USFP ou le PPS, le RNI se maintient. Aujourd’hui, le RNI c’est 37 députés sur 395, 8 conseillers sur 120, mais également 4415 sièges dans les communes (sur 31482, soit un peu plus de 14%), ce qui le place au quatrième rang après le PJD, le PAM et l’Istiqlal. Il préside, néanmoins, 231 communes sur 1503 (soit 15,37%) et se positionne deuxième derrière le PAM et dirige deux arrondissements (également deuxième après le PJD). Le RNI préside également deux régions après avoir remporté 13,3% des sièges, soit 90 sièges sur 678. Aux élections des Chambres professionnelles, il a pu remporter 15% des sièges, ce qui le classe troisième derrière le PAM et l’Istiqlal. Ce qui en dit long sur sa capacité à bonifier le rendement de ses sièges.