RNI et partis du pôle haraki : c’est la fronde !

A l’USFP et au Parti de l’Istiqlal, le choc du remaniement ministériel a été absorbé sans trop de dégâts.
Au RNI et dans les formations du pôle haraki, particulièrement l’UD, la révolte gronde.
La greffe de cadres technocrates aux partis a été imposée au RNI. Le rejet a été unanime chez les caciques et les élus du parti.

Autant à l’USFP qu’au sein du Parti de l’Istiqlal, l’onde de choc du remaniement ministériel semble avoir été absorbée sans trop de dégâts, autant, dans les partis composant le «ventre mou» de la majorité (RNI et formations du pôle haraki), les effets semblent dévastateurs et la grogne des élus et des cercles dirigeants ne fait que commencer!
Dans le parti dirigé par Ahmed Osman, c’est l’hécatombe : quatre ministres sur six ont été priés de retourner à leurs chères études. Et comme si cela ne suffisait pas, les caciques du parti ont été déclarés persona non grata pour succéder à leurs camarades éjectés du gouvernement. Deux technocrates novices en politique, militants du RNI de la 25e heure, ont été imposés comme ministres du parti.
Au sein des formations du pôle haraki (MP, MNP et UD), la désillusion a été à la mesure des espérances : les rêves de Primature ou, du moins, d’une représentativité plus affirmée au sein du gouvernement ont éclaté comme bulles de savon. Un léger baume au cœur : Mohand Laenser récupérant au passage les Pêches maritimes, en plus de l’Agriculture et du Développement rural. Quant à l’Union démocratique de Bouazza Ikken qu’on disait prêt à entrer au gouvernement à la condition qu’un «gros ministère» tombe dans son escarcelle, il est revenu bredouille de sa quête de ministrabilité.
Chez les Istiqlaliens, la pilule du limogeage de M’hamed Khalifa était dure à avaler. Mais elle l’a quand même été (avalée), malgré les protestations du concerné et la solidarité de façade et de circonstance de ses amis du comité exécutif. Au PPS, le départ de Omar El Fassi, secrétaire d’Etat à la recherche scientifique, a été ressenti «avec amertume», selon les termes d’Ismaïl Alaoui.
Un spectacle à la fois désopilant et affligeant d’une classe politique atteinte de nombrilisme, tellement obnubilée par les ambitions personnelles de ses «zaïms» qu’elle en oublie ce qu’est la politique au sens noble du terme : servir l’intérêt général et susciter l’adhésion et l’enthousiasme des citoyens autour d’un projet national mobilisateur.

Pénurie de cadres hautement qualifiés dans les partis

Disons-le tout de suite, les ambitions personnelles sont tout à fait légitimes. Mais à condition qu’elles soient fondées sur la compétence, la rigueur, l’intégrité et la volonté de servir son pays. Le problème est que la plupart des partis en raison d’une circulation heurtée des élites partisanes, de la faible attractivité des partis, et de l’insuffisant renouvellement des directions, sont dans l’incapacité de former des leaders de qualité.
Au moment de la constitution des gouvernements ou de leur remaniement, cela se manifeste par une sévère pénurie de cadres compétents ministrables, dans tous les partis, et plus particulièrement dans les rangs des formations constituant le ventre mou de la majorité parlementaire (RNI et pôle haraki).
Tout le monde se rappelle la polémique qui a éclaté lors de l’annonce de la formation du premier gouvernement Jettou, en novembre 2002. La cooptation de Karim Ghellab, polytechnicien et de Adil Douiri, expert financier, comme ministres istiqlaliens, avait provoqué des réactions de rejet de la part des caciques et des jeunes loups du Parti de l’Istiqlal (PI).
Et pourtant, M. Douiri a toujours eu sa carte au parti même s’il ne l’a pas crié sur les toits et M. Ghellab était un expert du parti et avait l’oreille du secrétaire général, Abbès El Fassi. Mais la force des partis solidement structurés comme l’Istiqlal réside dans leur capacité à amortir ce genre de chocs et à les absorber. Ce qui est loin d’être le cas du RNI.
Un an et demi plus tard, l’opération «greffe forcée de cadres technocrates aux partis» a été rééditée par les architectes du gouvernement Jettou II. Les technocrates cooptés cette fois-ci sont, là aussi, de grande qualité : un lauréat de Ponts et Chaussées, directeur au sein du ministère des Finances, Mohamed Boussaïd, et l’ancien président de l’AMITH, Salaheddine Mezouar. Le parti hôte de la greffe n’est autre que le RNI.

Greffe forcée de technocrates aux partis

Si la greffe a réussi à prendre à l’Istiqlal, les choses semblent mal se présenter au RNI et cela pour trois raisons. D’abord, les deux technocrates concernés sont totalement inconnus dans les rangs du RNI. Ensuite, et surtout, le RNI étant beaucoup plus un parti d’électeurs qu’un parti de masse structuré, il est très fragile dans ce genre de situation.
D’ailleurs, dès l’annonce de la formation du gouvernement Jettou II, les deux présidents des groupes parlementaires du parti, Mohamed Abbou et Abdellatif Benkaddour, sont quasiment entrés en dissidence. Ils ont menacé de ne plus soutenir le gouvernement. Ils ont protesté contre la nomination des deux technocrates, affiliés d’office et de force au RNI, et tiré à boulets rouges sur les négociateurs du parti.
Qui sont-ils ? Ils sont au nombre de deux : Mostafa Oukacha, président de la Chambre des Conseillers et Ahmed Bentaleb, membre du bureau exécutif du parti et ancien de l’Intérieur. Ces deux négociateurs ont été accusés d’avoir bradé le poids électoral et parlementaire du parti et cédé à toutes les demandes de la Primature. Et voilà la direction du RNI de nouveau dans la tourmente et le leadership de M. Osman de nouveau malmené.
Dans les rangs du pôle haraki, ces turbulences risquent de remettre en cause la laborieuse coordination entre les trois formations du MP, du MNP et de l’UD. Alors que les députés des trois partis constituent la première force au Parlement, sa représentation au gouvernement est des plus modestes : trois ministres et deux secrétaires d’Etat !
Avec le remaniement, les choses sont restées en l’état. Mais pour l’UD, le camouflet a été de taille. Selon des sources de la mouvance populaire, la direction de l’UD a été approchée par la Primature pour présenter des propositions de ministrables. L’UD s’en est acquittée en présentant une douzaine de noms. Tous recalés ! Et l’espoir de participation s’est ainsi envolé.
L’Istiqlal et l’USFP semblent s’être subtilement défendus. Ils ont laissé au Premier ministre le soin de choisir le ministre qui devait quitter le gouvernement. En contrepartie, ils ont demandé le maintien dans leur giron de tous les départements qu’ils dirigent.
In fine, on se préoccupe seulement du nombre de ministres par parti, de l’importance des départements ministériels dirigés, de la qualité de leurs titulaires… De la politique politicienne, en somme. Pour appliquer quel programme ? Au profit de quelles catégories de la population ? Avec quels moyens ? A quel horizon ? De tout cela, c’est-à-dire de l’essentiel, il n’a pas été question. Cela n’intéresse décidément pas nos politiques

L’Istiqlal et l’USFP se sont bien défendus. Ils ont laissé au Premier ministre le soin de choisir le ministre qui devait quitter le gouvernement. En contrepartie, ils ont demandé le maintien dans leur giron de tous les départements qu’ils dirigent.