Rentrée politique : Quand les jeunes annoncent la couleur

Alors que la plupart des «séniors» sont occupés à préparer les congrès de leurs partis, les jeunes signent la rentrée politique de cette année. Le coup d’envoi vient d’être donné depuis Agadir.

Où sont passées les jeunesses de nos partis ? Pour des raisons évidentes, on ne parle que des partis représentés au Parlement. Pour les autres, c’est une autre histoire. En théorie, après le retour des vacances, la jeunesse des partis devrait marquer, d’une manière ou d’une autre, la rentrée politique.
Il y a 20 ans, encore grisé par sa victoire éclatante aux législatives du 25 novembre 2011, le PJD avait organisé l’une des premières rencontres d’envergure de sa jeunesse. C’était, fin août 2012, la «Rencontre nationale» de la JJD avait accueilli, en plus de quatre ministres, une palette d’invités internationaux et près de 3 000 jeunes pour annoncer la rentrée politique. Avec le temps, cette rencontre annuelle a gagné de l’ampleur et servi depuis comme rampe de lancement pour les attaques du PJD contre ses adversaires et même ses partenaires de la majorité gouvernementale. A la veille des élections qui ont reconduit le parti pour un deuxième mandat à la tête du gouvernement, et au summum de popularité des islamistes, la rencontre a réuni près de 20 000 jeunes à Marrakech. A ce niveau, ce n’est plus une rencontre de formation et d’encadrement, mais un meeting politique. Une démonstration de force, comme en a fait tant le parti. Mobilisation de masse, intimidation et stigmatisation des adversaires, donc. C’est un modèle politique révolu, mais qui nous a coûté un retard de développement à plusieurs niveaux dont nous subissons actuellement les conséquences. Aujourd’hui, plus rien de cela. Les temps ont changé. Cette année, c’est effectivement les jeunes du RNI, une organisation dont la création est de récente date –la Fédération nationale de la jeunesse RNIste a vu le jour en 2017-, qui viennent de donner le «la» de la rentrée politique. Réunis à Agadir, les 9 et 10 septembre, pour la première fois après l’éclatement de la pandémie, pour la 4e édition de leur université d’été, les jeunes ont donné le ton, non pas par des discours pompeux mais par du travail sur le terrain.

Des actes, plutôt que des paroles
En effet, comme on le souligne au sein du parti, «cet événement annuel fait pour et par les jeunes constitue un espace permettant le retour d’expériences de membres ayant des postes à responsabilité. L’Université d’été est aussi l’occasion de donner aux participants un aperçu de cet espace que le parti met à leur disposition, de les encourager à participer à la vie politique en offrant un modèle et un exemple, mais aussi une opportunité de se présenter en son nom lors d’élections dans les conseils des collectivités territoriales».
Du terrain donc, et sans emportement idéologique ni animosité envers quiconque. Par ailleurs, poursuit-on au sein du parti, «il n’existe pas de meilleure manière pour les jeunes de démontrer leurs capacités et leurs qualifications en matière de gouvernance que de les placer au centre des responsabilités. La responsabilité, deuxième valeur des indépendants, permet une évaluation directe et objective des aptitudes et de l’engagement de ces jeunes. Et cela n’est possible que par une volonté des dirigeants de les impliquer au sein des cabinets ministériels, des instances nationales du parti et en tête de leurs listes électorales». Là encore, ce ne sont pas que des paroles. En arrivant à faire élire pas moins de 3 000 jeunes dans différentes institutions élues, le RNI a donné corps à ses propos, le 8 septembre. Plus encore, l’actuel bureau qui dirige la jeunesse RNIste comprend 5 parlementaires, 5 présidents de communes, 6 élus communaux et plusieurs jeunes cadres occupant des postes de responsabilité. Une situation jusque-là inégalée.
Comme les trois premières éditions, avant la pause forcée de deux années à cause du Covid, l’Université d’été a connu une participation de masse. Ce qui ne veut pas dire que, pendant ce temps, l’organisation est entrée en hibernation. D’ailleurs, ce rendez-vous d’Agadir a été précédé par une série de forums régionaux, dont les derniers ont été tenus dans les provinces du Sud. Bref, un peu plus de 4 000 participants ont répondu présent à cette nouvelle édition, y compris des jeunes MRE venus d’une dizaine de pays, qui comptent pour la fameuse «13e région», une structure organisationnelle propre au RNI. Encore une première. Cet événement a été, comme nous l’avons vu, l’occasion pour le Chef du gouvernement de présenter une sorte de bilan d’étape de la première année de son mandat. Lequel mandat démarre dans une conjoncture de crise exceptionnelle à tous les égards, faut-il le rappeler encore une fois. Mais malgré cela, les promesses lancées par le président du RNI, que ce soit dans le cadre de «la voie de confiance» ou du programme électoral du parti, depuis cette même ville qui a abrité l’Université d’été, ont commencé à prendre corps.
Bien sûr, comme il s’agit d’une Université d’été, le volet formation a occupé une large partie du temps imparti. Quelque 12 ateliers ont ainsi été organisés et animés par des personnalités du parti et en dehors du de la formation politique , dont un consacré exclusivement aux MRE, avec le concept de l’État social comme trame de fond. Concept auquel le parti compte par ailleurs concrétiser et installer définitivement avant la fin de son mandat.

 

Tour des jeunesses partisanes

Pour les autres partis, la rentrée se fait, cette année, sous le signe des congrès. l’USFP, le PJD… se préparent au renouvellement de leurs organisations.
A l’USFP, on se prépare également pour le prochain congrès de la jeunesse, qui a marqué des décennies d’action politique dans notre pays. Un conseil national a été réuni, le 10 septembre, pour entamer les préparatifs du 9e congrès de l’organisation. Au niveau du parti de l’Istiqlal, à l’approche de son prochain congrès, c’est la mobilisation générale, y compris de la jeunesse, qui n’a pas empêché cette dernière à entamer certaines actions qui relèvent de la diplomatie parallèle. Elle a ainsi reçu coup sur coup son homologue du parti populaire européenne et de la formation italienne Forza Italia, ainsi qu’elle a annoncé l’envoi d’une délégation en Tunisie pour une action de lobbying auprès de la jeunesse de ce pays après l’acte hostile qu’est la réception par son Président du chef de la milice du Polisario. La diplomatie parallèle est un volet sur lequel travaillent également les jeunes du RNI. La fédération des jeunes RNIste a reçu en début de ce mois la présidente de la jeunesse du PPE qui était à la tête d’une délégation de cette organisation. Rappelons que la jeunesse du PPE est la principale force politique de jeunesse européenne : elle regroupe l’ensemble des jeunesses partisanes européennes de droite et du centre et compte plus de 2 millions de membres. Elle compte 64 organisations de jeunes des partis de centre et de droite issues de 40 pays d’Europe. Il va sans dire qu’en plus des moyens de coopération entre ces organisations, la question du Sahara a été l’un des principaux thèmes abordés au cours de cette rencontre.
En restant dans cette démarche, l’antenne régionale de la jeunesse de l’USFP à Tétouan a réussi un joli coup à travers le Centre marocain des études et recherche en économie et développement durable, en invitant l’ancien président du gouvernement espagnol pour s’exprimer, à l’occasion d’une rencontre internationale, sur la question du Sahara et sur les relations entre les deux pays voisins.
Pour le reste, le PAM est toujours en train de compléter son organisation interne après le dernier congrès. Sa jeunesse est pour le moment aux abonnés absents. Pour le PPS, l’approche du congrès avec une probable reconduction du secrétaire général qui se profile, accapare toute l’attention des organisations du parti. La jeunesse du parti qui vient de fêter son 46e anniversaire est particulièrement atone, surtout depuis l’élection de sa nouvelle direction en 2019. Cela dit, en guise de rentrée, la JJD vient de réunir son comité central, en session extraordinaire, pour préparer le 7e congrès de l’organisation. Il faut dire qu’au delà d’un rendez-vous organisationnel régulier, c’est presque une contrainte. La jeunesse du parti est, en effet, quasiment aux abonnés absents, mis à part quelques communiqués ici et là, en raison d’un profond différend entre son patron, l’ancien ministre du travail, Mohamed Amekraz, et la nouvelle direction du parti. Même au niveau de la jeunesse, l’alternance politique est bien installée. Même tranche d’âge, même pays, contexte politique similaire, mais deux mentalités, deux projets de sociétés et deux manières de voir et de faire totalement opposés.