Remaniement ministériel ou gouvernement d’union nationale ?

Les deux options sont présentées actuellement comme moyen de sortie de la crise dans laquelle est plongée la majorité gouvernementale.

Gouvernement d’union nationale ou remaniement approfondi de l’actuel Exécutif ? Les deux options sont présentées actuellement comme moyen de sortie de la crise dans laquelle est plongée la majorité gouvernementale. L’une comme l’autre ont leurs adeptes. Si l’Istiqlal est le premier à avoir exigé un remaniement ministériel, voire une revue de l’architecture de l’Exécutif, il n’est pas le seul. Certains dirigeants du MP, bien que le parti rejette officiellement cette idée, se sont également prononcés pour un changement au gouvernement. Pour Khalid Trabelsi, président de l’Observatoire national des droits de l’électeur, «il faut nommer un gouvernement d’union nationale. Seul un Exécutif auquel participent tous les partis politiques pourrait faire sortir le pays de l’impasse et surtout le renforcer en ces moments où la question du Sahara traverse une phase très critique». Pour ce juriste, un gouvernement d’union nationale est également le seul à même d’accélérer la mise en œuvre de la Constitution et de sortir le pays de cette phase de transition qui dure depuis la promulgation de la nouvelle loi suprême.

Or, à en croire d’autres analystes politiques, cette éventualité n’est pas aussi exempte de risques. «Nous ne sommes pas en guerre, ou en période de crise politique majeure ou dans une autre situation d’exception pour nommer un gouvernement d’union nationale», observe Tarik Tlaty. Bien plus, poursuit ce politologue, cette option est d’autant plus dangereuse que le pays a, aujourd’hui, besoin d’un gouvernement et d’une opposition forte. On ne peut pas laisser le terrain de l’opposition vide pour que s’y engouffrent les forces hostiles au «changement dans la stabilité». Il ne faut pas oublier, prévient ce professeur de sciences politiques, qu’il existe une grande masse électorale qui ne s’est pas exprimée lors des dernières élections, soit parce qu’elle n’a pas voté ou parce qu’elle ne s’est pas inscrite sur les listes électorales, qui nécessite un encadrement. Et c’est le rôle de l’opposition.

La solution réside donc dans un remaniement profond. «Il faut un changement radical, non seulement de l’équipe gouvernementale, mais également de sa vision politique», estime Tarik Tlaty. Car le problème, ajoute-t-il, n’est pas dans les personnes, mais dans cet handicap psychique qui empêche certains, surtout ceux du PJD, d’aller de l’avant dans la voie de la réforme. Il faut comprendre une fois pour toutes, affirme-t-il, qu’il n’est pas question de considérations morales, mais du respect de la loi. «Ce n’est pas nécessaire que l’on ait des gens à la morale irréprochable pourvu qu’ils respectent la loi».