Qui sera le 264e pape ?

Le conclave, qui se déroulera du 18 au 22 avril, devrait désigner
l’un d’entre eux comme nouveau pape.
Parmi les 117 cardinaux qui le composent, on compte 20 Italiens, 21 Latino-Américains,
deux Arabes (Soudan et Syrie),…
Neuf personnalités se démarquent, dont un homme de couleur, le Nigérian
Francis Arinze.

L’annonce de la mort de Jean Paul II, samedi 2 avril à 19h30, a mis fin à l’un des plus longs pontificats qu’ait connu le Vatican. Une fois les derniers hommages rendus au défunt pape, les cardinaux électeurs vont se réunir entre les 18 et 22 avril afin de désigner, parmi eux, le nouveau pontife.

54 pays sont représentés parmi les 117 cardinaux
La désignation du pape obéit à certaines règles bien spécifiques. Tout d’abord, la nationalité du pape n’a plus aucun impact depuis que l’élection du Polonais Karol Wojtyla, en 1978, a mis fin à une longue suprématie italienne (203 papes sur 263). Aujourd’hui, sur les 117 cardinaux qui composent le corps électoral, 20 proviennent d’Italie, 11 des Etats-Unis, 6 d’Allemagne, 6 d’Espagne, 5 de France et 21 d’Amérique Latine. Les Arabes ne comptent, quant à eux, que deux cardinaux dans le collège des votants, celui du Soudan et celui de la Syrie. Avec onze électeurs, l’Afrique a progressé, et, avec onze électeurs également, l’Asie compte une proportion de cardinaux supérieure à l’importance réelle du christianisme dans ce continent.
A l’ouverture du conclave, 54 pays seront représentés. Ils n’étaient que 23 pour l’élection, en 1958, de Jean XXIII. Pour la première fois, l’Europe n’aura plus la majorité absolue. Avec 58 électeurs (sur 117), elle représente moins de la moitié des votants.
Pour ce qui est des critères exigés pour être pape, ils sont nombreux. Ainsi, ne peut être élu qu’un prélat dont la santé ne doit susciter aucune inquiétude. Il doit également être polyglotte. L’Eglise ayant connu ces dernières années un grand développement, le futur pape doit avoir une bonne connaissance des cinq continents. Il doit être bien connu de ses pairs venus du bout du monde. Enfin, il doit faire preuve d’une solide formation doctrinale.

Curie romaine et Opus Dei pèseront sur l’élection
Une fois ces exigences remplies, le favori doit se prévaloir du soutien d’un des groupes que l’on appelle «les faiseurs de papes». Il s’agit de groupes de lobbying plus ou moins constitués, dont les plus connus et les plus influents restent avant tout la curie romaine c’est-à-dire les services du Vatican. Jadis composée exclusivement d’Italiens, celle-ci s’est métissée. Mais, si la curie ne forme pas un bloc, il semble difficile tout de même d’être élu contre elle ou sans bénéficier d’appuis au sein de ce collège.
L’Opus Dei joue également un rôle très important. Ce dernier est une force religieuse au comportement de secte, héritière d’un anticommunisme militant. Puissance à la fois économique et politique, l’Opus Dei exerce une influence multiforme sur l’Eglise, mais aussi sur le pouvoir temporel, qu’elle cherche à infiltrer. Des cardinaux lui doivent leur nomination et lui font donc confiance alors que d’autres s’en méfient, la jugeant trop influente et, surtout, trop mystérieuse.
La communauté Sant’Egidio fait partie de ceux qui ont voix au chapitre. C’est une association de prêtres et de laïcs qui est au centre d’un réseau influent et notamment dans le tiers-monde. Ses membres ont créé des organisations caritatives et ont parfois joué un rôle diplomatique avec la complicité bienveillante du pape.
Enfin, deux petits groupes peuvent aussi avoir leur mot à dire. Dabord, les légionnaires du Christ, qui disposent de gros moyens financiers et qui sont bien implantés au Mexique et aux Etats-Unis (où ils sont bien introduits dans l’entourage de Georges Bush). Ensuite, les Salésiens, un des ordres religieux dont l’influence s’est accrue ces dernières années.
Cela dit, quel cardinal pourrait remplir toutes les conditions requises ? Neuf ont potentiellement les plus grandes chances d’accéder à la papauté.
Le plus connu parmi les cardinaux est l’Allemand Joseph Ratzinger, 77 ans, inamovible gardien de la doctrine depuis 1981. Ce qui fait de lui le «grand électeur» du prochain conclave, le «faiseur de papes», s’il ne devient pas pape lui-même. Un Italien est également pressenti. Il s’agit de Giovanni-Battista Ré, 71 ans. C’est l’homme qui, à la curie romaine, jouissait de la confiance de Jean Paul II. Il connaît tous les évêques mais n’a pas d’expérience directe de «pasteur» de terrain. Son avantage est qu’il connaît sur le bout des doigts les mécanismes de l’Eglise puisqu’il a fait toute sa carrière à la curie. Deux Italiens sont également cités. Dionigi Tettamanzi, 71 ans, archevêque de Milan, et Angelo Scola, 63 ans, patriarche de Venise.

L’Amérique latine a deux prélats pour défendre ses couleurs
L’Europe peut, par ailleurs, compter sur l’Autrichien Christoph Schönborn, 60 ans, archevêque de Vienne. Il est proche du cardinal Ratzinger et ouvert au dialogue avec l’orthodoxie orientale.
L’Amérique Latine aura deux prélats pour défendre ses couleurs. Oscar Andres Rodriguez Maradiaga, originaire du Honduras qui, à 62 ans, est archevêque de Tegucigalpa. Ancien secrétaire général du Conseil épiscopal latino-américain, il maîtrise une dizaine de langues, enseigne les maths et la psychologie, est pianiste et saxophoniste à ses heures perdues. Claudio Hummes est brésilien. Il a 70 ans et est archevêque de Sao Paulo. Il est proche du syndicaliste et président brésilien Lula.
L’Afrique, enfin, a, elle aussi, son prétendant, un homme de couleur, Francis Arinze, 72 ans, préfet de curie. Longtemps président du conseil pontifical pour les affaires interreligieuses, ce Nigérian passe pour un champion du dialogue avec l’islam modéré. Ce qui constitue une carte intéressante dans le contexte actuel.