Pourquoi le RNI dérange-t-il à ce point?

Plusieurs dirigeants du PJD s’en sont pris au RNI, l’invitant même à se retirer du gouvernement. Pour le président du parti, l’acharnement dont la formation est la cible est un baromètre de sa réussite. Le parti de la Colombe vient de faire sa rentrée politique par la porte de la jeunesse, un thème prioritaire pour le pays.

Décidément, le RNI est un parti qui dérange. Il aura fallu qu’il tienne une rencontre interne, la deuxième université de sa jeunesse, pour que le parti soit, de nouveau, pris à partie, particulièrement dans les réseaux sociaux. Deux dirigeants du PJD, le secrétaire général adjoint et le secrétaire général de la jeunesse, ont appelé ouvertement, toujours sur les réseaux sociaux, à la rupture de l’alliance, au sein de la majorité gouvernementale entre leur parti et le RNI, incitant ce dernier à quitter le gouvernement. C’est dire que les dirigeants du PJD se sont donné le mot, puisque la même invitation à quitter le gouvernement a été réitérée par l’ancien député d’Oujda, Abdelaziz Aftati, qui vient de réintégrer le secrétariat général après qu’il en a été chassé, en 2012, à cause justement des sorties intempestives, par Benkirane. Peu avant, et dans un autre contexte, c’est le vice-président du Conseil national du parti islamiste, également conseiller parlementaire et président de commission, Abdelali Hamieddine, qui a, lui aussi, «conseillé», début août, au RNI de se retirer de la coalition gouvernementale. Il a fallu une intervention ferme, lundi, du secrétaire général du parti, Saad-Eddine El Othmani, pour mettre fin à cette salve d’attaques contre un allié et un partenaire politique.

Qu’a fait le RNI pour faire l’objet d’autant d’acharnement ? La réponse est venue de la bouche de son président, Aziz Akhennouch, à l’ouverture de cette manifestation : c’est un parti qui travaille. Et c’est le cas sur tous les fronts, y compris celui électoral où le parti vient justement de battre à plate couture le PJD à Fnideq-Mdieq lors des dernières élections partielles du 20 septembre. D’après son président, en somme, «le RNI est visé parce qu’il s’active sérieusement, parce qu’il est à l’écoute des attentes des citoyens et parce qu’il a relevé la cadence de l’action politique. C’est un parti qui a réussi le pari de sa restructuration et son rayonnement et qui attire de nouvelles compétences, surtout parmi les jeunes». C’est ainsi que, alors que les différentes études estiment à seulement 1% le nombre des jeunes engagés dans la politique, la jeunesse du RNI compte déjà plus de 20 000 membres issus de toutes les régions du Maroc. Le RNI est également, toujours selon son président, un parti qui vient de donner un nouveau sens à la politique en en finissant définitivement avec la notion de «boutiques électorales». En peu de temps, c’est-à-dire en un peu moins de deux ans, la nouvelle direction a su ériger le RNI en un «Centre fort, modéré et indépendant par ses décisions (…) Et cet acharnement dont le parti est la cible depuis plusieurs mois est sans doute un baromètre de notre réussite. Je considère cela comme une reconnaissance de la puissance de nos idées, qui sont fortes et nouvelles. Cela reflète l’inquiétude de ceux qui refusent la pratique politique nouvelle d’un parti qui se renforce et se met au niveau des attentes citoyennes».

L’intérêt général

Pour sa part, Rachid Talbi Alami, qui a suscité l’ire des islamistes, n’a fait qu’affirmer tout haut ce dont de nombreux observateurs sont certains, c’est à dire que le modèle politique et économique turc qui a permis à une tendance de l’islam politique de mettre la main sur les institutions est voué à l’échec. Ce modèle même que certains parmi nous rêvent d’importer ne convient absolument pas à notre pays. A priori, le dirigeant RNI n’a exprimé qu’une opinion politique dans une activité interne. Ce qui plus est, en tant qu’ancien président de région, ancien ministre des affaires générales du gouvernement et expert international en système des finances locales et en planification stratégique, Rachid Talbi Alami sait de quoi il parle, relève le député et responsable administratif du RNI, Mustapha Baitas. Ce dernier à d’ailleurs expliqué clairement, dans une réponse au secrétaire général adjoint du PJD, que si le RNI est au gouvernement, «c’est une décision souveraine qu’il a prise au sein de ses instances et en tenant compte des rapports de force sur l’échiquier politique». C’est donc au parti de décider si oui ou non et quand il va quitter le gouvernement. Et tant qu’il y est, il tient à respecter ses engagements au sein de la coalition gouvernementale, et reste fidèle à la charte de la coalition. Laquelle charte, rappelle-t-il, n’interdit à aucun dirigeant et cadre des partis membres d’exprimer clairement et publiquement ses opinions politiques.

Une chose est sûre, même s’il en avait la possibilité et les «compétences», le RNI ne souhaite pas «entrer dans des querelles politiciennes». «Les conflits marginaux ne nous intéressent pas», a notamment martelé le président du parti devant les 4 000 jeunes qui ont participé à cette deuxième édition de l’Université d’été. Il l’a toujours dit et l’a encore une fois répété lors de la dernière rencontre de sa jeunesse à Marrakech, «le parti n’a pas d’ennemis, ses véritables ennemis sont la pauvreté, la vulnérabilité et le chômage. Le véritable combat consiste, quant à lui, à réaliser la vie digne à tous les Marocains et à éradiquer la pauvreté et à lutter contre la précarité».

Et même lorsqu’il a confectionné un programme politique, «la Voie de la confiance» qui «comporte des solutions réalistes basées sur un diagnostic précis de la réalité, notamment dans les secteurs de la santé, l’emploi et l’enseignement», il a décidé de le mettre à la disposition du gouvernement. Dans le cadre de ce programme justement et parmi des réponses aux problématiques de l’enseignement, le RNI avait préconisé la généralisation de l’enseignement préscolaire.

Le social comme priorité

Le parti a également suggéré l’ouverture de filières universitaires de sciences d’éducation. Toutes les universités marocaines ont mis en place, à partir de cette rentrée, une formation de licence dans le domaine pour former les enseignants de demain. Pour compléter son triptyque, le parti promet de plaider pour la généralisation également des écoles communautaires. Dans le domaine de la santé, le parti a suggéré la mise en place du «médecin de famille», comme l’une des mesures phares qu’il a proposées. La proposition n’a pas encore été concrétisée, mais d’après des sources universitaires, on a informé les étudiants de médecine de l’imminence de la mise en place d’une spécialisation du genre sans donner plus de détails. Le RNI a également appelé à la réforme du RAMED, un chantier que le gouvernement vient d’ailleurs d’ouvrir.

De même, de nouvelles facultés de médecine ont été ouvertes dernièrement. Nous n’en sommes pas encore à une université par région comme le propose le parti, mais sa recommandation de réserver un quota aux étudiants issus des régions qui les abritent semble en cours. En matière d’emploi le RNI estime que, si les conditions sont réunies, le programme d’accélération industrielle pourrait générer pas moins de 2 millions d’emplois.
Il s’engage également à plaider pour la formation de pas moins d’un million de jeunes sans formation et sans emploi à des professions et métiers générateurs de revenus. Ce sont des réponses concrètes aux problématiques de santé, d’enseignement et d’emploi que connaît le Maroc actuellement. Le RNI en réclame certes l’origine, mais il n’en exige pas l’exclusivité. «Nous nous réjouissons quand certaines des mesures que nous avons proposées dans le cadre de “la Voie de la confiance” sont concrétisées. Car notre objectif final est l’intérêt de notre pays», a notamment affirmé le président du parti. Ce qui est, en soi, précise le président du parti, «un appel au gouvernement et aux départements concernés à ouvrir un débat sur ce programme. Et que les mesures qui pourraient être bénéfiques au pays soient concrétisées, et peu importe qui les réalise et pourquoi il le fait». Bref et «contrairement à nos détracteurs, nous nous tenons debout avec un projet solide, aux idées audacieuses et novatrices. Les Indépendants ne craignent pas de prendre les décisions difficiles dont le Maroc a besoin pour poursuivre sa voie vers la modernisation. Il est révolu le temps des pratiques politiciennes aujourd’hui piégées dans le scepticisme qu’elles ont engendré en trahissant trop souvent leurs engagements», conclut le président dans une tribune libre publiée dans la presse. En cette rentrée axée particulièrement sur le volet social, spécialement les questions de la jeunesse, le RNI n’a pas manqué de préciser que l’offre politique présentée par son parti est en interaction avec l’Appel royal. C’est justement pour cette raison que le parti a choisi de faire sa rentrée politique par la porte de la jeunesse.

Le président du parti a insisté, à l’ouverture de cette université d’été, sur l’impératif d’adopter, au début de la prochaine législature, le projet de loi organique relatif à l’officialisation de l’amazigh. «Il est grand temps que la langue amazighe soit adoptée effectivement comme langue officielle. Il est tout simplement inacceptable que les non-Marocains accèdent aux services d’un interprète dans nos tribunaux, et que ce même droit ne soit pas accordé aux Amazighs ne comprenant pas la langue arabe. Il est inacceptable que nos concitoyens amazighs ne puissent suivre les débats parlementaires car la langue arabe leur est inaccessible», a notamment souligné Aziz Akhannouch. Ce qui inquiète encore plus le parti, et il l’a exprimé ouvertement, c’est que le retard de l’adoption de ces textes, déposés au Parlement il y a deux ans, pourrait inciter certaines parties à vouloir revenir sur les acquis en la matière. Joignant l’acte à la parole, le parti a consacré l’un des ateliers de cette université, animé par des figures de proue du mouvement amazigh, à la question. Cet atelier a notamment offert aux participants une tribune pour rediscuter de la contribution des Indépendants qui plaident pour la question amazighe, il leur a permis de revenir sur les acquis obtenus à date d’aujourd’hui et d’identifier les défis qui se posent encore pour la langue et la culture amazighes.

Organisée par la Fédération nationale de la jeunesse du RNI, la 2e édition de l’Université des jeunes indépendants a connu la participation de plus de 4 000 jeunes militants représentant l’ensemble des régions du Maroc ainsi que des jeunes marocains résidant à l’étranger. Avec ses 16 ateliers, la rencontre a permis aux jeunes d’échanger et de bénéficier de l’expérience des intervenants et des experts nationaux et internationaux reconnus dans les domaines politique, économique et social. Parmi les ateliers proposés, le passage entre un projet et sa concrétisation. Les jeunes, à travers des interventions de premier ordre comme celles de Moulay Hafid Elalamy, Mohamed Benchaaboune, Lamia Boutaleb et Moncef Belkhayat, ont été fortement encouragés à l’innovation, à la prise d’initiative individuelle et à l’auto-entrepreneuriat. Comme illustration, une quinzaine de porteurs de projets, présélectionnés en amont, bénéficieront d’un accompagnement sur mesure, dispensé par des professionnels, pour mieux travailler leurs idées de projet. Le but étant de les aider à peaufiner leurs présentations qui se feront devant un jury composé d’experts. Les projets sélectionnés bénéficieront d’un suivi personnalisé pendant 12 mois et de mise en relation avec des mentors et des bailleurs de fonds. Ayant choisi d’intégrer le monde politique, les jeunes du parti seront amenés un jour ou l’autre à diriger les affaires locales. L’un des ateliers proposés les a initiés justement à la responsabilité publique. Les participants ont la possibilité d’exprimer les idées, propositions et programmes qu’ils proposent pour faire progresser l’un des secteurs prioritaires traités dans «la Voie de la confiance», à savoir l’éducation, la santé et l’emploi. Un autre atelier a eu pour but de partager les expériences individuelles et les réussites des intervenants dans divers domaines, d’échanger avec les jeunes et de les inciter à mener des expériences fondées sur les valeurs les plus importantes, en particulier l’esprit d’initiative et la citoyenneté, la responsabilité et la cohésion sociale. Les élections étant le moyen d’accéder aux responsabilités et donc d’appliquer ses aidées et son programme, le jeune RNIste se doit de connaître les moyens de mieux les préparer. L’un des ateliers proposés avait justement pour objectif de faire bénéficier les participants de l’expérience des leaders du parti afin de les former sur la manière de préparer et de mener les campagnes électorales, opération qui commence par la bonne connaissance des besoins et attentes des électeurs, la manière de les identifier et de les cibler et de gagner leur confiance. Ils ont également été initiés aux différentes étapes nécessaires pour la formation des groupes de travail et les mécanismes de communication pouvant apporter des avantages qualitatifs pour la réussite de la campagne électorale. Par ailleurs, les médias sociaux, en particulier Facebook, constituent aujourd’hui l’un des plus importants outils d’influence sociale. Et ce, à telle enseigne qu’on ne peut pas imaginer une meilleure façon d’envoyer et de recevoir des informations ou d’organiser des réunions virtuelles. Lesquelles réunions se révèlent souvent être des groupes d’opinion réalistes et influents. Les réseaux sociaux sont devenus un thème incontournable pour tout acteur politique. Il est donc tout à fait logique que leur soit réservé un atelier, non pas pour les former à infester ces réseaux, mais pour leur fournir des réponses objectives aux contradictions des réseaux sociaux en répondant aux questions relatives à l’éthique de l’utilisation de ces médias