Place à l’action, quand le Maroc s’engage il tient ses promesses

Des contrats programmes entre l’Etat et les Régions pour démarrer la mise en œuvre de la régionalisation. La charte de déconcentration qui se fait attendre depuis plus de cinq ans verra enfin le jour.

Un discours fort en teneur, et surtout de messages francs et directs, un plan de développement multisectoriel et un accueil populaire enthousiaste.

Voilà pour les faits marquant cette célébration du 40e anniversaire de la Marche Verte à Laâyoune, le 6 Novembre. Célébration de laquelle émerge un message clé : la page est définitivement tournée. Aujourd’hui, quarante ans après, le Maroc est assez mûr pour pouvoir tourner la page. Une rupture est donc opérée. «Rupture avec l’économie de rente et des privilèges et la défaillance de l’initiative privée, et rupture avec la mentalité de la concentration administrative», pour reprendre les termes du discours royal prononcé en l’occasion. Quelles leçons faut-il tirer de cet évènement et surtout quelle est l’étape suivante et de quoi sera fait demain ? Pour ce qui est du futur proche, une feuille de route est déjà clairement tracée par le discours royal. Ainsi, pour commencer, il sera procéder, sans plus attendre, à la mise en œuvre du processus d’application de la régionalisation avancée. Cela va démarrer dans les trois régions du Sahara pour ensuite être généralisé aux neuf autres régions que compte le pays. Cela va se faire en plusieurs étapes à la réalisation desquelles le gouvernement est fortement sollicité. Il sera question, en premier, de mettre au point des contrats programmes entre l’État et les Régions. Lesquels contrats programmes comporteront les obligations de chaque partie pour la réalisation des projets de développement lancés par SM le Roi dans ces régions. Pour cela le gouvernement est appelé à activer la mise en œuvre des dispositions juridiques relatives au transfert des compétences du Centre vers ces Régions. Il doit aussi soutenir celles-ci en leur affectant les compétences humaines et les ressources matérielles nécessaires. Et ce, dans la perspective de la généralisation de cette expérience parmi les autres régions du Royaume.

La mise en garde du Maroc

Le Souverain a déjà appelé le gouvernement, à l’occasion d’un précédent discours, à concevoir une charte de déconcentration, c’était le 20 Août 2010. «Le gouvernement doit s’atteler à l’élaboration d’une charte de déconcentration prévoyant essentiellement le transfert aux régions des attributions et des ressources humaines et financières nécessaires. Car point de régionalisation dans le cadre de la centralisation», lit-on dans ce discours de la commémoration du 57e anniversaire de la Révolution du Roi et du peuple. Plus de cinq années plus tard, le Souverain renouvelle cette directive.

Ainsi, affirme-t-il, «il convient aussi d’accélérer l’élaboration d’une véritable charte de déconcentration administrative, qui confère aux services régionaux les prérogatives nécessaires pour assurer la gestion des affaires des régions au niveau local». Ce faisant, le Souverain insiste sur «la nécessité d’impliquer les populations, en assurant des espaces et des mécanismes permanents pour le dialogue et la concertation, permettant à celles-ci de s’approprier les programmes et de s’investir dans leur réalisation». Ceci sur le plan local. Au niveau de l’ONU, la question du Sahara pourrait être évoquée en Conseil de sécurité avant fin novembre. Un rapport du Secrétaire général de l’ONU, basé sur les observations de son envoyé personnel Christopher Ross, devrait être examiné. Le rapport devrait porter, en principe, sur le bilan intérimaire de sa mission. Il faut s’attendre à ce que les adversaires du Maroc se préparent à ce rendez-vous. Lequel rendez-vous est cependant, il faut le préciser, devenu, ces dernières années, moins décisif que celui du mois d’avril où c’est le renouvellement du mandat de la Minurso et tout le processus onusien qui y sont discutés chaque année. Auparavant, le Secrétaire général qui est en fin de mandat est attendu, en personne, pour une visite dans la région préparée et annoncée depuis plusieurs mois.

Ross recadré

Selon les observateurs et spécialistes de la question, le responsable onusien souhaiterait, sans doute,  trouver ou, du moins, initier une solution définitive à ce différend avant son départ. Ce qui explique certaines sorties pour le moins ambiguës sur un éventuel plan hasardeux de sortie. Ce face à quoi le Maroc n’a pas hésité à exprimer sa mise en garde. Pour notre pays et comme l’a souligné SM le Roi dans un discours prononcé en son nom, le 30 septembre, devant l’assemblée de l’ONU, «l’Organisation des Nations Unies, qui fête aujourd’hui son soixante-dixième anniversaire, a atteint l’âge de la maturité, de la sagesse et de la responsabilité. Ce sont ces mêmes principes et ces mêmes valeurs qui doivent régir l’action de la communauté internationale pour régler les différends régionaux. Son travail ne devrait pas être un facteur d’instabilité pour les pays qui contribuent à l’action et à la coopération multilatérales». Et de préciser, «aussi, le Maroc refusera toute aventure irresponsable concernant le différend régional autour du Sahara marocain. En effet, plusieurs puissances internationales ont pleinement conscience que les conceptions éloignées de la réalité qui sont élaborées dans les bureaux, et les propositions fallacieuses ne peuvent que mettre en péril la situation dans la région».

C’est pour cela que, comme c’est précisé dans le discours du 6 Novembre, l’Initiative d’autonomie pour les provinces du Sud «est le maximum que le Maroc peut offrir. Son application reste tributaire de l’impératif de parvenir à une solution politique définitive dans le cadre des Nations Unies. Il se leurre celui qui attend du Maroc qu’il fasse une tout autre concession. Car le Maroc a tout donné. Il a donné la vie de ses enfants pour défendre le Sahara». Là tout est dit. «Le Maroc a tranché la question de manière définitive, il a pris les choses en mains au lieu de laisser la question traîner devant les Nations Unies dont l’envoyé personnel du Secrétaire général et les membres de la Minurso se sont montrés impartiaux et ont ouvertement pris le parti du Polisario et de l’Algérie à plusieurs reprises», observe Tarik Tlaty, président du Centre marocain des études et de recherches stratégiques (CMERS). Le ministre des affaires étrangères, Salaheddine Mezouar, dans une récente déclaration à l’agence espagnole EFE, verse dans le même sens. L’envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU au Sahara, affirme-t-il, «n’a rien à faire ici. C’est hors de question qu’il aille se réunir avec qui il veut à Laâyoune». Pour le ministre, les destinations de Christopher Ross dans le cadre de sa mission sont connues. Il s’agit d’Alger, de Tindouf et de Rabat. De même qu’il «peut proposer des choses que nous accepterons ou non. En cas de refus, nous lui expliquons que cela n’entre pas dans le cadre de sa mission et il le comprend et l’accepte». Et afin de mieux clarifier la position de Rabat, Salaheddine Mezouar a ajouté que «lorsque Christopher Ross vient au Maroc, il vient pour se réunir avec les responsables marocains, et ceux-ci se trouvent dans la capitale, c’est-à-dire à Rabat». Bien sûr, c’est une position que le Maroc a déjà exprimé par le passé, mais le fait de la réitérer confirme la nouvelle démarche du Maroc face à la question. Démarche qui inclut également un changement de ton de sa diplomatie. «Le fait d’invoquer le droit du peuple kabyle à son autodétermination à deux reprises devant l’ONU, est un pas qui ne manque pas d’audace. Le Maroc s’est toujours abstenu de s’immiscer dans les affaires internes de l’Algérie. Mais là il a décidé d’opter pour un principe largement connu et usité en droit international : le principe de la réciprocité. Il rend la monnaie à ce pays», observe Tarik Tlaty.

Sécurité, stabilité et développement

Bref, le conflit du Sahara, soutient le ministre des affaires étrangères dans un récent passage devant les députés de la première Chambre, est entré dans «une nouvelle phase». En même temps, le Maroc est appelé à déployer davantage d’efforts, dans les jours à venir, aussi bien en matière de diplomatie traditionnelle que de diplomatie parallèle. C’est que beaucoup de travail l’attend au moment où il reste encore une trentaine de pays qui reconnaissent la «RASD» et qu’il sera question d’éclairer sur les tenants et les aboutissants de ce conflit et tenter de les convaincre de changer de position. Cela au même titre que les 50 États qui ont retiré leur reconnaissance à cette entité. Il faut préciser en ce sens que 110 pays dans le monde n’ont jamais reconnu la pseudo-république. Offensive diplomatique donc en même temps que le lancement d’une ambitieuse politique de développement. Tel est le nouveau credo du Maroc dans l’affaire du Sahara. Ainsi, sur le plan économique, le Sahara va devenir, dès la pose de la pierre inaugurale de ces projets annoncés qui ont fait l’objet de conventions entre différents partenaires et le démarrage des travaux des projets inclus dans ce plan de développement, un pôle économique dans l’Afrique de l’Ouest. Les multiples visites du Souverain dans les pays de cette région d’Afrique, l’intérêt du Maroc pour son prolongement africain s’inscrit dans cette logique. Le Sahara sera le pivot de cette dimension africaine du Maroc qu’il est en train de construire et de consolider ces dernières années. Sur le plan politique et sécuritaire, le développement de cette région sera un rempart contre l’insécurité dans toute la région sahélo-saharienne. «Malgré ce conflit, les régions du Sahara feront office d’une soupape de sécurité contre l’expansion du terrorisme transnational et les groupes terroristes islamistes qui sévissent dans toute la zone», note Tarik Tlaty. Aujourd’hui que le Maroc a pu fortifier et sécuriser son territoire, son Sahara, mais aussi consolider ses institutions et sa démocratie il peut se permettre de changer de ton. Le Maroc a clairement accusé l’Algérie d’être l’acteur principal de ce conflit par sa politique de vouloir contrer, à coup de pétrodollars, toute initiative du Maroc pour chercher une solution politique concertée à ce conflit. Malgré cela, le Maroc offre aujourd’hui, dans la région du Sahara et partout ailleurs sur son territoire, deux atouts recherchés partout dans le monde et qui font défaut dans la plupart des pays de la région : la stabilité et le développement. Les analystes du dernier discours du Souverain auront d’ailleurs noté que c’est l’une des thématiques principales de ce discours. Discours dans lequel les thèmes les plus récurrents sont le Maroc uni, la profondeur et le prolongement africains du Maroc, le Maroc de la régionalisation avancée, le Maroc du respect des engagements et celui des promesses tenues, le Maroc et le Sahara de la paix et de la stabilité, le Maroc de la rigueur et de la fermeté.

– Aujourd’hui, après quarante années et ce qu’on peut inscrire à leur actif comme à leur passif, nous voulons opérer une véritable rupture avec les méthodes adoptées jusque-là dans la prise en charge des affaires du Sahara : rupture avec l’économie de rente et des privilèges et la défaillance de l’initiative privée, et rupture avec la mentalité de la concentration administrative. – (…) Quant à ceux, peu nombreux, qui se laissent berner par les thèses des ennemis et s’évertuent à les répandre, il n’y pas de place pour eux parmi nous. Mais pour ceux qui se sont ressaisis et repentis, la patrie est clémente et miséricordieuse. – Comme je l’ai dit dans mon discours devant le Parlement, la légitimité démocratique et populaire qu’ils ont acquise fait des élus les représentants authentiques des populations des provinces du Sud, tant au niveau des institutions nationales que dans leurs rapports avec la communauté internationale. – Ainsi, nous mettons les habitants de nos provinces du Sud et leurs représentants devant leurs responsabilités, maintenant que nous leur avons assuré les mécanismes institutionnels et de développement pour gérer leurs affaires et répondre à leurs besoins. – Lorsque le Maroc fait une promesse, il la tient par l’acte et la parole. Il ne s’engage que sur ce qu’il peut honorer. Aussi, nous adressons un message au monde : Nous ne brandissons pas de slogans creux, pas plus que nous ne vendons d’illusions comme le font les autres. En revanche, nous souscrivons à des engagements et nous les respectons et veillons à leur concrétisation sur le terrain. – Le Maroc s’engage aujourd’hui à faire du Sahara marocain un centre d’échanges et un axe de communication avec les pays africains subsahariens et à mettre en place les infrastructures nécessaires à cet effet. Encore une fois, notre pays va honorer ses engagements, au grand désespoir des ennemis. – Pourquoi l’Algérie n’a rien fait pour améliorer les conditions de vie des habitants des camps de Tindouf estimés tout au plus à 40 000 individus, soit l’équivalent de la population d’un quartier de taille moyenne dans la capitale Alger ? Cela veut dire qu’en quarante ans, elle n’a pas pu ou n’a pas voulu doter ces populations de quelque 6 000 logements pour préserver leur dignité, soit une moyenne annuelle de 150 unités. – L’Histoire jugera ceux qui ont réduit les enfants libres et dignes du Sahara à l’état de quémandeurs d’aides humanitaires. – Je tiens à poser aux habitants des camps de Tindouf cette question: Etes-vous satisfaits des conditions dramatiques dans lesquelles vous vivez ? Les mères acceptent-elles le désespoir et la frustration de leurs enfants qui butent sur un horizon bouché ? Je récuse cette situation inhumaine qui vous est imposée. Mais si vous vous en accommodez, n’en faites le reproche qu’à vous-mêmes en voyant le Maroc assurer le développement de ses provinces du Sud et créer pour leurs habitants les conditions d’une vie digne et libre. – Comme je l’ai affirmé dans le discours de la Marche Verte de l’année dernière, cette Initiative est le maximum que le Maroc peut offrir. Son application reste tributaire de l’impératif de parvenir à une solution politique définitive dans le cadre des Nations Unies. Il se leurre celui qui attend du Maroc qu’il fasse une tout autre concession. Car le Maroc a tout donné. Il a donné la vie de ses enfants pour défendre le Sahara. – Le Maroc refuse toute aventure aux conséquences incertaines, potentiellement dangereuses, ou tout autre proposition creuse ne servant à rien d’autre qu’à torpiller la dynamique positive enclenchée par l’Initiative d’autonomie. – Pour ceux qui, en violation du droit international, veulent boycotter ces produits, libre à eux de le faire. Mais ils devront assumer les conséquences de leurs décisions. Le Maroc a le droit d’ouvrir la porte à ses partenaires, États et entreprises mondiales, pour profiter des opportunités d’investissement que la région va offrir grâce aux grands projets qui seront lancés.